TSF Jazz ouvre une nouvelle page de son histoire avec Olivier Brémond et Marc Welinski aux commandes. Un changement de direction qui intervient après la disparition de Gérard Brémond, mais qui avait été préparé avant sa mort puisque les deux hommes avaient été nommés cogérants dès le 20 mars 2026, en remplacement de Bruno Delport.
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut rappeler que TSF Jazz a derrière elle une histoire assez singulière.
Tout commence en 1982 à Bobigny. Des militants communistes et des syndicalistes lancent TSF, bientôt rebaptisée TSF 93. Installée avenue Karl-Marx, la station est alors notamment financée par la fédération départementale du Parti communiste, des municipalités de Seine-Saint-Denis et le conseil général. C’est une véritable radio locale d’information, de débats, de musique et de proximité, très marquée par son environnement politique.
En 1990, TSF 93 fusionne avec plusieurs radios communistes d’Île-de-France, parmi lesquelles Radio Top Essonne, 92 Radio, Radio Soleil 94 et TSF Colline 95. L’ensemble prend le nom de TSF et tente même de constituer progressivement un petit réseau national. À son apogée, au milieu des années 1990, ses programmes sont repris sur une vingtaine de fréquences.
Mais le réseau décline à partir de 1997. Plusieurs stations ferment ou reprennent leur indépendance. En 1999, tout change.
Jean-François Bizot, fondateur de Radio Nova, et Frank Ténot, grande figure française du jazz et cofondateur de Jazz Magazine, reprennent la station avec Gérard Brémond. TSF abandonne alors son identité de radio généraliste issue de la mouvance communiste pour devenir TSF 89.9, entièrement consacrée au jazz. En 2008, elle adoptera définitivement le nom de TSF Jazz.
Gérard Brémond, passionné de cette musique, devient seul propriétaire après la disparition de Jean-François Bizot en 2007. Il accompagnera ensuite le développement de la station pendant près de vingt ans.
C’est aussi ce qui donne une dimension particulière à l’arrivée d’Olivier Brémond. Le nouveau cogérant est le fils de Gérard Brémond. À 63 ans, il possède lui-même une longue expérience de l’audiovisuel. Il avait notamment créé Marathon avec Pascal Breton en 1990 avant de rejoindre quelques années plus tard la direction de Pierre & Vacances-Center Parcs.
Marc Welinski apporte un parcours plus directement lié aux médias. Normalien et diplômé de l’INSEAD, il a notamment participé à la création de Mezzo avec Jacques Chancel, travaillé dans l’audiovisuel chez Wanadoo puis Orange, dirigé CielEcran devenu Pathé Live et rejoint Eutelsat. Il est également animateur sur RCJ et romancier.
Leur responsabilité est d’autant plus importante que TSF Jazz occupe aujourd’hui une place assez unique dans le paysage radiophonique français.
Il existe évidemment Jazz Radio, largement diffusée elle aussi en FM et en DAB+, mais sa programmation s’étend volontairement à la soul, au funk et au blues. TSF Jazz reste ainsi la radio hertzienne française dont le programme est le plus strictement consacré au jazz, et qui revendique réellement un format 100 % jazz. Une singularité devenue rare dans un univers radiophonique où les formats musicaux ont tendance à s’élargir pour rechercher davantage d’audience.
Et surtout, TSF Jazz n’est pas un simple robinet musical.
Sa force tient depuis longtemps à la qualité de ses programmes, de ses animateurs, de ses sélections musicales, de ses interviews, de ses émissions consacrées aux musiciens et à l’histoire du jazz. Elle peut programmer les grands classiques tout en laissant une véritable place aux artistes contemporains, aux découvertes et aux différentes familles du jazz. C’est ce travail éditorial qui la distingue largement d’une simple playlist disponible sur une plateforme numérique.
La nouvelle direction veut néanmoins faire évoluer la formule. Davantage d’incarnation, de personnalités et de rendez-vous culturels sont annoncés, tandis que les journaux d’information sont réduits au profit de flashs. Le numérique, les podcasts et l’application doivent également prendre davantage de poids.
Le DAB+ change parallèlement la dimension de la station. Longtemps essentiellement parisienne malgré une vingtaine de fréquences FM en province, TSF Jazz est aujourd’hui accessible dans une grande partie de la France. Une opportunité considérable pour une radio spécialisée dont le principal problème a longtemps été moins la qualité du programme que la possibilité de l’écouter.
Les Échos évoquent désormais un million d’auditeurs par semaine. Le chiffre mérite cependant d’être précisé. Lors de son retour au sein des Indés Radios en 2024, TSF Jazz revendiquait 481 000 auditeurs hebdomadaires et 260 000 quotidiens. Un passage à un million en seulement deux ans constituerait une progression spectaculaire. Le DAB+ et les usages numériques peuvent en expliquer une partie, mais il faudrait connaître exactement le périmètre du chiffre pour effectuer une véritable comparaison.
Même prudence concernant l’économie de la station. Les derniers comptes publiés, pour l’exercice clos le 30 septembre 2022, faisaient apparaître un chiffre d’affaires de 3,27 millions d’euros mais aussi une perte nette de près de 546 000 euros. Avec une équipe d’une dizaine de salariés, TSF Jazz reste une petite entreprise face aux grands réseaux nationaux.
C’est probablement là que se trouve le véritable défi d’Olivier Brémond et Marc Welinski : développer suffisamment TSF Jazz pour assurer son avenir économique sans abîmer ce qui fait sa valeur.
Une ancienne radio communiste de Seine-Saint-Denis devenue, plus de quarante ans plus tard, l’une des références françaises du jazz : l’histoire était déjà improbable. Il reste maintenant à poursuivre l’aventure sans céder à la tentation de banaliser une radio dont la principale force est précisément de ne ressembler à aucune autre.
