Journaliste normand, Dominique Krauskopf a fait de sa région d’origine son port d’attache et du monde son terrain de reportage.
Depuis plus de quarante ans, il promène son micro de la Normandie aux destinations les plus lointaines, à la rencontre de personnalités, de passionnés et de Français installés à l’étranger.
Une carrière commencée dans les radios locales des années 1980, poursuivie sur RCF, où il anime notamment l’émission Escapade, et prolongée sur Internet avec son site Voyager Magazine.
Auteur de plusieurs livres consacrés aux voyages, aux trains et aux bateaux, il est également revenu ces dernières années à l’actualité régionale, notamment sur BFM Normandie, dont la fermeture a été annoncée.
Vous avez commencé dans les radios locales des années 1980, à une époque où tout semblait possible…
J’ai débuté à Rouen, dans une radio qui est ensuite devenue l’une des premières franchisées de Pacific FM, le réseau lancé par Claude Villers.
Claude Villers était un peu mon modèle. J’adorais ses émissions de voyage sur France Inter. Je l’ai rencontré et interviewé plusieurs fois. C’était un personnage assez particulier, parfois distant, mais il m’a beaucoup inspiré.
À l’époque, je réalisais des émissions consacrées aux talents normands. Nous nous déplacions dans différentes villes pour rencontrer des personnalités locales et enregistrer dans les conditions du direct, avec nos petits moyens.
Et comment êtes-vous passé de la Normandie aux reportages autour du monde ?
Le déclic est venu lors d’un voyage de presse avec l’alpiniste rouennais Christophe Profit, qui tentait une ascension du Mont-Blanc dans la journée.
Nous étions partis de Rouen en TGV jusqu’à Chamonix. J’étais déjà passionné par les trains, mais j’ai surtout découvert qu’on pouvait faire du journalisme de voyage.
Lorsque Pacific FM est devenue Chérie FM, je ne me suis plus retrouvé dans le format musical. Enchaîner des disques, ce n’était pas mon truc. Je me suis toujours considéré comme journaliste plutôt qu’animateur.
J’ai donc rejoint RCF, où j’ai développé une émission consacrée aux voyages, aujourd’hui intitulée Escapade.
Pendant près de trente ans, je suis parti avec mon micro à la rencontre des gens, notamment des Français installés à l’étranger, souvent grâce aux Alliances françaises et aux consulats.
Finalement, je faisais un peu mon petit Claude Villers !
Vous avez ensuite créé Voyager Magazine. La radio ne vous suffisait plus ?
C’est un ami webmaster qui m’a suggéré de prolonger mes émissions par un site Internet.
Au départ, je pensais simplement publier quelques informations pratiques et des liens. Le site s’appelait d’ailleurs Voyager Pratique.
Finalement, je me suis pris au jeu. J’ai commencé à écrire des reportages et le site est devenu Voyager Magazine.
Les deux activités sont complémentaires. Un même déplacement peut donner lieu à une émission de radio et à plusieurs articles.
Vous avez pourtant renoncé aux voyages de presse collectifs. Pourquoi ?
Parce qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut !
Les programmes sont organisés à l’avance et les angles des sujets sont souvent largement déterminés par les organisateurs.
C’est intéressant pour découvrir des destinations et rencontrer des confrères, mais je trouve cela assez peu productif.
Depuis plus de dix ans, je préfère partir individuellement, même lorsque je travaille avec des offices de tourisme.
Je choisis mes sujets, mes rencontres et mes itinéraires. Cela me permet de revenir avec davantage de matière et de conserver ma liberté.
Après avoir parcouru le monde, vous êtes revenu à vos premières amours normandes…
Oui, un peu par hasard, au fil des rencontres.
J’avais pratiquement abandonné les sujets régionaux pendant une vingtaine d’années lorsqu’un ami m’a proposé de relancer une chronique intitulée La Normandie se découvre, notamment sur Radio Horizon.
Elle a ensuite été adaptée pour BFM Normandie.
J’ai également rejoint Nous, les Normands !, une émission présentée par Bastien Bocquel, dans laquelle Gaulthier Lenôtre et moi intervenons comme chroniqueurs. Je participe aussi à la recherche et à la programmation des invités.
Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas forcément les célébrités, mais les artisans, les passionnés, les gens qui font des choses originales et dont on parle rarement.
La fermeture annoncée de BFM Normandie mettrait malheureusement fin à cette expérience…
C’est regrettable. Une télévision de proximité qui apporte un éclairage sur la vie d’une région me semble indispensable.
Les habitants ont besoin d’informations locales et pratiques.
Mais une chaîne régionale ne s’impose pas du jour au lendemain. Il faut du temps, une présence importante sur le terrain et des moyens financiers.
Dans le contexte économique actuel, ce n’est évidemment pas simple. Mais on a encore espoir que la direction revienne sur sa décision.
Vous êtes également l’auteur de plusieurs ouvrages sur les trains et les bateaux. D’où vient cette passion ?
Pour les trains, elle remonte à l’enfance. Mon père m’emmenait découvrir les petits trains de montagne.
Depuis, lorsque je voyage, j’essaie toujours, si l’occasion se présente, d’emprunter un train mythique ou de découvrir un bateau particulier.
J’ai publié plusieurs ouvrages sur ces sujets, notamment Les Plus Beaux Trains du monde et Les Plus Beaux Bateaux du monde, qui font l’objet de nouvelles éditions.
J’ai également consacré un livre à ma région, La Normandie se découvre, publié aux éditions Charles Corlet et préfacé par Michel Bussi.
Internet et les influenceurs ont-ils bouleversé votre métier ?
Complètement !
Il y a quelques années, les professionnels du tourisme ne juraient que par les influenceurs. Les journalistes étaient parfois oubliés.
Aujourd’hui, les choses commencent à s’équilibrer. Certains influenceurs réalisent d’ailleurs un travail sérieux, avec une véritable approche journalistique.
Mais il faut distinguer l’information de la promotion commerciale.
Quant à Internet, il offre beaucoup de possibilités, mais son modèle économique reste compliqué.
Sans mon activité salariée à RCF, je ne pourrais pas vivre uniquement de Voyager Magazine.
Il faudrait une véritable structure commerciale. Et moi, je suis journaliste, pas vendeur !
Après quarante ans de carrière, avez-vous toujours autant envie de voyager ?
Oui, mais différemment.
À trente ans, on veut partir partout et découvrir le maximum de destinations.
Aujourd’hui, je suis plus sélectif. Je privilégie les expériences qui m’intéressent réellement, sans chercher à multiplier les déplacements.
Je continue à voyager, à écrire et à faire de la radio, mais davantage à mon rythme.
