TikTok inquiète par ses algorithmes et son pouvoir d’attraction sur les plus jeunes. Mais avant d’attendre que Bruxelles, Apple, Google ou les plateformes règlent tout, il existe déjà un outil assez efficace et parfois sous-utilisé : le contrôle parental.
On parle beaucoup de TikTok, cette application chinoise devenue mondiale.
Mondiale, enfin presque, puisque TikTok n’est pas disponible sous cette forme en Chine. Là-bas, ByteDance propose Douyin, une application distincte soumise aux règles et à la censure chinoises.
Il ne faudrait tout de même pas que les Chinois se mettent à discuter trop librement de démocratie avec le reste du monde.
Mais revenons chez nous, où l’on parle d’algorithmes, d’addiction, de contenus problématiques et surtout de protection des mineurs.
Alors on cherche la grande solution : interdire TikTok aux plus jeunes, vérifier l’âge, voter des lois et imposer de nouvelles règles aux plateformes.
Très bien.
Mais j’ai tout de même une question.
Oh hé, les parents, vous êtes où ?
Parce qu’une bonne partie des outils existe déjà.
Sur iPhone comme sur Android, les parents peuvent limiter le temps d’écran, bloquer certaines applications, empêcher des téléchargements et protéger les réglages avec un code.
En France, les smartphones doivent même proposer l’activation d’un contrôle parental lors de leur première mise en service.
Donc, avant de demander à Bruxelles de sauver nos enfants de TikTok, on pourrait peut-être commencer par regarder ce qu’il y a dans le menu Réglages.
Et on pourrait aller beaucoup plus loin.
Lorsqu’un téléphone est configuré pour un enfant, son âge pourrait déterminer automatiquement les applications et les contenus auxquels il peut accéder. Les parents pourraient évidemment modifier ces autorisations, mais uniquement avec leur code.
Techniquement, nous savons largement le faire.
Le vrai problème est ailleurs.
Un smartphone n’arrive pas spontanément dans la poche d’un enfant. Quelqu’un l’achète, quelqu’un le configure et quelqu’un paie généralement l’abonnement.
Pourtant, une fois le téléphone donné, on agit parfois comme si l’enfant avait reçu avec lui le droit de regarder ce qu’il veut, quand il veut et aussi longtemps qu’il veut.
Et c’est là que je repense à La Boum.
Dans le film, les parents de Vic veulent savoir où elle va, chez qui, avec qui et à quelle heure elle rentrera.
À l’époque, laisser une adolescente partir toute la nuit sans savoir où elle se trouvait aurait paru totalement irresponsable.
Aujourd’hui, nous avons fait plus simple : nous avons installé la boum directement dans sa chambre.
Elle peut commencer après l’école, continuer pendant le dîner et se terminer sous la couette à une heure du matin, avec potentiellement des milliers d’inconnus derrière l’écran.
Et ensuite, nous découvrons avec étonnement que certains contenus ne sont pas adaptés aux enfants.
Bien sûr qu’il faut imposer des règles à TikTok, Instagram, Snapchat ou YouTube.
Les plateformes doivent protéger davantage les mineurs, limiter certains contenus selon l’âge et éviter que leurs algorithmes enchaînent indéfiniment des vidéos violentes, anxiogènes ou dangereuses simplement parce qu’elles retiennent l’attention.
Mais il faudrait peut-être aussi remettre les parents dans l’équation.
Pas pour leur faire porter toute la responsabilité. Les plateformes ont la leur, les fabricants aussi et les pouvoirs publics également.
Mais un contrôle parental n’est utile que s’il est activé, et un code parental fonctionne beaucoup mieux quand on ne le donne pas à l’enfant cinq minutes plus tard.
Nous cherchons donc peut-être une solution extraordinairement compliquée à un problème dont une partie de la réponse est déjà entre nos mains.
Le smartphone peut être limité, les applications filtrées et les contenus adaptés à l’âge.
Il reste simplement un dispositif parfois beaucoup plus difficile à activer.
Le parent qui dit non.
