Le bras de fer entre Donald Trump et les grands médias américains vient de franchir un nouveau seuil. Disney et sa filiale ABC ont saisi la justice fédérale à Washington pour tenter de stopper immédiatement la procédure engagée par la FCC, le régulateur américain des télécommunications, contre huit stations locales appartenant au groupe.
Il ne s’agit pas d’une simple contestation juridique. Disney réclame une ordonnance de restriction temporaire et une injonction préliminaire afin d’empêcher la FCC d’avancer dans la procédure pendant que la justice examine le dossier. La période de consultation publique étant terminée depuis début août, le régulateur pourrait désormais décider de convoquer une audience. Pour ABC, il y a donc urgence.
ABC défie l’administration Trump
Le point essentiel est souvent mal compris en Europe : ABC ne possède pas une licence nationale que Donald Trump ou la FCC pourraient retirer d’un coup. Les licences concernent les stations locales qui utilisent les fréquences hertziennes.
Disney en possède huit, notamment à New York, Los Angeles, Chicago ou Philadelphie. Ce sont celles que la FCC a contraintes à demander un renouvellement anticipé de leurs autorisations, alors que leurs échéances normales s’échelonnaient à partir de 2028. Avant avril 2026, le régulateur n’avait plus utilisé un tel mécanisme depuis plus de cinquante ans.
La chronologie est particulièrement embarrassante pour la FCC. L’ordre concernant ABC est intervenu le lendemain d’une nouvelle attaque de Donald Trump réclamant le licenciement de Jimmy Kimmel après un sketch visant Melania Trump.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’animateur se retrouve au centre du conflit.
En septembre 2025, après des propos de Kimmel consécutifs à la mort de Charlie Kirk, le président de la FCC, Brendan Carr, avait publiquement évoqué de possibles sanctions contre les diffuseurs. Quelques heures plus tard, plusieurs stations affiliées avaient annoncé qu’elles ne diffuseraient plus son émission et ABC avait suspendu l’animateur. Disney avait finalement fait marche arrière six jours plus tard.
L’épisode avait surtout révélé le véritable point de fragilité du système américain.
ABC possède huit stations, mais son réseau est diffusé par plus de 200 stations affiliées, appartenant pour beaucoup à d’autres groupes. La FCC ne peut donc pas simplement « éteindre ABC ». Elle peut en revanche exercer une pression réglementaire sur les propriétaires de stations, dont dépend la couverture nationale du réseau. Nexstar et Sinclair l’avaient montré lors de l’affaire Kimmel en 2025.
La FCC rejette évidemment l’accusation de représailles politiques. Elle affirme enquêter depuis 2025 sur de possibles pratiques discriminatoires liées aux politiques de diversité de Disney et considère que les réponses apportées par le groupe à ses demandes d’informations ne permettent pas de clore l’enquête.
Disney soutient exactement l’inverse : cette procédure réglementaire servirait de prétexte pour exercer une pression sur les choix éditoriaux d’ABC et violerait ainsi le Premier amendement de la Constitution américaine.
Un autre contentieux concerne parallèlement The View. La FCC examine l’application des règles d’égalité de traitement des candidats politiques après le passage dans l’émission de James Talarico, candidat démocrate au Sénat du Texas. ABC estime que l’émission relève de l’information et bénéficie à ce titre des exceptions prévues par la réglementation.
L’affaire dépasse donc largement Jimmy Kimmel.
Les États-Unis disposent, comme la France, d’un régulateur des fréquences audiovisuelles. Mais toute la question est de savoir jusqu’où ce régulateur peut aller et, surtout, à quelle distance il se tient du pouvoir politique. En France, les décisions de l’Arcom sur l’attribution des fréquences sont prises par une autorité collégiale indépendante et peuvent être contestées devant le Conseil d’État.
Aux États-Unis, Disney veut désormais faire établir par un juge qu’un pouvoir réglementaire légitime ne peut pas devenir un instrument de pression politique sur une rédaction ou un programme.
Ce procès ne décidera donc pas seulement de l’avenir de huit licences. Il pourrait déterminer jusqu’où une administration américaine peut aller lorsqu’un média lui déplaît.
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