Donald Trump veut taxer les trompettes au nom de la sécurité nationale
L’administration Trump envisage d’imposer un droit de douane supplémentaire de 25 % sur certains instruments à vent importés, notamment les trompettes, trombones, tubas et cors.
Trump : c’est du vent
Mais contrairement à ce qui a été annoncé par plusieurs médias dont Radio Classique, la mesure n’est pas encore adoptée. Elle fait actuellement l’objet d’une consultation publique aux États-Unis.
La musique entre à son tour dans la guerre commerciale américaine. Le Bureau of Industry and Security, qui dépend du département du Commerce, a déposé son avis le 4 août 2026 auprès du Federal Register, avant sa publication officielle le 6 août. Le texte propose d’étendre les droits de douane appliqués au nom de la sécurité nationale à quatorze nouvelles catégories de produits contenant principalement de l’acier, de l’aluminium ou du cuivre.
Parmi elles figurent les instruments à vent de la famille des cuivres, ainsi que certaines de leurs pièces et accessoires. Le texte cite précisément les brass-wind musical instruments, catégorie douanière qui comprend notamment les trompettes, trombones, tubas et cors. (Federal Register)
S’ils étaient définitivement intégrés au dispositif, ces instruments seraient en principe soumis à un droit supplémentaire de 25 %. C’est bien le taux proposé par le département du Commerce pour cette catégorie. (Federal Register)
Une taxe proposée, pas encore appliquée
C’est le point essentiel.
Donald Trump n’a pas encore décidé l’entrée en vigueur de cette nouvelle taxe sur les instruments de musique.
Le document publié au Federal Register est un avis de consultation portant explicitement sur une proposition. Le Bureau of Industry and Security demande aux entreprises, organisations professionnelles et autres parties intéressées de faire parvenir leurs observations. (Federal Register)
La date du 27 août 2026 ne correspond donc pas à l’entrée en vigueur des droits de douane. Il s’agit de la date limite pour déposer des commentaires. Le projet initial prévoyait un délai de 21 jours après publication au Federal Register, ce qui conduit précisément au 27 août.
Une décision définitive devra ensuite être prise avant que ces instruments puissent effectivement être ajoutés aux produits soumis aux droits de la section 232.
Le saxophone échappe à la liste
Autre précision importante : les saxophones ne sont pas concernés par cette proposition.
Cela peut sembler paradoxal puisque le corps du saxophone est généralement fabriqué en laiton. Mais dans la nomenclature douanière américaine, le saxophone dispose d’un classement distinct de celui des brass-wind instruments. Il relève du code HTSUS 9205.90.40.40, alors que la proposition vise la catégorie 9205.10 des instruments de la famille des cuivres. (Harmonized Tariff Schedule)
Trompettes, trombones, tubas et cors sont donc dans le viseur. Pas les saxophones, à ce stade.
Pourquoi invoquer la sécurité nationale ?
La justification peut prêter à sourire lorsqu’elle est appliquée à une trompette ou à un tuba, mais le raisonnement de Washington ne consiste pas à présenter les instruments de musique eux-mêmes comme une menace.
L’administration s’appuie sur la section 232 du Trade Expansion Act, qui permet de prendre des mesures commerciales lorsque certaines importations sont considérées comme susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale. (NAMM)
Le département du Commerce considère que les produits proposés sont composés majoritairement d’acier, d’aluminium ou de cuivre et que leur importation peut contribuer à affaiblir les objectifs de la politique américaine visant à protéger la production nationale de ces métaux. (Federal Register)
Le document va très loin dans cette justification. Il rappelle que l’acier, l’aluminium et le cuivre sont indispensables à la fabrication d’armements américains et à la base industrielle de défense. C’est par ce biais que les instruments de musique se retrouvent associés juridiquement à la « sécurité nationale ».
L’industrie musicale s’inquiète
La NAMM, principale organisation représentant l’industrie américaine des produits musicaux, a immédiatement dénoncé le projet.
Elle rappelle que plus de 25 millions d’élèves américains participent chaque année à des programmes musicaux scolaires et estime que de nouvelles taxes renchériraient les instruments utilisés notamment par les débutants. (NAMM)
L’organisation cite également une étude du Peterson Institute for International Economics faisant état d’une forte diminution des importations d’instruments à vent depuis le début de la nouvelle vague protectionniste américaine. Au premier trimestre 2026, le Peterson Institute estime que les importations réelles américaines d’instruments à vent étaient 23,2 % inférieures à celles du premier trimestre 2024. (PIIE)
Conn Selmer et l’étonnant précédent de l’Ohio
Le projet intervient aussi quelques semaines après la fermeture de l’usine Conn Selmer d’Eastlake, dans l’Ohio.
L’entreprise avait annoncé le transfert de l’essentiel de cette production vers la Chine, avec la suppression d’environ 150 emplois. Reuters avait consacré en avril une enquête à cette fermeture, particulièrement embarrassante politiquement puisqu’elle touchait une industrie que Donald Trump promet de protéger contre les délocalisations. (Reuters)
Conn Selmer appartient à Steinway Musical Instruments, contrôlé par le milliardaire John Paulson, important soutien de Donald Trump. Reuters rappelle que Paulson avait lui-même défendu publiquement les droits de douane et dénoncé les entreprises américaines qui ferment leurs usines pour transférer la production à l’étranger. (Reuters)
En revanche, rien ne permet d’affirmer que Paulson aurait obtenu cette nouvelle proposition de droits de douane en faisant pression sur l’administration Trump. Les informations disponibles montrent plutôt que les salariés et leur syndicat avaient tenté, sans succès, de pousser Paulson et l’administration à empêcher la délocalisation. (Reuters)
Une mesure spectaculaire, mais encore hypothétique
L’image de trompettes et de tubas taxés par Washington « au nom de la sécurité nationale » est donc bien réelle, mais elle doit être racontée avec précision.
Le BIS a déposé son avis le 4 août, celui-ci a été officiellement publié au Federal Register le 6 août, et la consultation reste ouverte jusqu’au 27 août.
Le taux envisagé est bien de 25 %. Les trompettes, trombones, tubas et cors sont bien concernés. Les saxophones ne le sont pas.
Mais, pour l’instant, aucune nouvelle taxe de 25 % sur ces instruments n’est entrée en vigueur.
La guerre commerciale de Donald Trump est donc arrivée jusqu’aux portes des orchestres américains. Elle n’est pas encore entrée dans les pupitres.
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