Susan Sarandon recevra un Deauville Icon Award en septembre. Un choix qui pourrait relancer la polémique deux ans après l’éviction d’Ibrahim Maalouf et poser une question simple : le Festival applique-t-il les mêmes critères à toutes les controverses ?
Une nouvelle polémique en vue pour le Festival du cinéma américain de Deauville ? Deux ans après l’éviction très controversée d’Ibrahim Maalouf par la nouvelle direction, la venue de Susan Sarandon pourrait relancer une question embarrassante : jusqu’où un festival doit-il tenir compte des controverses entourant ses invités, et applique-t-il toujours les mêmes critères ?
Susan Sarandon honorée Deauville ne craint pas les polémiques
En 2024, Ibrahim Maalouf devait siéger au jury. Quelques jours avant l’ouverture, Aude Hesbert décidait de l’en écarter. La nouvelle directrice expliquait que sa présence avait suscité « de très nombreuses réactions » et créé « un malaise dans l’écosystème du festival ». Elle ajoutait vouloir que Deauville demeure un lieu consacré au cinéma, « loin des polémiques ».
Le cas était d’autant plus sensible que le trompettiste avait été poursuivi pour agression sexuelle sur mineure, condamné en première instance, mais relaxé en appel en 2020. La direction précisait elle-même que cette décision de justice n’était « pas contestable ».

Deux ans plus tard, Susan Sarandon recevra pourtant un Deauville Icon Award, comme Faye Dunaway. Artistiquement, le choix se discute difficilement : cinq nominations à l’Oscar, une statuette pour La Dernière Marche, Thelma & Louise, Atlantic City, Le Client et plus d’un demi-siècle de carrière.
Mais Susan Sarandon arrive aussi avec une histoire politique particulièrement clivante.
En novembre 2023, lors d’une manifestation en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza, elle avait tenu des propos sur la peur ressentie par les Juifs américains, qu’elle comparait à l’expérience des musulmans confrontés aux discriminations aux États-Unis. La phrase avait déclenché un tollé. Son agence UTA avait cessé de la représenter et Sarandon avait ensuite reconnu une « terrible erreur » de formulation, rappelant la longue histoire des persécutions antisémites.
Elle n’a cependant nullement abandonné son engagement propalestinien. Encore en février 2026, elle figurait parmi plus d’une centaine d’artistes soutenant Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU dont certains propos avaient suscité des accusations d’antisémitisme.
C’est là que le précédent Maalouf revient inévitablement.
Une partie du monde culturel qui considère qu’une ancienne accusation sexuelle peut rendre une présence problématique même après une relaxe se montre parfois beaucoup plus tolérante lorsque la controverse relève de positions politiques qu’elle partage ou juge légitimes. L’inverse existe d’ailleurs également : ceux qui dénoncent la « cancel culture » dans l’affaire Maalouf peuvent parfaitement réclamer l’exclusion d’une personnalité pour ses positions sur Israël.
Il serait donc imprudent d’affirmer sans preuves que ce sont exactement « les mêmes personnes ». Mais la question du deux poids, deux mesures mérite d’être posée.
Elle l’est d’autant plus que Deauville avait lui-même fixé son principe en 2024 : préserver le Festival des controverses. Or Susan Sarandon n’est pas simplement une actrice ayant tenu une phrase malheureuse il y a trois ans. C’est une militante qui continue publiquement de défendre ses positions et qui n’a jamais séparé sa carrière artistique de ses combats politiques.
En Europe, cela ne semble d’ailleurs guère compromettre les hommages. Le 28 février dernier, l’Académie espagnole du cinéma lui remettait le Goya international en saluant explicitement son engagement politique et social. Deauville sera donc son deuxième grand hommage européen en un peu plus de six mois.
Reste une question : pourquoi une polémique rendait-elle en 2024 la présence d’Ibrahim Maalouf incompatible avec la « sérénité » du Festival, alors qu’en 2026 les controverses entourant Susan Sarandon ne semblent pas empêcher de la consacrer ?
Les deux affaires sont très différentes. Mais c’est justement la manière dont Deauville expliquera cette différence qui pourrait devenir l’un des sujets de cette 52e édition.
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