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You are at:Home»Actualité»A Deauville l’effet Streisand d’une photo retirée
Actualité

A Deauville l’effet Streisand d’une photo retirée

Serge SurpinBy Serge Surpinaoût 26, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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Deauville, la photo qui pose problème
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Article mis à jour le 29 out 2026 à 10H16

J’aurais pu ne pas traiter ce sujet ici, dans une chronique publiée sur une page consacrée à Deauville ou sur mon site internet. J’ai d’ailleurs commencé par l’effleurer, en signalant simplement que le festival de photographie sportive avait été « marqué par une polémique ». C’était une façon de ne pas choisir. Je m’y reprends.

J’aurais pu ne pas traiter ce sujet ici, dans une chronique publiée sur une page consacrée à Deauville ou sur mon site internet. J’ai d’ailleurs commencé par l’effleurer, en signalant simplement que le festival de photographie sportive avait été « marqué par une polémique ».

C’était une façon de ne pas choisir.

Je m’y reprends, avec un élément nouveau qui change sensiblement la lecture de cette affaire.

Rappelons les faits, tels qu’ils sont établis.

L’exposition, née dans le prolongement des Jeux olympiques de 2024, lorsque Deauville avait servi de base d’entraînement, dissémine des photographies dans les rues et les parcs de la ville. Parmi elles figurait une image prise à Gaza le 14 février 2026 par le photojournaliste palestinien Jehad Alshrafi pour Associated Press. On y voit des footballeurs jouer sur un terrain de gazon artificiel aménagé au milieu des immeubles détruits.

Cette photographie a été retirée de l’exposition après une intervention sur les réseaux sociaux.

Un compte très suivi a publiquement revendiqué avoir réagi à sa présence, demandé son retrait, puis obtenu satisfaction.

Je ne le nommerai pas.

Il dispose déjà d’une audience considérable et le sujet n’est pas sa personne, mais le pouvoir qu’un compte influent peut exercer sur une institution locale. Il ne s’agit donc pas, ou pas seulement, d’une polémique née spontanément parmi les habitants ou les visiteurs. À ce stade, rien ne permet même d’affirmer qu’un grand nombre de personnes se sont plaintes.

Ce que l’on sait, c’est qu’une demande publiquement revendiquée par un acteur puissant des réseaux sociaux a été suivie d’effet.

C’est très différent.

La photographie n’a pas simplement été décrochée. Une autre image a pris sa place. Ce détail n’en est pas un. Le visiteur qui parcourt aujourd’hui l’exposition ne voit aucune anomalie. Il ne peut pas savoir qu’une décision a été prise, qu’une photographie a été contestée, puis retirée. C’est une forme d’effacement plus aboutie que le simple décrochage.

On peut y voir la volonté de ne pas transformer une promenade culturelle en champ de bataille.

Cette lecture est recevable.

On peut aussi y voir le souci de faire disparaître jusqu’à la trace de l’arbitrage.

Les deux peuvent être vraies en même temps, et c’est bien le problème.

Plusieurs questions restent sans réponse.

D’autres personnes ont-elles demandé le retrait ?

Combien étaient-elles ?

À qui se sont-elles adressées ?

Qui a pris la décision finale : le service des sports, la direction de la culture, le cabinet du maire ou les commissaires de l’exposition ?

Je l’ai demandé.

Je n’ai pas obtenu de réponse à ce jour.

Or le silence des organisateurs laisse le champ libre au compte qui revendique cette victoire. C’est désormais lui qui raconte l’histoire : il a protesté, il a demandé, il a obtenu. Faute d’explication officielle, sa version devient la seule disponible.

Le problème dépasse donc largement cette photographie.

Il tient à la facilité avec laquelle une demande très visible sur les réseaux sociaux peut être confondue avec une réaction massive de l’opinion. Quelques publications fortement relayées peuvent donner l’impression d’une mobilisation considérable, alors qu’elles ne représentent parfois qu’un nombre très limité de personnes.

La force d’une protestation numérique ne se mesure plus au nombre de citoyens qui la partagent, mais à l’audience de celui qui la lance et au risque de polémique que les institutions lui prêtent.

La mairie de Deauville n’a probablement aucune envie d’alimenter une controverse sur un sujet aussi sensible.

Cela peut se comprendre.

Mais céder rapidement pour éviter le bruit revient aussi à donner un droit de veto à ceux qui savent précisément comment le provoquer.

Deux photographies m’avaient arrêté dans cette exposition.

La première montre un sportif ukrainien qui a collé sur son casque les portraits de combattants morts depuis l’invasion russe de 2022.

La seconde est celle de Gaza.

Je dois reconnaître que je ne les ai pas regardées de la même façon.

Devant la première, j’ai vu un hommage.

Devant la seconde, j’ai immédiatement pensé aux réactions qu’elle susciterait.

Cette asymétrie est la mienne et elle mérite d’être dite.

Elle est probablement celle de beaucoup de visiteurs et elle explique une bonne part de l’affaire.

Les deux images font pourtant la même chose : elles montrent du sport dans une guerre.

Une seule a été remplacée.

L’image de Gaza est si saisissante qu’on pourrait la croire fabriquée. Elle ne l’est pas. Le terrain a réellement été aménagé au milieu des destructions.

La photographie est bouleversante, mais elle ne dit rien d’explicite. Elle ne désigne pas de coupable. Elle ne porte pas de légende militante. Elle n’énonce aucune thèse sur l’origine du conflit, sur le 7 octobre 2023, sur la stratégie israélienne ou sur la responsabilité du Hamas.

Ces débats existent.

Ils sont légitimes et immenses, précisément trop vastes pour tenir dans le commentaire d’une photographie. Ce que montre cette image, c’est un terrain, des joueurs et des ruines.

D’où ma question : à qui reprocher quoi ?

Pas aux organisateurs d’avoir choisi cette photographie.

J’ai d’abord été tenté d’écrire qu’ils n’auraient pas dû « commencer », qu’il était naïf de ne pas anticiper la controverse. Mais ce raisonnement conduit à demander à une exposition de photographie de se censurer par avance en fonction des protestations prévisibles.

Si l’on accepte ce principe, il ne reste bientôt plus que des images inoffensives.

Une photographie de presse a le droit d’interpeller. C’est même une partie de sa raison d’être.

Ce que l’on peut reprocher aux organisateurs, c’est d’avoir choisi cette image sans être prêts à l’assumer.

On ne sélectionne pas une photographie de guerre en espérant qu’elle passera inaperçue. On la sélectionne en sachant qu’il faudra l’expliquer, la défendre et, éventuellement, l’accompagner d’un cartel qui la situe précisément.

Le tort n’est pas dans l’accrochage.

Il est dans le décrochage et, davantage encore, dans la substitution qui l’a suivi.

Quant à ceux qui ont demandé son retrait, ils en avaient parfaitement le droit. Ils auraient pourtant mieux fait de s’en abstenir. Non pas parce que leur sensibilité serait illégitime, mais parce que le résultat obtenu est l’inverse de celui qui était recherché. C’est ce que l’on appelle l’effet Streisand. Une photographie que des milliers de promeneurs auraient regardée quelques secondes avant de poursuivre leur chemin est devenue une affaire.

Elle a disparu d’un mur de Deauville pour réapparaître sur des milliers d’écrans. Celui qui revendique son retrait lui a finalement offert une audience qu’elle n’aurait probablement jamais connue.

On lit également qu’il ne s’agirait pas de liberté de la presse, puisque l’image reste accessible ailleurs, mais seulement de liberté artistique.

La distinction ne tient pas vraiment. Ce n’est pas une œuvre créée par un plasticien. C’est un cliché de photojournalisme, réalisé par un photographe d’agence dans un cadre d’information.

Retirer une photographie de presse de l’espace public parce qu’elle a déplu, ce n’est certes pas empêcher sa publication. Mais ce n’est pas non plus un simple arbitrage esthétique.

Reste la vraie question : jusqu’où une exposition de photographie sportive peut-elle raconter les conflits ?

Ma réponse est qu’elle le fait de toute façon, qu’elle le veuille ou non.

Le sport ne se déroule pas hors du monde et il n’existe pas de photographie sans décor.

Choisir de montrer cette image n’était pas neutre.

Choisir de la retirer l’était moins encore.

La remplacer constituait une troisième décision, dont personne n’a rendu compte.

Et laisser un compte influent annoncer qu’il a obtenu ce retrait sans fournir la moindre explication publique en est une quatrième.

C’est peut-être celle qui pose le plus de questions pour l’avenir.

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Serge Surpin
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