Selon Reuters, TF1 aurait mandaté Rothschild pour organiser la cession de Studio TF1, l’ex-Newen, avec une valorisation évoquée autour de 400 millions d’euros.
Certains commentateurs y voient une manœuvre préparatoire à une opération sur M6, réactivée en juin 2026 sur la base d’une valorisation de 2,5 milliards d’euros pour la chaîne concurrente.
TF1 ou l’étrange équation d’une revente à perte
Mais l’arithmétique interroge : 400 millions représentent à peine 16 % de cette somme, et les précédents montages TF1-M6 n’ont jamais reposé sur un chèque en cash de ce type. eprenons l’histoire depuis le début, sources à l’appui.
Pour rappel, TF1 rachète en novembre 2015 70 % de Newen pour 300 millions d’euros, avec une promesse d’achat sur le solde exerçable entre 2018 et 2023.
L’opération vise à diversifier le groupe dans la production face à l’arrivée de Netflix et Amazon en France, et provoque au passage la colère de France Télévisions, qui voit l’un de ses fournisseurs, Newen produisait Plus belle la vie pour France 3, passer sous pavillon concurrent. D’ailleurs France Télévisions travaille toujours aavec Studio TF1 mais de façon plus marginale qu’avant.
En avril 2018, TF1 boucle le rachat des 30 % restants et devient propriétaire à 100 %.
Le studio qui a entre temps changé de nom pour devenir Studio TF1 intègre ensuite d’autre acquisition qui qui fait que la structure regroupe désormais plus de 50 sociétés dans 12 territoires.
Côté production, le studio a signé Plus belle la vie, Braquo, Versailles — vendue dans 135 pays, les quotidiennes Demain nous appartient, Ici tout commence et Tout va bien, HPI avec Audrey Fleurot, le remake pour ABC et Tout pour la lumière, première quotidienne française coproduite avec Netflix.
L’activité a généré 128 millions d’euros de revenus au premier semestre 2025, en hausse de 6 %.
Sur l’hypothèse rachat de M6, le dossier a effectivement resurgi en juin 2026, selon Le Parisien, avec une valorisation totale d’environ 2,5 milliards d’euros.

Mais deux éléments affaiblissent l’idée d’un lien direct avec la vente de Studio TF1.
D’abord le montant : 400 millions ne pèsent presque rien face à 2,5 milliards estimé pour le rachat de M6.
Ensuite le montage envisagé : l’opération ne se ferait pas par rachat en cash mais par un découpage du groupe M6 entre TF1 et CMA-CGM déjà actionnaire à 10,27 % de M6 et qui récupérerait des actifs comme W9, 6ter ou M6+, pendant que TF1 se concentrerait sur la chaîne principale.
Le précédent projet de 2021, abandonné après le blocage de l’Autorité de la concurrence, prévoyait lui un tour de table actionnarial (Bouygues à 30 %, Bertelsmann à 16 %, le reste coté) plutôt qu’un paiement cash de TF1.
Autrement dit : la vente de Studio TF1 peut certainement contribuer à alléger le bilan et à financer l’accélération de TF1+, comme l’évoque Reuters, mais rien dans les montages M6 documentés jusqu’ici ne suggère qu’elle serait une pièce nécessaire, ni même significative, du financement d’une telle opération. TF1 lui-même temporise sur le sujet M6, rappelant que le verrou légal de mai 2028 rend le projet « juridiquement irréalisable à court terme.
Maintenant la question : pourquoi TF1 vendu cet actif qui semble si stratégique, sur le papier ?
Le studio ne rapporte plus, il coûte.
Selon Variety, Studio TF1 a affiché une perte opérationnelle de 4 millions d’euros sur la période récente, TF1 justifiant ce trou par l’absence de grosses livraisons Netflix et un calendrier de livraisons télé concentré en fin d’année.
Autrement dit : l’activité qui devait apporter diversification et récurrence de revenus est devenue, au moins temporairement, un centre de coûts plutôt qu’un actif stratégique, ce qui change complètement l’équation par rapport à 2015.
Le contexte financier du groupe est dégradé.
Toujours selon Variety, les résultats du premier semestre montrent un chiffre d’affaires de TF1 en baisse de 9,9 % à 993 millions d’euros, avec la division médias en recul de 10,8 % à 869 millions, et un résultat opérationnel courant qui tombe à 77 millions.
Dans ce contexte, céder un actif non-linéaire, même valorisé, permet de dégager du cash immédiatement mobilisable, ce que ne fait pas un studio en perte au moment même où le cœur de métier (la diffusion + TF1+) a besoin d’investissement.
La logique métier a changé, pas seulement la conjoncture.
En 2015, TF1 achetait Newen pour se donner les moyens de produire face à la montée de Netflix, posséder ses propres contenus était vu comme un rempart.
Dix ans plus tard, la bataille s’est déplacée : ce qui compte pour TF1 sous la direction de Rodolphe Belmer, c’est la plateforme de diffusion (TF1+) et sa capacité à agréger de l’audience, pas la propriété d’un outil industriel de fabrication de contenus, que les plateformes (Netflix inclus) savent très bien commander à l’extérieur sans en être propriétaires.
Posséder un studio devient un actif capitalistique lourd (600 salariés, 50 sociétés dans 12 pays) plutôt qu’un avantage concurrentiel.
Le paradoxe que vous pointiez la dernière fois reste entier : le studio continue à produire des succès (Ici tout commence, Demain nous appartient, le retour de Plus belle la vie sur TF1, Tout pour la lumière avec Netflix) et à afficher une stratégie d’expansion ambitieuse côté cinéma (12 à 15 films visés pour 2027).
C’est bien ce qui rend la vente contre-intuitive à première vue, un actif qu’on développe activement d’une main et qu’on met en vente de l’autre.
La lecture la plus cohérente est que Rodolphe Belmer, le patron de TF1 plutôt qu’un désaveu du studio lui-même, cherche à séparer délibérément deux métiers qu’il ne juge plus complémentaires.
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