Le Parisien a perdu 71,3 millions d’euros en 2025 et Les Échos restent déficitaires malgré la progression de leurs abonnements numériques. LVMH peut encore financer ces pertes, mais ses deux principaux quotidiens ne parviennent plus, pris isolément, à équilibrer leur activité éditoriale.
On ne peut pas dire que les journaux contrôlés par LVMH traversent une période particulièrement favorable. Le Parisien a enregistré une perte historique en 2025, tandis que Les Échos restent déficitaires malgré un prix d’abonnement élevé et une progression continue de leur portefeuille numérique.
Les situations des deux quotidiens ne sont cependant pas comparables. Le déficit du Parisien atteint une dimension alarmante. Celui des Échos reste beaucoup plus limité et s’inscrit dans un ensemble d’activités qui, lui, serait rentable.
Le Parisien perd 71,3 millions d’euros
Les comptes 2025 du Parisien-Aujourd’hui en France sont particulièrement mauvais.
Le chiffre d’affaires est tombé à 134,7 millions d’euros, contre 147,7 millions en 2024. Cela représente un recul de 8,8 %, et non de 9,6 % comme cela a parfois été écrit.
La perte d’exploitation atteint 50,8 millions d’euros, contre 34,3 millions un an plus tôt. La perte nette a presque doublé, passant de 38,4 à 71,3 millions d’euros.
Le plan de restructuration, dont le coût exceptionnel est évalué à 11,5 millions d’euros, ne suffit pas à expliquer cette dégradation. Selon L’Informé, les dépenses auraient même augmenté de 4,88 millions d’euros en 2025, alors que les effectifs passaient de 459 à 430 salariés.
La diffusion papier continue parallèlement de s’effondrer. Les ventes au numéro ont reculé de 16,7 %, pour tomber à 24 275 exemplaires quotidiens en moyenne. La diffusion numérique a progressé de 5,58 %, dépassant légèrement les 100 000 exemplaires, mais cette croissance reste insuffisante pour compenser la chute du papier.
En 2016, Le Parisien réalisait encore plus de 205 millions d’euros de chiffre d’affaires. En moins de dix ans, le journal a donc perdu environ un tiers de ses revenus.
Une recapitalisation déjà absorbée
LVMH avait pourtant procédé, en novembre 2025, à une opération de recapitalisation de 150 millions d’euros.
Ce chiffre ne signifie pas que Le Parisien a conservé 150 millions d’euros dans ses caisses. L’opération a consisté à réduire le capital pour apurer des pertes antérieures, à l’augmenter de 150 millions, puis à le réduire de nouveau afin de reconstituer les fonds propres.
Mais les nouvelles pertes ont rapidement annulé une grande partie de l’effet comptable de cette intervention. À la fin de 2025, les fonds propres du Parisien étaient de nouveau négatifs, à hauteur de 44,8 millions d’euros. En juin 2026, l’actionnaire unique a décidé de poursuivre l’activité malgré ces pertes.
LVMH devra donc encore soutenir financièrement le quotidien s’il souhaite le conserver.
Les Échos perdent 4 millions d’euros
La situation des Échos est moins dramatique, mais le quotidien économique n’a toujours pas retrouvé l’équilibre.
Les comptes sociaux de la société Les Échos font apparaître, pour 2025, un chiffre d’affaires de 85,22 millions d’euros, contre 85,9 millions en 2024. Le résultat net ressort à −4,05 millions d’euros, après −3,88 millions un an plus tôt.
La perte nette se creuse donc légèrement, mais il serait inexact de parler d’une dégradation générale. Le résultat d’exploitation s’améliore modestement, passant de −4,47 à −4,20 millions d’euros. L’activité reste déficitaire, mais la perte opérationnelle diminue d’environ 270 000 euros.
Les chiffres de chiffre d’affaires peuvent néanmoins prêter à confusion.
Les comptes déposés de la société Les Échos indiquent 85,22 millions d’euros. En février 2026, la directrice générale du titre, Bérénice Lajouanie, annonçait de son côté 96,1 millions d’euros de recettes, contre 95,9 millions en 2024. Elle évoquait enfin un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros en intégrant les activités de diversification, notamment Les Échos Publishing et l’événementiel, avec VivaTech.
Ces trois montants ne correspondent donc pas au même périmètre. Les 85,22 millions proviennent des comptes sociaux de la société éditrice. Les 96,1 millions correspondent au périmètre communiqué par la direction pour Les Échos, sans que le rapprochement avec les comptes sociaux soit précisément détaillé. Les 130 millions englobent les activités de diversification.
Selon la direction, l’ensemble ainsi constitué serait rentable. C’est donc bien le quotidien pris isolément qui demeure dans le rouge.
Des abonnements en progression
Les Échos peuvent néanmoins s’appuyer sur une base d’abonnés importante.
En février 2026, la direction revendiquait 105 000 abonnés, dont 85 000 abonnés numériques, ainsi qu’une progression de 5 % des abonnements digitaux. Ces données viennent du journal lui-même et ne constituent pas une mesure certifiée par l’ACPM.
Cette progression n’a pas encore permis de rétablir la rentabilité du quotidien. Elle offre cependant aux Échos une perspective plus favorable que celle du Parisien, beaucoup plus durement touché par l’effondrement de ses ventes papier.
61 postes supprimés dans l’ensemble du groupe
Arrivée en janvier 2026 à la direction générale des activités médias de LVMH, Michèle Benbunan a reçu pour mission de réduire les pertes et de ramener le groupe à l’équilibre.
La réorganisation annoncée en juin prévoit la suppression de 61 équivalents temps plein sur l’ensemble Les Échos-Le Parisien. Les postes concernés se situent principalement dans les fonctions commerciales, la régie publicitaire et les services informatiques. Les rédactions seraient, pour le moment, épargnées.
Selon L’Informé, ce plan pourrait permettre environ 4 millions d’euros d’économies annuelles une fois pleinement appliqué. Ce montant reste une estimation du média et n’a pas été publiquement confirmé par le groupe.
Deux titres dans le rouge, mais deux situations différentes
Réunir Le Parisien et Les Échos sous la seule formule de « journaux déficitaires » masquerait l’essentiel.
Le Parisien connaît une crise structurelle, avec un chiffre d’affaires en forte baisse, une perte d’exploitation de plus de 50 millions d’euros et des fonds propres redevenus négatifs malgré une recapitalisation massive.
Les Échos enregistrent une perte nettement plus modeste. Leur résultat d’exploitation s’améliore légèrement, leur diffusion numérique progresse et leurs activités de diversification permettraient à l’ensemble de rester rentable.
Mais le constat demeure embarrassant pour LVMH : ses deux principaux quotidiens ne parviennent plus, pris isolément, à équilibrer leur activité éditoriale. Le groupe de luxe peut encore financer durablement ces déficits. Reste à savoir jusqu’à quel prix et, surtout, pendant combien de temps.
