Quatre mois après son lancement, TF1 se félicite de son partenariat avec Netflix : les audiences progressent et de nouveaux publics découvrent ses programmes.
Mais les recettes restent inconnues et une question se pose : à terme, qui profitera vraiment de cet accord, TF1 ou Netflix ?
Près de quatre mois après son lancement, l’accord entre TF1 et Netflix semble satisfaire les deux partenaires… enfin, c’est surtout TF1 qui le dit.
Mais qui en profite vraiment le plus ?
Annoncé en juin 2025, le partenariat est entré en vigueur le 19 juin dernier. Depuis, les abonnés français de Netflix accèdent sans supplément aux cinq chaînes du groupe TF1 en direct et aux 35 000 heures de programmes de TF1+.
Un accord qui peut paraître étonnant quand on sait combien Netflix a contribué à détourner le public des chaînes traditionnelles. Mais justement, une partie de ce public, notamment les jeunes, ne regarde plus les chaînes de ses parents, ni même leurs plateformes. En proposant ses programmes directement sur Netflix, TF1 peut espérer récupérer ces spectateurs.
Et cela semble fonctionner. Selon TF1, les heures visionnées sur TF1+ ont progressé de 30 % depuis le lancement, par rapport à la même période de 2025. Près d’un abonné Netflix sur deux a regardé au moins un programme de TF1+.
Entre juillet et août, le visionnage des programmes TF1 a bondi de 140 % chez les utilisateurs exposés aux recommandations et aux résultats de recherche de Netflix.
Mais AlphaValue, un cabinet indépendant d’analyse financière, relève une nette accélération. Au premier semestre, la consommation numérique de TF1+ ne progressait que de 6,6 %, selon une mesure différente.
Parmi les programmes qui fonctionnent, on retrouve Secret Story, Koh-Lanta, La Villa des Cœurs Brisés, des matchs des Bleus et même Une chance de trop, une fiction datant de 2015.
Voilà donc des programmes traditionnels qui trouvent une nouvelle audience sur Netflix !
Mais pour TF1, l’enjeu est aussi, et surtout, publicitaire car les programmes arrivent sur Netflix avec leurs écrans publicitaires, sont commercialisés par TF1 PUB.
Y compris pour les abonnés qui paient Netflix justement pour ne pas avoir de publicité !
Rodolphe Belmer, le patron de TF1, estime à 14 millions le nombre de foyers français abonnés à Netflix, dont beaucoup regardaient peu ses chaînes.
Et Belmer connaît bien Netflix. En 2013, alors qu’il dirigeait Canal+, il aurait proposé à Vivendi de racheter la plateforme américaine, selon une enquête publiée par L’Obs. Une proposition refusée à l’époque. Il a ensuite siégé au conseil d’administration de Netflix de 2018 à 2022, avant de prendre la direction de TF1.
Autant dire qu’il connaît les deux maisons ! Maisons qui se connaissaient déjà, Netflix ayant co-produit certaines séries avec la Une. Entre parenthèse, recevant récemment des amis américains, nous avons été surpris de constater qu’ils connaissaient bien Audrey Fleurot car ils avaient regardé les séries TF1 à Dallas !
Aujourd’hui, TF1 assure que l’accord ne pénalise pas la fréquentation de sa propre plateforme. Mais AlphaValue s’interroge sur un éventuel transfert d’audience au détriment des chaînes traditionnelles et sur l’équilibre futur entre les partenaires. Surtout, il manque un chiffre essentiel : les recettes supplémentaires générées par l’accord. TF1 n’en communique aucun.
Nous avons donc un bilan d’audience, mais pas encore un bilan financier.
Et Netflix, qu’y gagne-t-il ? Des milliers d’heures de programmes français populaires, du direct et du sport qu’il n’a pas besoin de produire lui-même. De quoi enrichir son offre et fidéliser ses abonnés.
Surtout, Netflix devient distributeur de chaînes de télévision en direct, une expérience qui pourrait être reproduite ailleurs.
Pendant des années, les chaînes ont tenté de concurrencer Netflix avec leurs propres plateformes.
Aujourd’hui, TF1 fait le chemin inverse. Mais à plus long terme, qui maîtrisera la relation avec le téléspectateur ? Les programmes appartiennent à TF1, mais c’est Netflix qui les présente, les recommande et contrôle leur visibilité dans son interface.
TF1 gagne ainsi de l’audience, mais pourrait progressivement devenir dépendante de celui qui la lui apporte. TF1 a trouvé un nouveau distributeur. Netflix, lui, pourrait devenir la porte d’entrée de la télévision.
Et celui qui contrôle la porte d’entrée dispose d’un sérieux avantage pour négocier la suite.
Le premier bilan est encourageant pour TF1.
Mais TF1 n’est pas la seule chaîne française à avoir fait ce choix. Depuis juillet 2025, France Télévisions propose ses chaînes et ses programmes sur Prime Video. M6 a suivi en janvier dernier, en intégrant M6+ à la plateforme d’Amazon. Le groupe M6 a également signé avec Disney+, qui diffuse désormais certaines de ses émissions.
Autrement dit, les grandes chaînes françaises prennent toutes le même chemin : plutôt que d’attendre que les téléspectateurs reviennent sur leurs propres plateformes, elles vont les chercher chez les géants américains.
Une stratégie logique à court terme, mais qui pose une question pour l’avenir.
À force de confier la distribution de leurs programmes aux plateformes américaines, les chaînes françaises ne risquent-elles pas de perdre progressivement la maîtrise de leur relation avec le public ?
Qui, demain, fixera les règles du jeu.
