À BFMTV, la contestation gagne la rédaction. Plus de 200 journalistes et 160 techniciens dénoncent des dérives éditoriales. La direction annonce des mesures, mais redouterait désormais de perdre Sonia Mabrouk, sa recrue vedette de la rentrée.
La crise prend une tournure inattendue à BFMTV. Après la fronde de plus de 200 journalistes et de 160 techniciens, CMA Media annonce des mesures pour apaiser les tensions. Mais une autre inquiétude apparaît : selon plusieurs informations de presse, Sonia Mabrouk envisagerait de se mettre en retrait, deux mois et demi seulement après son arrivée.
La journaliste avait quitté CNews dans des circonstances mouvementées, notamment après son désaccord avec le maintien de Jean-Marc Morandini à l’antenne. Recrutée par BFMTV, elle devait incarner une nouvelle ambition éditoriale et contribuer à renforcer l’audience de la chaîne face à sa concurrente.
Seulement voilà, son arrivée n’a jamais fait l’unanimité dans la rédaction.
Dès les premières émissions de « 100 % Mabrouk », la Société des journalistes avait contesté le choix de certains invités. Les critiques ont pris une nouvelle dimension ces derniers jours, avec deux courriers adressés à la direction.
D’abord 160 techniciens, puis plus de 200 journalistes, qui dénoncent la banalisation de certains propos racistes ou discriminatoires à l’antenne. Ils réclament davantage de vigilance dans les interviews, une diversification des invités et une place plus importante accordée aux reportages plutôt qu’aux débats.
Certains expliquent même ne plus oser afficher leur appartenance à BFMTV lorsqu’ils travaillent sur le terrain.
Pour répondre à cette contestation, CMA Media a annoncé la création d’une cellule chargée de coordonner le choix des invités politiques, sous la responsabilité de Fabien Namias. Un baromètre mensuel du pluralisme sera également publié.
Des mesures qui ressemblent à des corrections éditoriales, même si la direction prend soin d’affirmer qu’il ne s’agit ni d’un changement de ligne ni d’une reconnaissance des accusations.
Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l’information de CMA Media, a parallèlement réaffirmé son soutien à Sonia Mabrouk, dénonçant la campagne de déstabilisation dont elle serait victime.
Mais une autre difficulté apparaît.
Selon certaines sources, Sonia Mabrouk aurait fait savoir à sa direction qu’elle envisageait de se mettre en retrait. Les dirigeants de BFMTV chercheraient à la convaincre de rester, conscients des conséquences que pourrait avoir son départ.
Le Parisien évoque également, ce jeudi 5 novembre, la crainte de la direction de voir démissionner sa nouvelle vedette.
Aucun départ n’a toutefois été annoncé officiellement.
La direction se retrouve donc dans une situation délicate. Elle doit rassurer une partie importante de sa rédaction sans désavouer une journaliste qu’elle a recrutée pour renforcer sa grille.
Reste une question de fond : une chaîne d’information doit-elle accepter tous les invités au nom du pluralisme ? Inviter une personnalité controversée n’implique pas de partager ses opinions, mais cela impose de vérifier ses affirmations et de les contredire lorsqu’elles sont fausses.
Le pluralisme ne dispense jamais du travail journalistique.
Pour Rodolphe Saadé et les dirigeants de CMA Media, cette crise tombe au mauvais moment. Le groupe nourrit de nouvelles ambitions pour BFMTV, notamment à l’international, et entend développer ses activités d’information.
Il lui faut maintenant convaincre ses journalistes que leur métier reste la priorité, tout en persuadant Sonia Mabrouk de continuer à l’exercer sur son antenne.
BFMTV voulait recruter une personnalité pour faire parler de sa chaîne. Sur ce point, l’opération est réussie. Reste à savoir si c’était exactement de cette manière que ses dirigeants l’avaient imaginé.
