France Télévisions réduit ses moyens, la BBC aussi. A Paris comme à Londres, une même question se pose : jusqu’où peut-on réduire le budget de l’audiovisuel public sans finir par réduire aussi son rôle ?
En France comme en Grande-Bretagne, l’audiovisuel public est prié de se serrer la ceinture.
France Télévisions doit absorber en 2026 une nouvelle baisse de ses ressources publiques et réaliser 140 millions d’euros d’efforts pour équilibrer son budget.
De l’autre côté de la Manche, la BBC cherche environ 500 millions de livres d’économies et envisage jusqu’à 2 000 suppressions de postes.
Officiellement, la raison est d’abord budgétaire.
Les finances publiques sont contraintes, les habitudes du public changent et les grands groupes audiovisuels doivent réduire leurs coûts.
Mais derrière les économies se pose aussi une autre question, beaucoup plus politique : quelle place veut-on encore laisser à l’audiovisuel public ?
Car certains partis ne cachent plus leur volonté d’en réduire fortement le périmètre, voire de le privatiser.
En France, le Rassemblement national propose explicitement la privatisation de France Télévisions et de Radio France.
Reste qu’entre annoncer une privatisation et la réaliser, il y a une sérieuse différence.
Une France 2 ou une France 3 devenues privées devraient trouver ailleurs une grande partie des milliards aujourd’hui apportés par l’État.
Et le marché publicitaire français, déjà sous pression, n’est pas extensible.
Faire arriver brutalement de nouveaux géants financés par la publicité reviendrait aussi à partager le même gâteau entre davantage de chaînes, au risque de fragiliser celles qui existent déjà.
À défaut de privatiser, réduire progressivement les moyens publics devient donc une autre manière de réduire le périmètre et, mécaniquement, l’influence du service public.
Et la France n’est pas seule.
La BBC réduit fortement ses coûts.
Aux Pays-Bas, la NPO est engagée dans un important programme d’économies et réduit chaînes, programmes et frais de structure.
En Suisse, la SSR doit économiser environ 270 millions de francs d’ici 2029 et supprimer quelque 900 équivalents temps plein.
Les situations politiques et les systèmes de financement sont différents.
Mais partout revient la même tension.
On demande à l’audiovisuel public d’être présent sur davantage de supports, de lutter contre les plateformes mondiales, de maintenir l’information, la culture et la couverture des territoires, tout en réduisant ses moyens.
Officiellement, il s’agit de faire des économies.
Politiquement, la question est aussi de savoir quelle taille on veut encore donner au service public.
Et pour réduire son poids, il n’est pas forcément nécessaire de le privatiser.
Il suffit parfois de fermer progressivement le robinet.
