Netflix vient de faire une découverte extraordinaire, lorsqu’un film ou une série est adapté d’un livre, les spectateurs peuvent avoir envie d’acheter le livre en question !
Il fallait y penser.
À l’occasion de son premier Netflix Book Festival, organisé à Paris du 16 au 18 octobre en partenariat avec le Centre national du livre, la plateforme dévoile une étude réalisée avec NielsenIQ BookData.
Et les résultats sont éloquents.
Sur 58 programmes Netflix adaptés de livres et étudiés entre 2017 et 2026, 84,2 % ont été accompagnés d’un pic des ventes des ouvrages originaux autour de leur sortie sur la plateforme.
Et lorsqu’une adaptation sort, 64 % des spectateurs interrogés déclarent s’intéresser au livre d’origine.
Voilà qui devrait rassurer les éditeurs et les libraires.
Sauf que cette formidable découverte a quelques décennies de retard.
Le cinéma n’a pas attendu Netflix pour adapter des romans et contribuer à leur succès commercial.
Autant en emporte le vent, Le Parrain, Le Seigneur des anneaux ou Harry Potter en sont de parfaites illustrations.
Et la télévision traditionnelle ne s’en est pas privée non plus.
D’ailleurs, selon une étude publiée en 2025 par ce même Centre national du livre, avec le CNC, 16 % des films français sortis entre 2015 et 2023 étaient des adaptations d’œuvres littéraires.
Pour les productions audiovisuelles françaises, la proportion atteignait 11 %.
Le livre est donc depuis longtemps un fournisseur d’histoires pour les écrans.
Mais il existe également le phénomène inverse, moins connu, la novélisation.
Cette fois, on part d’un scénario de film ou de série pour en faire un roman.
C’est notamment le cas de Star Wars, dont le premier roman, signé George Lucas mais écrit en réalité par Alan Dean Foster à partir du scénario, est paru aux États-Unis en novembre 1976, six mois avant la sortie du film !
Comme quoi, dans cette histoire, il n’est pas toujours facile de savoir qui arrive le premier.
Mais revenons à Netflix.
Que nous apprend réellement son étude ?
Que les adaptations peuvent stimuler les ventes de livres, ce qui est incontestablement une bonne nouvelle.
Et que la plateforme américaine sait parfaitement transformer un phénomène ancien en argument de communication.
Reconnaissons cependant que certains effets sont spectaculaires.
Avec la première saison de La Chronique des Bridgerton, les romans de Julia Quinn se sont vendus jusqu’à 10 000 exemplaires par semaine, cent dix-sept fois plus qu’avant la sortie de la série.
Et la série Lupin a permis d’écouler plus de 575 000 exemplaires des aventures d’Arsène Lupin.
Mais l’étude elle-même apporte une nuance savoureuse.
Pour plus de la moitié des programmes étudiés, au moins 80 % des ventes des livres avaient déjà été réalisées avant leur diffusion sur Netflix.
La plateforme reconnaît donc agir davantage comme un accélérateur que comme un déclencheur de succès.
Et dans 44 % des cas, le pic de ventes est atteint pendant les fêtes de fin d’année.
Le Père Noël mériterait donc, lui aussi, sa part du mérite.
Et puis il y a un petit problème dans cette belle histoire d’amour entre le livre et l’écran.
Un excellent roman peut donner un film médiocre.
Et inversement, un livre assez quelconque peut inspirer un excellent film.
Sans oublier qu’une adaptation peut être fidèle au roman, prendre quelques libertés ou carrément le trahir.
Certains réalisateurs s’éloignent tellement de l’œuvre originale qu’il n’en reste parfois que le titre.
Et encore, même celui-là peut être changé !
D’ailleurs, combien de lecteurs sont sortis déçus d’une salle de cinéma après avoir vu l’adaptation d’un roman qu’ils avaient adoré ?
Car un livre, c’est avant tout une affaire d’imagination.
On se représente les personnages, leurs visages, leurs voix, les décors et les atmosphères.
Chacun construit son propre film.
Et voilà qu’un réalisateur vient nous imposer le sien, avec des acteurs qui ne ressemblent pas nécessairement à ceux que nous avions imaginés.
C’est un peu comme à la radio.
On écoute pendant des années un animateur dont on connaît parfaitement la voix et les intonations.
On finit par lui imaginer un visage, une silhouette, parfois même une personnalité.
Et le jour où on le découvre en photo ou à la télévision, quelle surprise !
Il ne ressemble absolument pas à celui que nous avions imaginé.
Avec les adaptations littéraires, c’est un peu la même chose.
Le cinéma donne un visage aux personnages, là où le livre nous laissait la liberté de leur inventer le nôtre.
Ce qui n’empêche évidemment pas certaines adaptations d’être de véritables réussites, parfois même supérieures à l’œuvre originale.
Alors, si Netflix contribue à faire découvrir des auteurs et à donner envie de lire, notamment aux plus jeunes, tant mieux.
Mais inutile de lui attribuer une révolution culturelle.
Pendant des décennies, la littérature a fourni au cinéma et à la télévision des histoires, des personnages et des succès.
Aujourd’hui, Netflix nous explique que le cinéma et la télévision peuvent aussi rendre service à la littérature.
La boucle est bouclée.
Et puisqu’il semble décidé à réinventer le livre, rappelons-lui un dernier détail, contrairement à ses séries, un bon roman sur papier n’a besoin ni d’un écran, ni d’une connexion Internet, ni d’un abonnement.
Et surtout, le lecteur conserve un privilège que Netflix ne pourra jamais lui offrir, choisir lui-même les images et les acteurs.
Sans qu’un algorithme vienne lui suggérer la suite.
