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You are at:Home»Télévision»Fauda, Adèle Haenel : deux regards, deux polémiques autour du même conflit
Télévision

Fauda, Adèle Haenel : deux regards, deux polémiques autour du même conflit

Serge SurpinBy Serge Surpinseptembre 16, 2026Aucun commentaire5 Mins Read
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Deux récits du conflit, deux effets très différents. Fauda, plus israélienne que jamais, reste très regardée dans le monde arabe, tandis qu’Adèle Haenel provoque la polémique en reconnaissant avoir volontairement modifié sa carte blanche au dernier moment.

Nous vous avons déjà évoqué ici la cinquième saison de Fauda, la série israélienne diffusée dans le monde par Netflix. 

Une saison entièrement repensée après le 7 octobre 2023. Et, contrairement aux précédentes, beaucoup plus directement racontée du point de vue israélien. Le traumatisme du 7 octobre et la vengeance sont au cœur du récit, tandis que le point de vue palestinien, qui contribuait à l’originalité des premières saisons, passe cette fois largement au second plan. 

Or c’est justement ce qui posait une question intéressante. Car Fauda a toujours eu une particularité assez étonnante pour une série israélienne consacrée au conflit avec les Palestiniens : elle est très regardée dans plusieurs pays arabes. 

Alors qu’allait-il se passer avec une saison aussi directement marquée par le 7 octobre ? 

La réponse est assez nette. 

Fauda est entrée dans le Top 10 de nombreux pays de la région, notamment en Jordanie, aux Émirats arabes unis, au Qatar, à Bahreïn, à Oman, au Koweït, en Égypte au Maroc et en Arabie saoudite. 

Mais le résultat le plus spectaculaire vient du Liban.  Fauda y est devenue numéro un des séries Netflix. 

Et le symbole est évidemment particulier. 

Le Liban et Israël n’ont pas de relations diplomatiques,, ils sont même dans une situation de guerre,  le Liban applique toujours une législation de boycott d’Israël et la présence même de Fauda sur Netflix y avait déjà suscité des protestations. 

Le classement cette 5ème saison n’est d’ailleurs pas totalement nouveau : la quatrième saison avait déjà atteint la première place dans le pays. 

Évidemment, regarder une série ne signifie pas adhérer à ce qu’elle raconte. 

Un classement Netflix mesure ce que regardent les abonnés, pas ce qu’ils pensent. 

Mais le phénomène reste intéressant. 

Même dans sa saison la plus directement israélienne, Fauda continue donc d’être regardée dans une partie du monde arabe. 

Autrement dit, on peut regarder le récit de l’autre, y compris lorsqu’on ne le partage pas.  Et dans le contexte actuel, ce n’est déjà pas si banal. 

Puisque nous parlons des conflits du Moyen-Orient, difficile de passer à côté d’une autre polémique. 

Cette fois sur France 5, dans La Grande Librairie. 

Adèle Haenel y disposait d’une carte blanche. Et depuis, elle a elle-même expliqué comment elle avait décidé de l’utiliser. 

L’actrice avait transmis à la production un texte dans lequel elle parlait déjà de « génocide » à Gaza.  Ce texte figurait au prompteur et elle l’avait répété avant l’émission.  Mais au moment du direct, elle a changé les deux dernières phrases. 

Elle a alors explicitement accusé l’État d’Israël de commettre un génocide, affirmé que « la France est complice » et appelé à sanctionner Israël. 

Et surtout, elle reconnaît aujourd’hui qu’elle n’avait volontairement pas transmis cette version. 

Pourquoi ? 

Parce qu’elle avait, dit-elle, « la certitude que ce texte ne passerait pas ». 

Voilà qui a au moins le mérite de clarifier la situation. 

Ce n’était donc ni une improvisation, ni une phrase échappée sous le coup de l’émotion. Le changement était préparé. Et le contournement aussi. 

La production savait qu’Adèle Haenel allait parler de Gaza et employer le mot « génocide ». En revanche, elle ne connaissait pas les accusations supplémentaires qu’elle avait décidé de réserver au direct.

Et comme la carte blanche arrive à la fin de l’émission, difficile ensuite d’apporter immédiatement un autre point de vue. C’est d’ailleurs précisément l’argument avancé par France Télévisions après la polémique puisque l’émission a été retirée des replay. 

Le groupe rappelle que son cahier des charges lui impose, lorsqu’un sujet prête à controverse, d’assurer l’expression des différents points de vue. 

Mais l’affaire devient surtout assez savoureuse lorsqu’on regarde ce qui avait été accepté avant l’émission. 

Gaza était déjà dans le texte. Le mot « génocide » aussi. Et ce n’était même pas une première dans La Grande Librairie. En juin 2025, Annie Ernaux avait déjà utilisé cette même carte blanche pour parler du « génocide » à Gaza. 

Autrement dit, contrairement à ce qu’on pourrait comprendre de la polémique, le sujet Gaza n’était pas interdit. Le mot « génocide » non plus. 

Ce qu’Adèle Haenel avait choisi de garder secret jusqu’au direct, c’était la désignation explicite d’Israël comme responsable, l’accusation de complicité adressée à la France et l’appel aux sanctions. 

Elle peut évidemment défendre ces positions. 

Et une carte blanche est précisément destinée à offrir une grande liberté de parole. 

Mais liberté de parole et transparence ne sont pas forcément incompatibles. 

Remettre un texte à une production, en préparer volontairement un autre et attendre le direct pour prononcer celui qu’on pense qu’elle aurait refusé, c’est une conception assez personnelle du fair-play. 

Adèle Haenel assume aujourd’hui cette stratégie. 

Très bien. 

Mais si l’idée était de démontrer qu’on voulait l’empêcher de parler de Gaza, il reste tout de même un petit problème. 

Le texte accepté en parlait déjà. 

En clair, Adèle Haenel avait une carte blanche. 

Elle a simplement préféré conserver jusqu’au direct une petite carte cachée. 

Autre remarque, les équipes ont considéré aussi qu’utiliser le mot génocide ne demandait pas de réponse en direct. Est-ce dans le cahier des charges de France Télévisions ? 

7 octobre Adèle Haenel Avi Issacharoff Fauda France 5 France Télévisions Gaza Israël La Grande Librairie Liban Lior Raz monde arabe Netflix Palestine
Serge Surpin
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