Rai 3 : une audience stable, mais une identité en pleine mutation
À première vue, l’information est simple : Rai 3 confirme sa place de deuxième chaîne du groupe public italien, devant Rai 2. La Rai met en avant une saison 2025-2026 solide, avec une part d’audience de 6,5 %, présentée comme stable par rapport aux années précédentes.
Rai 3 : même audience, nouvelle identité
Les chiffres sont exacts.
Mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Pendant des décennies, Rai 3 a occupé une place à part dans le paysage audiovisuel italien. Héritière de la lottizzazione, le partage de l’influence politique au sein de la Rai, elle était traditionnellement associée à la gauche italienne.
Sous la direction d’Angelo Guglielmi, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, elle est devenue un laboratoire éditorial, privilégiant l’investigation, la culture, les documentaires, la satire et les débats de société.
Cette identité lui est restée attachée bien après la disparition du Parti communiste italien.
Or la grille 2026-2027 marque une rupture. Plusieurs émissions emblématiques disparaissent, notamment Dilemmi, ReStart et Riserva Indiana.
Elles sont remplacées par des programmes et des animateurs issus d’autres chaînes de la Rai.
Dans le même temps, plusieurs figures historiques de Rai 3 ont quitté l’antenne ces dernières années.
La transformation est assumée par la direction. Giampaolo Rossi, administrateur délégué de la Rai et proche de la majorité de Giorgia Meloni, a expliqué publiquement que Rai 3 était devenue « une anomalie du service public » en raison de son orientation idéologique.
Selon lui, la chaîne doit retrouver une vocation plus généraliste et pluraliste.
À l’inverse, les syndicats de journalistes, une partie de la rédaction du TG3 et plusieurs formations de l’opposition dénoncent un démantèlement progressif de l’identité de la chaîne.
Cette évolution est facilitée par la réforme organisationnelle de 2021.
Les programmes ne sont plus pilotés principalement par une direction propre à chaque chaîne, mais par de grandes directions thématiques transversales.
Ce changement réduit mécaniquement l’autonomie éditoriale de chaque antenne et facilite les redéploiements de programmes et de présentateurs.
C’est là que le communiqué d’audience devient intéressant. La Rai insiste sur une stabilité de 6,5 % de part de marché.
Le chiffre est incontestable.
Mais il masque un phénomène beaucoup plus profond : une chaîne peut conserver exactement la même audience tout en changeant progressivement de ligne éditoriale, de visages et de positionnement.
L’exemple de Rai 3 rappelle qu’un résultat d’audience mesure le nombre de téléspectateurs, pas l’identité d’une chaîne.
Les chiffres peuvent rester stables alors que la stratégie, la programmation et l’équilibre éditorial évoluent profondément.
À lire aussi sur SatMag : undefined
