Vincent Bolloré poursuit l’élargissement de son écosystème médiatique. En quelques jours, Lagardère Media News a pris le contrôle de Front populaire, la revue fondée par Michel Onfray, avant d’entrer à hauteur de 25 % au capital de Frontières, le média identitaire dirigé par Erik Tegnér.
Dans le cas de Front populaire, il ne s’agit pas d’une simple participation minoritaire. Lagardère Media News a acquis 90 % des Éditions du Plénître, la société qui édite la revue souverainiste. Michel Onfray conserve les 10 % restants ainsi que la direction opérationnelle et éditoriale du titre.
L’opération concernant Frontières est différente. Lagardère News n’en prend que 25 % et Erik Tegnér reste le premier actionnaire d’Artefakt, la société éditrice. Il conserve donc officiellement le contrôle du média. Mais le rapprochement dépasse largement le cadre financier.
La rédaction de Frontières doit s’installer dans la Tour Lagardère, où travaillent déjà Europe 1 et CNews. Des synergies sont annoncées avec les autres médias du groupe. L’émission « 100 % Frontières », déjà programmée du lundi au jeudi sur CNews, sera également diffusée le vendredi.
Cette entrée au capital doit aussi permettre le lancement de L’Indiscret, une lettre numérique hebdomadaire consacrée aux coulisses de la politique, de l’économie et des réseaux d’influence. Erik Tegnér présente ce projet comme un croisement entre Le Canard enchaîné et des publications spécialisées comme La Lettre ou Politico.
Pris séparément, chacun de ces mouvements pourrait être présenté comme une opération industrielle. Mis bout à bout, ils dessinent une stratégie beaucoup plus lisible.
Autour de Vincent Bolloré se constitue progressivement un ensemble de médias complémentaires : CNews pour la télévision, Europe 1 pour la radio, le JDD et JDNews pour la presse généraliste, Front populaire pour le courant souverainiste et Frontières pour l’enquête militante, les vidéos et les réseaux sociaux.
L’objectif semble être de toucher des publics différents tout en faisant circuler les mêmes personnalités et les mêmes thèmes d’un média à l’autre. Un invité peut intervenir sur Europe 1, être repris par CNews, faire l’objet d’un article dans le JDD, puis bénéficier d’un prolongement numérique auprès des communautés de Frontières.
Il faut cependant rester précis sur la propriété de cet ensemble. Vincent Bolloré ne détient pas personnellement et directement tous ces médias. Le groupe Bolloré possède environ 30,4 % de Louis Hachette Group, qui détient 66,5 % de Lagardère. La structure juridique est donc complexe, mais la cohérence éditoriale et les rapprochements opérationnels rendent l’existence d’une « galaxie Bolloré » difficilement contestable.
Cela ne signifie pas pour autant que tous les titres appartenant aux groupes Lagardère ou Prisma Media suivent la même ligne politique. Mais dans le secteur de l’information générale, les acquisitions et les recrutements privilégient clairement des médias, des journalistes et des personnalités situés à droite, parfois à l’extrême droite.
La prise de contrôle de Front populaire, suivie de l’entrée au capital de Frontières, marque une nouvelle étape. Bolloré ne se contente plus de transformer des médias historiques comme Europe 1 ou le JDD. Son groupe agrège désormais des publications plus jeunes, déjà idéologiquement affirmées et disposant de communautés très engagées.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, cette concentration ne peut pas être considérée comme une simple diversification économique. Elle renforce une puissance médiatique capable d’imposer des thèmes, de faire émerger des personnalités et d’organiser la circulation des idées à travers la télévision, la radio, la presse et les réseaux sociaux.
