Dans sa réponse à la consultation publique de l’Arcom sur l’avenir de la TNT, Visionetics défend le maintien d’un socle hertzien aux côtés de l’IP.
Moins utilisé au quotidien, mais toujours stratégique pour informer la population en cas de crise et limiter la dépendance à des infrastructures numériques souvent contrôlées par des acteurs étrangers.
Dans sa réponse à la consultation publique de l’Arcom, Visionetics International défend une idée qui dépasse largement la technique : la télévision peut devenir de plus en plus IP sans que la France ait intérêt à abandonner totalement la diffusion hertzienne
Visionetics International est une société française spécialisée depuis plus de vingt ans dans les technologies de diffusion audiovisuelle et qui accueille actuellement le pilote DVB-I du FAVN.
L’entreprise ne conteste pas l’évolution des usages. La réception exclusivement TNT recule, les plateformes progressent et les téléviseurs connectés deviennent la norme.
Mais Visionetics estime qu’il serait dangereux d’en conclure que la TNT est devenue inutile.
Sa fonction pourrait simplement changer. Demain, elle ne serait plus forcément le principal moyen de regarder la télévision, mais pourrait rester un socle stratégique de diffusion.
Premier argument : l’information du public en cas de crise.
La TNT fonctionne selon une logique de diffusion de masse. Un émetteur envoie le même signal à tous les récepteurs de sa zone de couverture, sans qu’il soit nécessaire d’établir des millions de connexions individuelles comme sur Internet. Cela ne rend évidemment pas le réseau hertzien indestructible. Il dépend lui aussi d’émetteurs, d’alimentations électriques et de liaisons techniques.
Mais il apporte une redondance. Et en matière de sécurité, disposer de plusieurs réseaux différents est précisément un avantage.
Visionetics insiste donc sur la nécessité de conserver un socle broadcast capable de prendre le relais si les réseaux IP sont saturés, perturbés ou victimes d’une attaque.
Cette question est devenue beaucoup moins théorique depuis la guerre en Ukraine. Le conflit a montré à quel point les réseaux hertziens restent importants lorsqu’il faut continuer à informer une population alors que les infrastructures de télécommunications sont dégradées, attaquées ou contrôlées.
Radio et télévision terrestre retrouvent alors une qualité que l’on avait presque oubliée : elles peuvent couvrir massivement un territoire sans dépendre d’un accès individuel à Internet.
Deuxième argument : la souveraineté.
Une télévision entièrement distribuée par IP dépendrait nécessairement d’un ensemble de réseaux, de logiciels, de systèmes d’exploitation, de clouds, de CDN et d’interfaces dont une partie importante appartient à des groupes étrangers.
Cette dépendance n’est pas seulement économique. Elle peut aussi devenir politique.
On l’a encore vu récemment dans l’intelligence artificielle, lorsque des décisions américaines ont conduit à restreindre l’accès de certains utilisateurs étrangers à des technologies considérées comme stratégiques.
Le sujet est différent de la télévision, mais le mécanisme est comparable : lorsqu’une infrastructure essentielle dépend d’acteurs installés à l’étranger, certaines décisions échappent totalement au pays utilisateur.
C’est également ce qui se joue désormais sur l’écran du téléviseur. Plus la télévision devient connectée, plus les fabricants de téléviseurs, les systèmes d’exploitation et les grandes plateformes contrôlent l’accès aux programmes.
Celui qui maîtrise l’écran d’accueil décide largement de ce qui est visible et de ce qui l’est moins.
Visionetics défend donc un modèle hybride associant TNT et IP.
Le DVB-I, actuellement expérimenté dans le cadre d’un pilote du FAVN hébergé dans ses locaux, permet précisément d’organiser dans une même logique des services reçus par plusieurs réseaux. Une chaîne pourrait être reçue par la TNT dans certaines situations, par Internet dans d’autres, sans que cette complexité soit visible pour le téléspectateur.
C’est là que le débat sur la TNT change de nature.
Il ne s’agit plus forcément de savoir s’il faut conserver éternellement le réseau actuel avec tous ses émetteurs. Une rationalisation progressive est possible, et Visionetics elle-même ne l’exclut pas.
La question devient plutôt : jusqu’où peut-on réduire la diffusion hertzienne sans perdre une capacité indépendante d’information de masse ? Pendant des années, la TNT a surtout été jugée en fonction de son audience et de son coût.
Avec les tensions internationales, les cyberattaques et la dépendance croissante envers les infrastructures numériques, elle peut désormais être considérée sous un autre angle.
Celui d’une assurance.
On peut espérer ne jamais en avoir réellement besoin.
Mais supprimer totalement le réseau avant d’être certain de pouvoir s’en passer reviendrait à découvrir son utilité le jour où il n’existe plus.
