Londres hésite entre 2034 et 2044 pour éteindre la télévision numérique terrestre. Arqiva, qui exploite l’essentiel du réseau, accepte désormais sa disparition mais plaide pour la date la plus tardive, au nom des millions de foyers encore dépendants de l’antenne et des radios qui partagent ses pylônes.
Au Royaume-Uni, la disparition de la TNT semble désormais moins une question de principe qu’une question de calendrier.
Le gouvernement britannique étudie deux scénarios, arrêter la télévision numérique terrestre à la fin de 2034, date d’expiration des licences actuelles, ou prolonger le réseau jusqu’à la fin de 2044. Son livre vert juge l’option 2034 convaincante, mais la consultation porte sur les deux.
Et même Arqiva, l’opérateur qui exploite une grande partie des infrastructures de diffusion du pays, accepte désormais l’idée d’une extinction de la TNT.
Mais pour lui, mieux vaut se presser doucement.
Arqiva défend une extinction fin 2044, le temps que la télévision par Internet puisse réellement remplacer la diffusion hertzienne dans pratiquement tous les foyers.
Car derrière les discours sur le tout-IP, environ 2,6 millions de foyers britanniques dépendent encore exclusivement de la TNT, selon les estimations du gouvernement. Un chiffre qui recule d’environ 10 % par an, mais il en resterait encore près de 1,9 million en 2035.
Une extinction dès 2034 poserait donc notamment la question des personnes âgées, des zones rurales et des foyers disposant encore d’une connexion insuffisante.
Le scénario défendu par Arqiva consiste plutôt à réduire progressivement la voilure.
À partir de 2035, le réseau passerait de six multiplex nationaux à trois, en norme DVB-T2, plus performante. Selon Arqiva, cette modernisation réduirait jusqu’à moitié les coûts de diffusion des chaînes et d’environ 40 % la consommation énergétique du réseau, avant une extinction définitive dix ans plus tard.
Ce schéma a un autre atout, et il est de taille. En réorganisant les fréquences au moment du passage à trois multiplex, la bande des 600 MHz pourrait être libérée dès 2034 ou 2035, notamment au profit des opérateurs mobiles.
Prolonger la TNT ne priverait donc pas l’État de ces fréquences très convoitées. L’analyse du gouvernement lui-même estime d’ailleurs que libérer cette bande tout en conservant une TNT réduite coûterait nettement moins cher que ce que rapporterait son attribution au mobile.
Mais il existe un autre problème, beaucoup moins visible. La radio.
Télévision et radio utilisent en partie les mêmes grands sites et infrastructures de diffusion.
Si la TNT disparaît trop rapidement, une partie des coûts fixes aujourd’hui partagés avec la télévision risque de retomber sur les radios.
Selon une étude du cabinet Frontier Economics commandée par Radiocentre, l’organisation professionnelle des radios commerciales, une extinction en 2034 pourrait faire grimper leurs coûts de diffusion de plus de 50 %.
Autrement dit, la télévision pourrait faire ses cartons en 2034 et laisser une partie de la facture aux radios.
D’où la prudence de ceux qui défendent désormais une transition jusqu’aux années 2040.
La fin de la TNT britannique paraît de plus en plus probable.
Mais entre décider que le réseau terrestre appartient au passé et être capable de le remplacer partout, pour tout le monde, il reste encore quelques années et quelques factures à régler.
