La grève a suffi à faire disparaître toute la matinale de France Inter, mais pas à remplir les abords de la Maison de la Radio.
La contestation contre Charles Sapin est réelle et très visible en interne, beaucoup moins dans la rue, tandis que la direction assume un choix de pluralisme qu’elle juge parfaitement compatible avec les règles du service public.
Dimanche 13 septembre, la chronique de Charles Sapin n’a pas été diffusée sur France Inter.
La matinale entière a été remplacée par de la musique, alors que franceinfo et France Culture ont pu maintenir leurs programmes matinaux.
Dans la rue, le contraste est net.
L’AFP évoque quelques dizaines de salariés et d’auditeurs devant la Maison de la Radio, quand Le Figaro avance environ une centaine de participants.
Même en retenant l’estimation la plus haute, la mobilisation reste modeste au regard du retentissement de l’affaire.
La contestation interne, elle, est bien réelle.
Une assemblée générale d’une centaine de salariés avait demandé le retrait de Charles Sapin, tandis que près de 300 personnalités ont signé une tribune publiée dans Le Parisien.
Les opposants à sa présence ne visent pas seulement le passé de Valeurs actuelles.
Ils mettent également en cause son nouvel actionnariat, notamment Pierre-Édouard Stérin et le projet Périclès, qu’ils considèrent comme un outil politique destiné à favoriser une recomposition des droites.
La direction de Radio France défend exactement l’argument inverse.
Céline Pigalle rappelle que la grille accueille des éditorialistes venus de médias très différents, du Nouvel Obs à Alternatives économiques en passant par le Financial Times.
Elle affirme également que Charles Sapin lui a assuré vouloir contribuer à faire évoluer Valeurs actuelles vers un hebdomadaire libéral et conservateur, mais pas au service d’un candidat.
Sibyle Veil insiste de son côté sur l’absence de dérapage personnel de Charles Sapin et estime qu’un journaliste doit être jugé sur ses propres propos.
Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, invoque l’indépendance éditoriale et le risque qu’il y aurait à céder à une pression interne pour retirer un journaliste de l’antenne.
La polémique dépasse d’ailleurs France Inter.
Charles Sapin intervient aussi le dimanche soir sur franceinfo télévision, où plusieurs syndicats de France Télévisions contestent sa présence.
La direction répond qu’il y intervient face à Rokhaya Diallo dans un débat contradictoire.
Deux conceptions du pluralisme s’affrontent donc.
Pour les syndicats, la fonction actuelle de Charles Sapin à Valeurs actuelles et l’environnement politique de son actionnariat ne peuvent être séparés de sa présence à l’antenne.
Pour les directions de Radio France et de France Télévisions, il doit d’abord être jugé sur ce qu’il dit et sur le cadre dans lequel il intervient.
La crise est donc bien réelle dans les rédactions.
Mais dimanche, elle a surtout paralysé les studios.
Devant la Maison de la Radio, elle a beaucoup moins rempli le trottoir.
