RCF Notre Dame a présenté ce lundi 7 septembre sa grille 2026-2027, la première entièrement commune depuis la fusion des 64 radios du réseau RCF avec Radio Notre Dame, début 2025. Christophe Barbier, Nathanaël de Rincquesen, Nelson Monfort, Olivier Delacroix : le recrutement est spectaculaire pour un réseau associatif financé par les dons. Restent deux questions que le dossier de presse ne traite pas. Combien coûte cette grille. Et où se fabrique désormais la radio.

Commençons par ce qui saute aux oreilles.
Une radio associative qui recrute Christophe Barbier deux fois par jour, à 6h35 et 16h15, Nathanaël de Rincquesen pour l’invité politique de 7h38, Olivier Delacroix en libre antenne chaque soir jusqu’à 22h30, plus Nelson Monfort, Yann Queffélec, Éric Revel, Sophie de Ravinel, Clotilde Brossollet et Nicoletta, cela ne s’était pas vu depuis longtemps. Ajoutez une antenne annoncée cent pour cent en direct de 6h30 à 22h30, un habillage sonore confié à Laurent Couson, compositeur pour Claude Lelouch et Luc Besson, de nouveaux studios et une application lancée en mai.
Et surtout, regardez la construction. Des tranches longues, tenues par un animateur identifié, du matin au soir. Des rendez-vous fixes, à la minute, qui reviennent chaque jour au même endroit. Un habillage entièrement refait. Une matinale qui garde ses repères historiques, la prière du matin, les journaux, tout en s’ouvrant à l’éditorial et au politique. Ce ne sont pas des recrutements posés sur une grille existante. C’est une grille pensée comme celle d’une radio nationale, avec les codes du métier, et une ambition de qualité assumée.
Cela n’a rien d’un hasard, et cela nous amène à l’homme qui pilote.
Emmanuel Rials est directeur général depuis le 9 mars 2026. Skyrock, Fun Radio, RTL2, onze ans à la présidence d’OÜI FM : c’est un professionnel des antennes ambitieuses, qui a construit et redressé des réseaux nationaux. Mais surtout, entre 2020 et 2024, il a dirigé Radio J, où il a piloté la fusion de deux radios généralistes. On n’a donc pas recruté un homme de réseaux. On a recruté un homme qui avait déjà fusionné des radios communautaires et qui sait ce que coûte une grille de qualité. Ce n’est pas une ligne de CV, c’est la définition du poste. Il succède à Bruno Courtois, après environ six mois de vacance à la tête d’un ensemble en pleine fusion.

Reste la question de l’argent, et là, le dossier de presse est muet.
La logique de la fusion est limpide : RCF et Radio Notre Dame disposaient chacune de leurs systèmes de diffusion, de leurs outils informatiques, de leurs fichiers d’auditeurs. On supprime les doublons, parfois les triplons. Mais aucun budget consolidé, aucun objectif chiffré d’économies, aucun bilan des postes concernés. On ne parle donc pas d’économies mesurées. On parle d’une mutualisation annoncée. La différence n’est pas de la mauvaise humeur, c’est la seule chose qui permettra, dans un an, de dire si le pari était tenable.
Venons-en à l’architecture, car c’est le vrai sujet d’une fusion de réseaux.
Le dossier revendique 65 radios associatives en France et en Belgique, 3 500 salariés et bénévoles, 270 fréquences FM, 150 fréquences DAB+, et 1,3 million de personnes qui l’écoutent en semaine, selon l’étude Médiamétrie habitudes d’écoute 2025.
Regardons maintenant la journée. Le local occupe la tranche de 12h à 14h30 et celle de 18h à 20h, plus les journaux locaux à 7h, 8h et 9h, et deux rendez-vous le week-end. Tout le reste, l’essentiel des heures d’écoute, est un programme commun désormais produit et incarné depuis Paris, sous la direction d’Étienne Pépin.
Soyons honnêtes : ce n’est pas la fusion qui a inventé ce partage, RCF fonctionnait déjà largement sur ce modèle. Aucune baisse générale des programmes régionaux imputable au rapprochement n’est démontrée. Mais la hiérarchie, elle, a changé de nature. Les régions ne fournissent plus l’ossature du réseau, elles occupent des plages à l’intérieur d’une grille nationale. C’est la trajectoire de tous les réseaux depuis quarante ans, et c’est aussi, il faut le reconnaître, la condition d’une antenne homogène et professionnelle sur 270 fréquences.
Un mot de vocabulaire, maintenant, et c’est une question de positionnement, pas de théologie.
La station a choisi pour signature « la radio chrétienne ». Le dossier de presse le dit lui même, cette formule remplace l’ancienne signature de RCF, Radio Chrétiennes Francophones, et se veut plus directe, actuelle et fédératrice. C’est une décision de marque, revendiquée comme telle, et il est légitime de la regarder comme on regarderait n’importe quel repositionnement d’antenne.
Or la semaine, elle, est très largement catholique. La prière du matin et le saint du jour dans la matinale, le chapelet de Lourdes, la prière monastique, la messe en direct de Notre-Dame de Paris chaque dimanche, une émission avec un prêtre chaque lundi, une application dont la fonction phare rassemble psaumes, laudes, angélus et chapelet. Et un sommet de rentrée sans équivalent : la visite du pape Léon XIV du 25 au 28 septembre, dispositif exceptionnel, plus d’une trentaine de journalistes mobilisés à Paris, Lourdes et Metz.
L’ouverture aux autres confessions existe pourtant, et la direction y tient. Un culte protestant le dimanche. Une émission consacrée au judaïsme. Une chronique biblique en partenariat avec la Traduction œcuménique de la Bible. Et une émission consacrée à l’orthodoxie, héritée de Radio Notre-Dame, placée sous le patronage de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, à laquelle participe un prêtre orthodoxe, et dont la reconduction a été confirmée lundi.
Reste que ces rendez-vous sont presque tous installés le week-end, quand la semaine est portée par des noms connus, des tranches en direct et une campagne de rentrée. L’écart n’est donc pas entre une antenne catholique et une antenne exclusivement catholique. Il est entre ce que la grille assume comme identité quotidienne et ce que le mot chrétien promet à l’auditeur qui découvre l’enseigne.
Rien de tout cela n’est illégitime. RCF est née des radios diocésaines, Radio Notre Dame est issue du diocèse de Paris, et le dossier explique lui même que le rouge du nouveau logo évoque le sang du Christ et la Pentecôte. Cette antenne assume son héritage, c’est même sa force : elle sait à qui elle parle. La question n’est pas de savoir si elle a le droit d’être catholique. C’est de savoir si l’étiquette qu’elle a choisie décrit ce que l’auditeur entend le mardi matin.
Même remarque pour les vingt-cinq millions de chrétiens dont la station se dit la radio de référence. Le dossier ne donne aucune source pour ce chiffre, et les enquêtes publiques varient fortement selon que l’on compte les baptisés ou les personnes qui se déclarent croyantes. Une audience potentielle revendiquée n’est pas une audience mesurée.
Un dernier mot sur le modèle. Le dossier explique que la radio limite volontairement la publicité pour préserver son indépendance et la qualité d’écoute. Rappelons que les radios associatives bénéficiant du Fonds de soutien à l’expression radiophonique sont de toute façon tenues à un plafond réglementaire de recettes commerciales. Ce qui fait vivre l’antenne, ce sont donc les dons, avec deux campagnes annuelles, le Printemps du don et le Radio don. Et c’est exactement le terrain sur lequel KTO Radio, lancée en DAB+ national en septembre 2023, vient chercher le même public.
Ce que RCF Notre Dame tente est donc rare : bâtir une grille de niveau national sur de la générosité, sans les recettes qui vont normalement avec. L’exigence de qualité est réelle, les moyens humains sont là, et le pilote a fait ses preuves ailleurs.
Reste ce réseau de 65 radios locales, dont une désormais donne le ton aux 64 autres. C’est la mécanique de toutes les fusions réussies. C’est aussi ce qu’il faudra surveiller.
