Bouygues déprécie de 569 millions d’euros sa participation dans TF1. Une opération comptable sans conséquence sur sa trésorerie, mais qui confirme les difficultés structurelles de la télévision traditionnelle. Malgré la progression de TF1+ et son alliance avec Netflix, le recul de la publicité télévisée reste préoccupant.
C’est une annonce qui en dit long sur les difficultés de la télévision traditionnelle. Bouygues vient de déprécier de 569 millions d’euros sa participation dans TF1, ramenant sa valeur comptable à 2 milliards d’euros. Ce n’est pas une perte de trésorerie, mais le signal est important.
Le groupe reconnaît que le marché de la publicité télévisée traditionnelle se dégrade plus rapidement que prévu. Sur les neuf premiers mois de 2026, le chiffre d’affaires de TF1 recule de 9 %, ou de 6,6 % à périmètre et change constants.
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les plateformes affichent des résultats autrement encourageants. Le patron d’Amazon, Andy Jassy, vient ainsi d’annoncer que Prime Video était désormais rentable à part entière. Mieux encore, son activité représente un chiffre d’affaires annualisé de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Amazon ne précise cependant pas combien Prime Video gagne réellement.
Chez Netflix, les bénéfices sont également au rendez-vous. Au troisième trimestre, la plateforme a réalisé 3,66 milliards de dollars de bénéfice net, en hausse de 44 % sur un an.
Certes, tout n’est pas parfait. Netflix a revu à la baisse ses ambitions publicitaires pour 2026, avec 2,7 milliards de dollars de recettes attendues contre 3 milliards précédemment mais la rentabilité reste impressionnante.
Pendant que les plateformes gagnent de l’argent, les chaînes traditionnelles cherchent comment enrayer l’érosion de leurs recettes et ces plateformes, longtemps considérées comme les ennemies de la télévision, deviennent aujourd’hui ses partenaires.
TF1 en fournit une illustration avec Netflix, qui distribue désormais les chaînes et les programmes de TF1+ à ses abonnés français. Cela commence à porter ses fruits. Au troisième trimestre, les recettes publicitaires de TF1+ ont progressé de 20,5 %, à 51 millions d’euros mais cette croissance ne suffit pas encore à compenser la baisse de la publicité traditionnelle.
Cela ne signifie pas que TF1 est en difficulté financière immédiate. Le groupe conserve une situation financière solide et Bouygues continue de soutenir sa transformation numérique mais cette dépréciation confirme que le modèle économique historique des grandes chaînes financées par la publicité traverse une crise structurelle.
La télévision ne va pas disparaître. Elle change de mode de consommation, de distribution et de financement.
Les chaînes historiques doivent désormais apprendre à vivre avec des plateformes qui sont à la fois leurs concurrentes, leurs partenaires et parfois leurs distributeurs.
Et une question se pose.
À force de confier une partie de leur avenir aux plateformes américaines, les groupes audiovisuels européens conserveront-ils la maîtrise de leur destin ?
Car si Prime Video gagne désormais de l’argent et si Netflix continue d’en gagner beaucoup, les chaînes traditionnelles, elles, cherchent encore comment retrouver la croissance.
Voilà peut-être la véritable révolution de la télévision : ce ne sont pas forcément les programmes qui changent, mais ceux qui gagnent de l’argent en les diffusant.
