Pour économiser 3,9 millions d’euros, Radio France a coupé 12 % de ses émetteurs FM. France Musique en paie le prix, au nom d’une logique de sécurité où la vieille FM redevient stratégique.
Depuis cet été, certains auditeurs de France Musique ont découvert qu’une économie budgétaire peut avoir un effet très concret. Parfois, elle coupe le son.
Le 22 juillet, Radio France a restitué à l’Arcom environ 300 émetteurs FM, soit 12 % de son parc, pour économiser 3,9 millions d’euros par an, toutes antennes confondues. Le chiffre paraît modeste, mais il est trompeur, car la réduction n’a pas été répartie également. Franceinfo et ICI ont été renforcées, Mouv’ a quitté la FM, et France Musique a perdu une part importante de sa couverture hertzienne.
La maison publique ne dit jamais franchement « vous avez voulu des économies, les voilà ». Mais elle rappelle les contraintes budgétaires qui lui sont imposées et la nécessité de réduire ses coûts de diffusion.
Ce choix n’est pas seulement comptable. Il répond aussi à une logique de sécurité. Lors d’un colloque organisé à l’Arcom en juin dernier, auquel j’assistais, l’exemple ukrainien a été clairement cité. La guerre a rappelé qu’en cas de conflit, de cyberattaque, de panne majeure ou de catastrophe, Internet et les réseaux mobiles peuvent être perturbés. La FM, elle, diffuse directement depuis un émetteur vers des millions de récepteurs, sans box, sans carte SIM et sans réseau téléphonique. Un simple poste à piles ou un autoradio suffit, tant que les émetteurs restent alimentés.
C’est pourquoi Radio France garde la FM en priorité pour franceinfo et ICI, les antennes de l’information immédiate, des alertes et des consignes à la population. France Musique, moins dépendante de l’actualité, est envoyée la première vers le DAB+.
Avec un problème de calendrier. Dans certains territoires, la FM s’est éteinte avant que le DAB+ ne s’allume. Les auditeurs concernés écrivent à la médiatrice, parfois très vivement. Et la réponse de Radio France pourrait presque se résumer ainsi, attendez un peu, ça va revenir. Pas en FM, mais en DAB+, dans les prochaines semaines ou les prochains mois selon les zones. Ce n’est guère satisfaisant quand on veut écouter France Musique aujourd’hui. Mais il s’agit moins d’un abandon que d’un trou entre deux réseaux.
Cette réforme met surtout les responsables politiques devant leur propre contradiction. On peut demander au service public de coûter moins cher. Mais quand les économies sont réellement appliquées, elles ont des conséquences, des fréquences supprimées, des priorités redéfinies, et un réseau qu’il faut malgré tout maintenir capable de couvrir le territoire et de tenir en cas de crise.
La réforme de cet été a donc au moins une vertu. Elle montre que les économies dans l’audiovisuel public ne restent pas dans des tableaux Excel. À un moment, elles arrivent jusqu’au poste de radio. Et depuis l’Ukraine, même une vieille fréquence FM peut redevenir stratégique.
Lire le message du médiateur Radio France
