En utilisant la carte blanche de La Grande Librairie pour accuser Israël de génocide et la France de complicité, Adèle Haenel a placé France Télévisions devant un choix impossible, maintenir le replay au risque du manquement au pluralisme, ou le retirer et endosser l’accusation de censure. La liberté était la sienne, la contrainte celle du service public.
Confier une carte blanche en direct à Adèle Haenel, habituée aux prises de position militantes et aux sorties très politiques, était déjà un risque éditorial.
France 5 l’a manifestement mal mesuré.
Invitée dans La Grande Librairie pour parler de son livre, des violences sexuelles et de la parole des victimes, elle utilise les dernières minutes de l’émission pour basculer vers Israël.
Le procédé est particulièrement discutable.
Elle établit elle-même une continuité entre le courage nécessaire pour dénoncer un viol et celui qu’il faudrait, selon elle, pour accuser Israël de génocide et la France de complicité.
On peut défendre cette position.
Mais le féminisme ne conduit pas mécaniquement à une lecture particulière du conflit israélo-palestinien.
Surtout, cette déclaration arrive à la toute fin d’une émission en direct, dans une séquence conçue précisément pour laisser l’invité parler sans contradicteur.
Pas de débat.
Pas de spécialiste.
Presque plus de temps pour répondre.
La carte blanche devient alors une forme de prise d’antenne.
Le problème n’est pas qu’Adèle Haenel ait une opinion sur Israël.
C’est qu’une émission de service public lui ait offert les conditions idéales pour lancer une accusation politique extrêmement lourde sans avoir prévu les moyens de la discuter.
France Télévisions a ensuite retiré le replay en invoquant l’absence de contradiction.
Mais cette absence n’est pas apparue par accident.
Elle était inscrite dans le dispositif même de la séquence.
Avec une personnalité connue pour sortir volontiers du cadre attendu, laisser ainsi l’antenne ouverte en direct relevait d’un pari éditorial.
Cette fois, le pari a été perdu.
