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Régulation

Audiovisuel : Le Monde décrit la bataille, l’Arcom rappelle les règles

Serge SurpinBy Serge Surpinoctobre 4, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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Deux articles publiés le même jour semblent se répondre. Le Monde décrit la stratégie et la guerre culturelle de la galaxie Bolloré, tandis que Martin Ajdari rappelle dans La Tribune Dimanche que l’Arcom, elle, ne juge pas les intentions mais le respect des règles.

Interrogé par La Tribune Dimanche, Martin Ajdari, président de l’Arcom, explique comment le gendarme de l’audiovisuel entend faire son travail. 

Dans Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme décrivent, eux, la guerre culturelle menée selon leur enquête par la galaxie Bolloré. 

Deux angles très différents, mais au bout du compte, on retombe souvent sur les mêmes questions. 

Le Monde étudie la transformation du paysage médiatique. 

La Tribune Dimanche interroge celui qui est chargé d’y faire respecter les règles. 

Apparait déjà une première difficulté. Un gendarme est rarement populaire, surtout lorsqu’il s’intéresse à votre voiture plutôt qu’à celle du voisin. 

Martin Ajdari le dit d’ailleurs assez clairement. L’Arcom est régulièrement accusée d’en faire trop, de ne pas en faire assez, de favoriser certains médias ou d’en persécuter d’autres. Autrement dit, tout le monde veut un arbitre indépendant, à condition qu’il siffle principalement contre l’équipe adverse. 

Le Monde décrit de son côté quelque chose de plus large.  

CNews, Europe 1, le JDD et d’autres médias de la galaxie Bolloré ne seraient plus seulement des entreprises ayant le même propriétaire. Selon l’enquête du quotidien, ils participeraient à une bataille culturelle cohérente, avec des thèmes récurrents, des invités qui circulent et une volonté de déplacer le débat public vers l’immigration, l’identité, l’islam ou l’insécurité.  

Le Monde parle donc de stratégie. 

L’Arcom, elle, ne peut évidemment pas raisonner de cette manière. Elle n’a pas à déterminer si une chaîne est de droite, très à droite, de gauche ou très à gauche. 

L’instance doit vérifier si les lois, les conventions et les obligations de pluralisme sont respectées. C’est moins spectaculaire qu’une guerre culturelle, mais juridiquement beaucoup plus utile. 

Et c’est précisément là que les deux articles commencent vraiment à se répondre.  

Le Monde demande ce que produit la concentration de plusieurs médias qui finissent par porter des thèmes et des visions du monde de plus en plus proches. 

Martin Ajdari répond à une autre question : à partir de quand l’exercice parfaitement légal d’une ligne éditoriale se heurte-t-il aux obligations imposées à une chaîne ? 

Car il faut rappeler une évidence qui finit parfois par se perdre dans le bruit. Pour une chaine de la TNT, avoir une ligne éditoriale n’est pas interdit. 

Ce qui peut devenir un problème, c’est le non-respect des obligations imposées à un éditeur audiovisuel. 

C’est ce qui a conduit l’Arcom à mettre CNews en demeure en juin, au nom de ses obligations de pluralisme. 

Mais l’histoire du prétendu gendarme exclusivement occupé à surveiller CNews résiste mal à un détail. 

En juin, l’Arcom mettait également Radio France en demeure pour non-respect des temps de parole politique sur France Inter et Franceinfo. 

Quelques semaines auparavant, Radio France et France Télévisions avaient également été mises en demeure après une séquence contenant des informations inexactes sur le maire de New York, Zohran Mamdani. 

Le gendarme contrôle donc bien les deux côtés de la rue. Pas pour les mêmes motifs, mais personne n’échappe totalement au contrôle. 

Charles Alloncle, le apporteur de la très mouvementée commission d’enquête sur “la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public reproche ainsi à l’Arcom un « deux poids, deux mesures » entre CNews et l’audiovisuel public. 

Martin Ajdari lui répond que si une chaîne est davantage sanctionnée, c’est qu’elle franchit plus souvent la ligne rouge, et que le service public n’échappe pas pour autant à l’examen du régulateur. 

C’est ce qu’on appelle normalement examiner les faits. 

En politique médiatique, cela peut rapidement être interprété comme une provocation. 

Le passage consacré à Pascal Praud et Patrick Cohen est particulièrement révélateur. 

Patrick Cohen reproche à Pascal Praud d’avoir annoncé qu’il ferait régulièrement le point sur les personnalités prenant position contre le RN, une démarche qu’il assimile à une logique de listes. 

L’Arcom a été saisie après les propos tenus de part et d’autre. Martin  Ajdari refuse de distribuer immédiatement les bons et les mauvais points et explique que l’autorité se prononcera « à froid ». 

Attendre les faits, les examiner puis décider. Une méthode presque exotique à l’époque des réseaux sociaux, où la décision précède souvent l’enquête de plusieurs heures.  

Mais l’article du Monde pose une question plus embarrassante encore.  

Que faire lorsqu’un groupe ne se contente plus de posséder plusieurs médias, mais que ceux-ci commencent à former un ensemble éditorial cohérent ? 

Le droit audiovisuel permet de contrôler une chaîne, de décompter les temps de parole, d’apprécier le pluralisme sur une période suffisamment longue et de constater un manquement. 

Il est beaucoup plus difficile d’appréhender comme un seul objet éditorial un ensemble mêlant télévision, radio, presse, édition, réseaux sociaux, podcasts, influenceurs et plateformes. 

Martin Ajdari appelle d’ailleurs à faire évoluer la loi de 1986, d’abord pour renforcer la position des acteurs nationaux face aux plateformes. 

Elle a quarante ans. À l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas. Les plateformes non plus, ni les podcasts.  

Quant aux influenceurs capables d’intervenir dans une campagne présidentielle, ils auraient probablement été classés quelque part entre la science-fiction et le Minitel. 

On demande donc aujourd’hui à l’Arcom de surveiller un univers qui n’a plus grand-chose à voir avec celui pour lequel le système avait été conçu. 

On lui demande de contrôler davantage de médias, de surveiller les plateformes, de garantir le pluralisme, de protéger la liberté d’expression, d’encadrer de nouveaux acteurs et, idéalement, de ne mécontenter personne. 

La dernière partie du programme paraît légèrement ambitieuse. 

C’est finalement ce qui rend le rapprochement des deux articles intéressant. Le Monde décrit une bataille culturelle. Martin Ajdari décrit les règles du terrain. 

L’un s’interroge sur le pouvoir d’un écosystème médiatique. L’autre rappelle que le régulateur ne peut intervenir que lorsqu’une règle juridiquement définie est franchie. 

Entre les deux reste cette vieille contradiction française. On veut un arbitre fort, indépendant et capable de faire respecter les règles. Mais lorsqu’il commence réellement à les faire respecter, chacun découvre soudain qu’il préférerait qu’il regarde un peu plus attentivement le camp d’en face. 

Pour terminer, une remarque. J’ai cherché une photo de Martin Ajdari sur le plateau de CNews pour illustrer cet article. 

Je n’en ai pas trouvé. 

Et pour cause, je n’ai retrouvé aucune trace d’un entretien du président de l’Arcom sur la chaîne qu’il est pourtant régulièrement amené à rappeler à l’ordre. 

Martin Ajdari s’exprime sur RTL, France Culture, Public Sénat, dans la presse ou devant les parlementaires. 

Sur CNews, apparemment pas. 

Pour un régulateur que la chaîne évoque si souvent, le dialogue semble donc, pour l’instant, se pratiquer surtout à distance. 

À lire aussi

  • Audiovisuel : La loi de 1986 a quarante ans, il faut la réformer
  • La liberté de critiquer, sauf le groupe Bolloré
  • Bolloré, presse à droite toute
arcom audiovisuel cnews Europe 1 JDD La Tribune Dimanche Le Monde Martin Ajdari médias pluralisme régulation Vincent Bolloré
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