Yann Barthès : Le 23 juin dernier, Yann Barthès voulait se moquer des micro-trottoirs météo. Il a fini par se moquer de ceux qui y témoignaient. Deux mois plus tard, l’animateur concède dans un entretien accordé à Tribune Dimanche un magnéto raté, mais reconnaît un problème de forme plutôt qu’une erreur de fond.la vanne dépasse celui qui la lance
À force de manier l’humour à l’emporte-pièce, on peut finir par être dépassé par ses propres propos.
C’est ce qui est arrivé à Yann Barthès, le 23 juin dernier sur le plateau de Quotidien, lorsqu’il a voulu tourner en dérision les éternels micro-trottoirs consacrés à la météo. Ces séquences dans lesquelles des passants expliquent qu’il fait chaud quand il fait chaud, froid quand il fait froid et qu’il pleut lorsqu’ils sont mouillés.
La critique n’est pas totalement injuste.
Un micro-trottoir est nécessairement construit. On interroge plusieurs personnes, puis on sélectionne les réponses qui correspondent à l’angle retenu. Avec quelques témoignages soigneusement choisis et habilement montés, on peut faire dire presque tout et son contraire à ce que l’on présente ensuite comme « l’opinion des Français ».
Mais, dans sa volonté de ridiculiser cet exercice journalistique, Yann Barthès est allé trop loin.
Il a affirmé que la canicule constituait un événement universel devant lequel nous serions « tous logés à la même enseigne ». Bernard Arnault aurait chaud, un ministre aurait chaud, comme le voisin du dessus ou celui du dessous.
Puis il s’est moqué de ceux qui précisent vivre sous les toits : « Tout le monde s’en fout ! »
La phrase était conçue pour provoquer le rire. Elle était également parfaitement calibrée pour être découpée, isolée et massivement reprise sur les réseaux sociaux.
C’est l’un des risques de l’humour télévisuel à l’emporte-pièce. La formule survit au contexte, mais elle révèle aussi parfois ce que l’enrobage comique devait masquer. Dans ce cas précis, les réseaux sociaux n’ont pas inventé les propos de Yann Barthès. Ils les ont sortis de leur séquence initiale, mais les mots avaient bien été prononcés.
Sur le moment, l’animateur n’a rien retiré. Deux jours plus tard, il s’amusait à l’antenne des réactions suscitées par sa séquence, et il répondait d’un simple « Sérieusement ? » à un article de Libération qui contestait son propos. Une pétition réclamant symboliquement qu’on lui coupe la climatisation rassemblait dans le même temps plusieurs dizaines de milliers de signatures.
Deux mois plus tard, dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche il reconnaît un échec : « Ce magnéto n’a pas été compris, c’est donc qu’il était raté. » Il revendique également le droit aux vannes, y compris lorsqu’elles sont mauvaises.
Sur ce point, il a raison. Une plaisanterie ratée ne devrait pas provoquer des milliers de messages haineux ou violents. On doit pouvoir critiquer une séquence sans transformer son auteur en cible collective.
Mais Yann Barthès reconnaît surtout un problème de forme. Il admet que la plaisanterie n’a pas fonctionné, sans reconnaître clairement qu’il s’est trompé sur le fond.
Car tout le monde peut avoir chaud, mais tout le monde ne subit pas la chaleur dans les mêmes conditions. Une personne vivant dans une chambre mal isolée sous les combles n’est pas exposée comme celle qui dispose d’un logement protégé, d’une climatisation ou de la possibilité de partir. L’enquête conduite après la canicule de 2003 par l’Institut de veille sanitaire, devenu Santé publique France, établissait que dormir dans une chambre située sous les toits multipliait par quatre le risque de décès.
En voulant se moquer de la fabrication des micro-trottoirs, Yann Barthès a donc fini par se moquer de ceux qui y témoignaient.
Le raté ne vient pas seulement d’un public qui n’aurait pas compris la plaisanterie. Il vient d’une critique légitime des automatismes de la télévision qui, emportée par la recherche de la formule, a changé de cible en chemin.
