La BBC continue d’éteindre, morceau après morceau, la radio telle qu’on l’a connue pendant des décennies.
Le 27 juin dernier, BBC Radio 4 a quitté sa mythique fréquence de 198 kHz.
Les programmes se sont arrêtés ce jour-là, avant l’extinction définitive des émetteurs quelques jours plus tard.
Une page se tournait après près de 92 ans de diffusion britannique en grandes ondes.
Trois mois plus tard, la BBC s’attaque aux petites ondes, autrement dit aux ondes moyennes.
Les derniers émetteurs AM de ses radios locales anglaises doivent être arrêtés d’ici à la fin novembre 2026.
Sont concernées BBC Radio Cumbria, BBC Radio Derby, BBC Radio Gloucestershire, BBC Radio Norfolk et BBC Radio Somerset.
Cette disparition ne tombe pas du ciel.
La BBC avait engagé le mouvement dès 2011, avec plusieurs vagues de fermetures en 2018 et 2020.
Et ce n’est pas terminé.
BBC Radio 5 Live commence elle aussi à éteindre son réseau AM, avec un arrêt complet prévu au plus tard fin 2027.
Pour les auditeurs français, tout cela rappelle quelque chose.
Radio France avait déjà supprimé ses émissions en ondes moyennes à la fin de 2015.
France Inter a quitté le 162 kHz un an plus tard.
Europe 1 a abandonné le 183 kHz le 31 décembre 2019.
RMC a coupé le 216 kHz le 28 mars 2020.
RTL a finalement éteint le 234 kHz le 1er janvier 2023.
162, 183, 216, 234.
Pour toute une génération, ces quatre nombres faisaient partie de l’identité de France Inter, Europe 1, RMC et RTL.
Le 162 kHz n’est d’ailleurs pas totalement silencieux.
Depuis l’arrêt de France Inter, l’émetteur d’Allouis continue de diffuser le signal de l’heure légale française, utilisé notamment pour synchroniser des équipements professionnels.
Les programmes ont disparu, mais l’horloge continue.
Il y avait pourtant une autre voie possible.
Ces bandes auraient pu être numérisées grâce au DRM, le Digital Radio Mondiale.
Cette technologie a justement été conçue pour diffuser de la radio numérique sur les fréquences utilisées autrefois par l’AM.
La France l’avait même prévue dans sa réglementation dès 2008.
Et la BBC l’avait testée sur 855 kHz avec BBC Radio Devon entre 2007 et 2008.
Techniquement, cela fonctionnait.
Le DRM permettait de conserver l’un des grands avantages de ces fréquences, couvrir de très vastes territoires avec relativement peu d’émetteurs, tout en améliorant nettement la qualité sonore par rapport à l’AM traditionnelle.
Mais il fallait changer les récepteurs, moderniser les installations et continuer à entretenir des sites de diffusion puissants.
À l’heure des économies et du développement du numérique, le choix s’est porté ailleurs.
En France, sur le DAB+.
Au Royaume-Uni, sur le DAB et le DAB+, auxquels s’ajoutent Internet, les applications et les enceintes connectées.
Le DRM est resté sur le bord de la route.
Les radios n’ont pas disparu.
Elles ont changé de tuyau.
FM, DAB+, Internet, applications, le programme reste mais le cadran se vide.
Autrefois, écouter la radio supposait parfois un petit effort.
Il fallait tourner un bouton, chercher la bonne fréquence, dépasser quelques crachotements, revenir légèrement en arrière et, miracle, une voix apparaissait.
Le soir, la réception avait même sa géographie particulière.
Des stations lointaines surgissaient dans le poste, parfois venues d’un autre pays.
Avec le DAB+, cette petite gymnastique disparaît.
La fréquence existe toujours techniquement, mais l’auditeur ne s’en occupe plus.
Il choisit simplement le nom de la station sur un écran.
C’est beaucoup plus pratique.
C’est aussi nettement moins romanesque.
Plus besoin de mémoriser 162, 183, 216 ou 234.
Plus besoin non plus de chercher RTL pendant trois minutes pour finalement tomber sur une radio étrangère dont on ne comprenait pas un mot.
La FM demeure encore largement présente des deux côtés de la Manche.
Mais la direction est claire.
La France a déjà rangé les touches GO et PO au rayon des souvenirs.
Le Royaume-Uni suit désormais le même chemin.
Sur les postes récents, leur disparition passera inaperçue.
Sur les anciens, les lettres GO et PO resteront bien visibles.
Deux petites touches devenues inutiles, qui racontent une époque où écouter la radio commençait par chercher sa fréquence.
