Oui, ce titre est volontairement accrocheur, pour ne pas dire putaclic. Bolloré ne possède pas la Fnac, mais son groupe exploite certaines de ses boutiques dans les gares, aux côtés de Relay.
Un partenariat méconnu qui pourrait être remis en question si Daniel Křetínský réussissait son OPA sur Fnac Darty.
Ce titre est volontairement accrocheur est largement exagéré mais il repose sur une réalité méconnue. Le groupe Lagardère, dans la sphère d’influence de Vincent Bolloré, exploite certaines boutiques Fnac dans les gares françaises.
Étonnant, car Fnac et Relay n’ont pas exactement la même philosophie.
Il suffit de parcourir leurs rayons pour constater que certains livres très visibles chez Relay sont beaucoup plus discrets à la Fnac.
Pourtant, dans certaines gares, les deux enseignes dépendent du même exploitant !
Depuis 2011, Lagardère exploite en effet des boutiques sous enseigne Fnac dans le cadre d’un partenariat commercial. On les retrouve notamment dans plusieurs grandes gares parisiennes, parfois à proximité immédiate d’un Relay.
Et le réseau est considérable, avec 307 boutiques Relay réparties dans 271 gares françaises selon des chiffres publiés en février 2026.
Une vitrine précieuse pour les éditeurs.
D’autant que Lagardère possède Hachette Livre, avec des maisons comme Fayard, Grasset, Stock ou Calmann-Lévy.
Et certaines réalisent de belles opérations commerciales.
Dernier exemple, Sarah Knafo. Selon ActuaLitté, son livre Le Casse du siècle, publié chez Fayard, s’est vendu à 265 714 exemplaires en six semaines, contre 219 410 pour La France n’a pas dit son dernier mot d’Éric Zemmour, sur une période comparable en 2021.
De là à dire, comme le suggère ironiquement ActuaLitté, que Sarah Knafo a commencé le « grand remplacement » par celui de son compagnon dans les classements des ventes, il n’y a qu’un pas.
Précisons toutefois que Knafo doit surtout son avance aux grandes surfaces spécialisées et aux ventes en ligne. En librairie traditionnelle, Zemmour avait fait mieux.
Mais revenons à Bolloré et à la Fnac.
Car la sphère Bolloré rassemble aujourd’hui chaînes de télévision, radios, journaux, maisons d’édition et réseau de boutiques. Un ensemble capable de faire connaître un auteur, de publier son livre et de le vendre.
Un autre milliardaire présente un profil comparable, Daniel Křetínský.
Propriétaire d’Editis, avec Robert Laffont, Julliard ou Plon, l’homme d’affaires tchèque possède également, à travers ses sociétés, Elle, Marianne, Franc-Tireur et la chaîne T18.
Avec une différence notable. Là où plusieurs médias de la sphère Bolloré, notamment CNews, Europe 1 et le JDD, affichent des orientations éditoriales proches de ses convictions conservatrices, ceux de Křetínský présentent des sensibilités très différentes.
Difficile de trouver une ligne politique commune entre Elle, Marianne et Franc-Tireur. Quant à T18, elle n’affiche pas, jusqu’ici, de positionnement comparable à celui de CNews.
Et voilà justement que Křetínský, déjà actionnaire important de Fnac Darty, veut en prendre le contrôle.
L’opération est examinée par la Commission européenne, qui s’intéresse notamment aux risques de favoritisme envers les livres d’Editis dans les magasins Fnac et sur son site Internet.
Une situation qui rappelle celle de Bolloré.
En 2023, Bruxelles a autorisé Vivendi, alors contrôlé par ce dernier, à racheter Lagardère, mais en imposant la vente d’Editis et de Gala.
Editis a précisément été racheté par Křetínský, avec l’accord de Bruxelles, alors qu’il détenait déjà une participation minoritaire dans Fnac Darty. Aujourd’hui, il veut en prendre le contrôle exclusif. Comment Bruxelles pourrait-elle lui refuser ce qu’elle a accepté, sous conditions et dans une configuration différente, pour Bolloré ?
La comparaison a ses limites. Fnac Darty pèse beaucoup plus lourd dans la vente de livres que Relay, dont les liens avec Hachette remontent au XIXe siècle.
Mais un refus, ou de nouvelles obligations de cession, demanderait des explications.
Et cette éventuelle prise de contrôle soulève une autre question. Que deviendrait le partenariat entre Fnac et Lagardère ?
Car si l’OPA réussit, les boutiques Fnac des gares pourraient continuer d’être exploitées par un groupe de la sphère Bolloré, tout en portant l’enseigne d’un distributeur contrôlé par Křetínský, concurrent direct de Hachette dans l’édition.
Les deux groupes auraient-ils intérêt à poursuivre cette collaboration commerciale ? Ou le nouvel actionnaire souhaiterait-il revoir les accords, voire récupérer l’exploitation de ces magasins ?
Rien n’indique aujourd’hui que ce partenariat soit menacé. Mais sa pérennité mérite d’être interrogée.
Au fond, derrière Bolloré et Křetínský se pose une question plus générale, celle de la concentration de l’édition, des médias et de la distribution entre quelques grandes fortunes.
Car il ne suffit pas de savoir qui publie les livres. Encore faut-il savoir qui choisit de les mettre en avant.
Et voilà que Křetínský souhaite désormais prendre le contrôle de Fnac Darty, dont il est déjà actionnaire.
L’opération est examinée par Bruxelles, notamment sous l’angle des risques de favoritisme envers les livres d’Editis.
En 2023, la Commission européenne avait autorisé Vivendi, alors contrôlé par Bolloré, à racheter Lagardère, à condition de céder Editis et Gala.
Editis avait justement été racheté par Křetínský, avec l’accord de Bruxelles, alors qu’il était déjà actionnaire minoritaire de Fnac Darty. Comment lui refuser aujourd’hui ce qui a été accepté, sous une autre forme, pour Bolloré ?
Certes, Fnac Darty pèse autrement plus lourd que Relay dans la distribution de livres. Les situations ne sont donc pas identiques.
Mais une autre question se pose. Si Křetínský réussit son OPA, que deviendra le partenariat entre Fnac et Lagardère ?
Les deux groupes, concurrents dans l’édition, poursuivront-ils leur collaboration commerciale dans les gares ? Ou le nouvel actionnaire de la Fnac souhaitera-t-il revoir les accords ? Rien n’indique aujourd’hui que ce partenariat soit menacé, mais la question mérite d’être posée.
Au fond, derrière Bolloré et Křetínský, c’est la concentration des médias, de l’édition et de la distribution qui interroge.
Car un livre peut être disponible sans être visible.
Et entre les deux, il y a parfois toute la différence entre un ouvrage que l’on cherche et un ouvrage que l’on découvre.
