Il y a des entreprises dont on parle rarement et qu’on écoute tous les jours. TDF est de celles-là. Vous n’avez jamais vu son logo, mais si vous captez France Inter en voiture ou la TNT dans votre salon, c’est elle. L’ex-Télédiffusion de France, née en 1975, celle des émetteurs, des pylônes, du sommet de la tour Eiffel — d’où elle diffuse plus de trente chaînes TNT et une trentaine de radios vers douze millions de Franciliens.
Et depuis quelques jours, une rumeur circule : TDF aurait vendu sa division audiovisuelle. Je dis bien « aurait ». À ce stade, aucune confirmation officielle, aucun communiqué, aucune saisine publique. Prudence, donc. Mais si l’information se vérifie, ce ne serait pas une surprise — ce serait l’aboutissement d’une histoire commencée il y a vingt ans.
TDF : une rumeur de vente qui fait trembler les pylônes
Aucune confirmation sinon que nous avons reçu une confirmation venant d’une source en interne.
La réaction d’un journaliste serait d’attendre une confirmation mais la source est suffisamment fiable pour qu’on prenne le risque de l’évoquer.
TDF, depuis sa privatisation, vit sous perfusion financière. Rachetée par LBO, revendue, re-rachetée. En 2014, un consortium de fonds — Brookfield pour moitié, aux côtés d’APG, PSP et Arcus — met la main dessus. Et depuis, ces fonds n’ont qu’une obsession : sortir. Trois tentatives de cession, trois échecs — la dernière début 2023, quand le suédois EQT a buté sur le financement. L’an dernier encore, le groupe était valorisé autour de dix milliards d’euros, avec l’intérêt d’American Tower, d’Ardian et d’Antin.
Le problème, c’est que TDF est un animal hybride. Des tours télécoms, de la fibre, et… de l’audiovisuel. Et l’audiovisuel, dans ce montage, est le vilain petit canard. Dès 2019, les acquéreurs potentiels jugeaient la partie audiovisuelle « marginale » face aux pylônes télécoms — d’où la question, déjà, d’une cession par pôle plutôt que globale. Faute de pouvoir sortir par le haut, les fonds ont poussé la direction à démanteler ce qu’ils appelaient eux-mêmes leur poule aux œufs d’or.
Vendre par appartements. La formule est cruelle, mais elle est exacte.
Alors posons la vraie question : qu’est-ce qu’on vend, au juste ? Pas une ligne de métier. Une infrastructure de souveraineté. TDF est l’opérateur puissant du marché de gros de la diffusion hertzienne — c’est l’Arcep qui le dit, et c’est pour ça qu’elle l’oblige à publier une offre de référence accessible à ses concurrents. Un changement de contrôle sur ce périmètre ne serait pas une affaire de banquiers. Ce serait un dossier Arcep, un dossier Autorité de la concurrence, et probablement un dossier politique.
Il y a une ironie là-dedans. Au moment même où le secteur parle de résilience, de continuité de service, de 5G Broadcast, la diffusion hertzienne redevient un actif financier comme un autre. Un actif qu’on cède parce qu’il ne rapporte pas assez vite.
Attendons la confirmation. Mais si elle vient, retenons ceci : quand l’infrastructure devient un produit financier, ce n’est jamais l’infrastructure qui gagne.
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