Netflix acquiert les droits du Mondial 2030 en Espagne, une nouvelle étape dans sa conquête du sport.Et demain en France ? Face à beIN Sports et aux chaînes gratuites, le géant américain pourrait rebattre les cartes, à condition que l’opération soit rentable.
Netflix vient de franchir une nouvelle étape dans sa conquête du marché sportif. Le géant américain a acquis les droits exclusifs de la Coupe du monde de football 2030 en Espagne et en Andorre, soit 104 rencontres.
Un choix stratégique puisque l’Espagne, championne du monde en titre, organisera une grande partie du tournoi avec le Portugal et le Maroc.
Mais Netflix n’en est pas à son premier investissement sportif. Le groupe diffuse déjà du football américain, de la boxe, du catch et du baseball au Japon. Il détient également les droits des Coupes du monde féminines 2027 et 2031 aux États-Unis et au Canada.
Et il n’est pas le premier géant du streaming généraliste à s’intéresser au sport.
Amazon a diffusé pendant trois saisons l’essentiel de la Ligue 1 française et propose désormais de la NBA, notamment en France. Sans oublier Roland-Garros, dont Prime Video retransmet depuis 2021 les sessions de soirée. Apple diffuse de son côté le championnat américain de football, la MLS, et désormais la Formule 1 aux États-Unis.
Mais attention, les droits sportifs ne sont pas toujours une bonne affaire.
Souvenons-nous de Mediapro et de sa chaîne Téléfoot, disparue quelques mois après son lancement en 2020. Plus récemment, DAZN a également tenté l’aventure de la Ligue 1, avant d’abandonner les droits directs après une seule saison, tout en restant distributeur de Ligue 1+.
Le montant du contrat Netflix n’a pas été communiqué, mais on imagine que la FIFA n’a pas bradé ses droits.
Alors, faudra-t-il obligatoirement s’abonner à Netflix pour regarder la Coupe du monde ? Pas pour toutes les rencontres.
Un match par journée sera accessible gratuitement et une chaîne nationale en clair, encore inconnue, pourra diffuser les matchs de l’Espagne, les deux demi-finales et la finale. En revanche, pour suivre l’intégralité de la compétition, il faudra passer par Netflix.
Ce modèle existait déjà lors du Mondial 2026, avec DAZN pour l’ensemble des matchs et RTVE pour une sélection de rencontres gratuites.
La nouveauté, c’est donc surtout l’identité du diffuseur. Netflix peut utiliser le football pour conquérir de nouveaux abonnés, les fidéliser et développer ses recettes publicitaires.
Mais surtout, l’Espagne pourrait servir de test grandeur nature. Si l’opération fonctionne, pourquoi Netflix ne ferait-il pas la même chose ailleurs, notamment en France ?
Pour les Mondiaux 2026 et 2030, les droits français sont déjà attribués. beIN Sports détient les droits payants des 104 rencontres et M6 ceux de 54 matchs en clair.
Mais après 2030, Netflix pourrait parfaitement prendre la place de beIN Sports. Avec toutefois une différence importante entre les deux entreprises.
beIN Sports appartient à un groupe qatari dont les ambitions ne sont pas uniquement commerciales. Pour le Qatar, posséder un grand réseau international de chaînes sportives, c’est aussi affirmer sa présence médiatique et développer son influence.
Les droits sportifs ont donc une valeur économique, mais également diplomatique et politique. Ce qui ne signifie pas que beIN Sports ne recherche pas la rentabilité, bien au contraire mais son intérêt stratégique ne se mesure pas seulement au nombre d’abonnés.
Netflix, en revanche, n’a pas les mêmes objectifs. C’est une entreprise américaine cotée en Bourse, qui doit convaincre ses investisseurs de la pertinence de ses dépenses. Pas question d’acheter des compétitions sportives uniquement pour le prestige.
Il faudra que les investissements rapportent, directement ou indirectement, par les nouveaux abonnements, la fidélisation des clients ou la publicité.
Et cela change la manière d’aborder le marché car une Coupe du monde ne dure que quelques semaines. Elle peut attirer beaucoup de nouveaux abonnés sans garantir qu’ils resteront ensuite.
Netflix n’ira donc pas nécessairement acheter des droits dans tous les pays, quel qu’en soit le prix. Mais la France pourrait constituer une cible intéressante. Certes, la réglementation française protège la diffusion gratuite de certains grands événements sportifs. Pour le Mondial masculin, cela concerne tous les matchs de l’équipe de France, les deux demi-finales et la finale. Depuis 2024, même le match d’ouverture ne bénéficie plus de cette protection particulière.
Un diffuseur payant peut donc acquérir l’ensemble des droits, sous réserve de respecter les obligations de diffusion gratuite des rencontres protégées. C’est précisément le principe retenu par Netflix en Espagne. Les 54 matchs proposés par M6 en France représentent aujourd’hui bien davantage que le minimum réglementaire.
Un futur acquéreur pourrait donc réserver beaucoup plus de rencontres à ses abonnés.
Est-ce inéluctable ? Non, car les grandes chaînes gratuites conservent une capacité à rassembler des audiences exceptionnelles, particulièrement recherchées par les annonceurs.
Mais après avoir concurrencé la télévision traditionnelle avec ses films et ses séries, Netflix s’attaque désormais à l’un de ses derniers grands atouts : les événements sportifs.
Demain, les chaînes gratuites pourraient conserver les matchs des Bleus, les demi-finales et la finale. Et Netflix récupérer tout le reste.
La Coupe du monde resterait alors un événement populaire, mais pour en voir l’essentiel, il faudrait passer à la caisse.
À condition, bien sûr, que Netflix y trouve son compte car contrairement au Qatar, le géant américain n’a aucune influence diplomatique à défendre.
L’Espagne pourrait donc être un premier test avant une offensive beaucoup plus large.
Mais ce n’est pas le football qui décidera de la suite.
Ce sera la rentabilité.
