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Télévision

Novo19 le nouveau Numéro 23 ?

Serge SurpinBy Serge Surpinoctobre 3, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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Le Parisien publie ce week-end une enquête sur l’avenir de Novo19, un an après son lancement. La chaîne de Ouest-France progresse désormais jusqu’à 1 % d’audience, mais reste déficitaire, tandis que sa maison mère demande parallèlement des efforts sévères à son activité historique.

Au-delà du cas Novo19, une question commence donc à se poser : en 2024, était-il vraiment judicieux pour l’Arcom de sélectionner deux nouvelles chaînes nationales à programmation large au moment même où la télévision linéaire entrait dans une transformation économique majeure ?

Novo19, T18 : deux chaînes pour préparer l’avenir… du passé ? Le Parisien publie ce week-end une enquête sur Novo19, un an après son lancement.

La chaîne de Ouest-France progresse jusqu’à 1 % d’audience, mais son équation économique reste compliquée.

Et derrière Novo19 se pose une question plus large : était-il vraiment judicieux pour l’Arcom de lancer en 2025 deux nouvelles chaînes nationales à programmation très large au moment où toute l’économie de la télévision bascule vers le numérique ?

T18 et Novo19 ne sont pas des échecs d’audience. En septembre, Novo19 atteint 1 % de part d’audience et T18 0,9 %.

Mais on peut aussi présenter les chiffres autrement : deux nouvelles chaînes, deux grilles à remplir vingt-quatre heures sur vingt-quatre, deux structures à financer, pour moins de 2 % du public à elles deux.

Certes, l’Arcom n’a pas augmenté le nombre de chaînes puisque T18 et Novo19 ont remplacé C8 et NRJ12.

Les projets étaient séduisants.

T18 promettait documentaires, débats, culture et magazines. Ouest-France avançait une idée plus originale : une chaîne nationale regardant la France depuis les territoires. Le pluralisme des propriétaires y gagnait.

Pendant ce temps, le marché prenait une autre direction. L’Arcom constate aujourd’hui que les recettes publicitaires du linéaire ont perdu 449 millions d’euros entre 2019 et 2025 et chuté de 27 % en euros constants. À l’inverse, les revenus publicitaires délinéarisés des groupes de télévision sont passés de 154 à 468 millions d’euros.

Le public suit la même route.

Au second semestre 2025, seulement 34,7 % des foyers équipés d’un téléviseur recevaient encore la TNT sur au moins un poste, sept points de moins en cinq ans. Cela ne signifie évidemment pas que la TNT disparaîtra en 2030. Mais l’Arcom réfléchit désormais officiellement à son avenir si ce mode de réception devient marginal.

En résumé, deux nouvelles chaînes ont commencé à émettre en 2025 et, en 2026, le régulateur travaille déjà sur l’avenir d’un système de diffusion qui pourrait perdre une grande partie de son importance.

Pour T18, le pari reste financièrement supportable. La chaîne doit trouver son équilibre, mais derrière CMI se trouve Daniel Křetínský.

Avoir un actionnaire très puissant ne garantit pas le succès, mais cela permet généralement de patienter lorsque l’audience reste autour de 1 %.

Chez Ouest-France, la patience coûte plus cher.

Le Parisien rappelle que Ouest-France TV a enregistré en 2025 une perte nette de 10,4 millions d’euros pour 3,2 millions de chiffre d’affaires, alors que Novo19 n’avait commencé à émettre qu’en septembre.

Dans le même temps, SIPA Ouest-France a perdu 33,3 millions d’euros et prévoit la suppression de 156 postes, dont 116 dans les rédactions.

La stratégie se comprend : puisque le papier décline, il faut préparer l’avenir dans la vidéo et le numérique. Mais demander au print de réduire les coûts tout en finançant une télévision déficitaire réclame tout de même quelques talents pédagogiques.

Et voici maintenant Ouest-France Immo. Le 1er octobre, SeLoger a annoncé son acquisition à 100 %.

Il ne s’agit pas exactement d’une antiquité du papier : Ouest-France Immo revendique 1,3 million de visiteurs uniques par mois, une présence dans treize départements et environ 3 000 professionnels partenaires. SeLoger annonce même plus de 2 millions d’euros d’investissements pour développer l’activité dans le Grand Ouest.

Rien ne permet évidemment d’affirmer que cette vente finance Novo19. Mais la juxtaposition mérite tout de même d’être relevée.

Ouest-France explique devoir préparer son avenir dans le numérique et la vidéo, puis vend un actif numérique déjà installé pendant qu’il continue de financer une chaîne de télévision linéaire déficitaire.

Il y a certainement une logique. Elle mérite simplement quelques explications supplémentaires aux salariés auxquels on demande des économies.

Novo19 possède pourtant un atout considérable. Avec Ouest-France, ses autres titres régionaux et Actu.fr, le groupe dispose d’un réseau territorial que presque aucun acteur audiovisuel privé ne possède.

Si Novo19 devient réellement l’outil vidéo de cet ensemble, avec des contenus utilisés à la télévision, sur les sites, les réseaux sociaux et les futures plateformes du groupe, son intérêt dépassera largement son seul point d’audience.

Mais cette démonstration reste à faire. D’autant que l’histoire des télévisions locales françaises invite à la prudence. L’Arcom reconnaît elle-même leurs difficultés récurrentes de financement et la diminution continue de leur nombre depuis 2015. L’épisode récent des BFM Locales l’a encore montré.

Novo19 n’est évidemment pas une télévision locale. Mais les territoires sont au cœur de la promesse qui lui a permis d’obtenir sa fréquence et c’est ce qui rend les interrogations sur son avenir particulièrement intéressantes.

Le Parisien ne dit pas que Ouest-France prépare sa vente. Un représentant du personnel espère que le groupe limitera les pertes avant de vendre la chaîne « au plus tard en 2030 ».

Dans le même temps, la direction continue de chercher un investisseur et affirme qu’un arrêt de Novo19 est « impensable ». Chercher un investisseur minoritaire n’est évidemment pas vendre la chaîne.

Mais 2030 n’est pas une date totalement anodine. L’autorisation de Ouest-France TV a été délivrée le 11 décembre 2024. Or la loi interdit normalement à l’Arcom d’autoriser un changement de contrôle pendant cinq ans, sauf difficultés économiques menaçant la viabilité de l’entreprise.

Le verrou saute donc fin 2029.

Une vente en 2030 deviendrait beaucoup plus simple. Une vente avant supposerait éventuellement de faire jouer l’exception liée aux difficultés économiques. Ce serait alors une définition assez originale de la réussite d’un nouvel entrant.

Et forcément, le souvenir de Numéro 23 revient. La comparaison a ses limites et rien ne permet d’affirmer que Ouest-France aurait demandé cette fréquence avec l’intention de la revendre. Mais Numéro 23 avait obtenu son autorisation en 2012 avant qu’un projet de vente à NextRadioTV n’apparaisse trois ans plus tard.

La différence essentielle est qu’à l’époque, il existait un acheteur. Pour Novo19, la question est plus facile à poser : qui en voudrait ?

CMA Média (BFM) possède l’expérience nationale et régionale, mais vient précisément de réduire son dispositif de chaînes locales.

TF1 ou M6 auraient les moyens industriels, mais l’Arcom devrait alors expliquer pourquoi elle a fait entrer un nouvel opérateur en 2024 si la fréquence doit finir quelques années plus tard chez l’un des grands groupes déjà installés.

Quant à un autre groupe de presse régionale, il faudrait encore en trouver un disposé à financer durablement une chaîne nationale déficitaire.

Et surtout, un repreneur n’achèterait pas seulement le numéro 19 de la télécommande. La convention de Novo19 impose des volumes importants de fictions, de magazines et de documentaires consacrés aux territoires, ainsi qu’au moins 260 heures annuelles d’information territoriale et des collaborations avec des acteurs locaux. Elle peut évoluer, mais pas au point de faire disparaître ce qui avait justifié l’attribution de la fréquence.

Voilà finalement le véritable enjeu.

Si T18 et Novo19 deviennent des marques solides, trouvent leur équilibre et réussissent leur transformation numérique, le pari de l’Arcom aura été justifié. Mais si Novo19 cherche un nouveau propriétaire dès que le verrou réglementaire aura sauté, une autre question se posera.

L’Arcom aura-t-elle réellement fait entrer durablement un nouvel acteur dans la télévision française ? Ou simplement attribué une fréquence à un propriétaire provisoire ?

Numéro 23 avait voulu changer de mains après trois ans. Depuis, la loi demande en principe d’attendre cinq ans.

Le progrès réglementaire consiste parfois surtout à prolonger le suspense.

À lire aussi

  • NOVO19 : un an et une chaîne qui cherche encore à tenir sa promesse
  • Ouest-France prépare l’avenir
arcom CMI France Daniel Křetínský médias NOVO19 Numéro 23 Ouest-France T18 télévision TNT
Serge Surpin
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