En vingt ans, la radio a perdu 4,4 millions d’auditeurs quotidiens et près de la moitié de son public chez les 13-24 ans. Pour enrayer la chute, le Sénat examine une proposition de loi de Laurent Lafon qui allège les mentions légales, impose le DAB+ dans les voitures neuves et assouplit les règles de diffusion. Des mesures utiles, mais qui esquivent la vraie question, celle de l’envie d’écouter.
Pour sauver la radio, le Sénat a trouvé la solution, changer la réglementation
La radio perd des auditeurs, particulièrement chez les jeunes, et ses recettes publicitaires diminuent.
Heureusement, le Sénat s’en préoccupe. Le sénateur Laurent Lafon propose une loi pour moderniser la radio et assouplir sa réglementation. Ce n’est pas son coup d’essai. En 2021, il signait déjà une proposition de loi pour moderniser la télévision numérique terrestre. La TNT, la radio, même diagnostic, même remède.
Et il y a urgence. En vingt ans, la radio a perdu 4,4 millions d’auditeurs quotidiens. Chez les 13-24 ans, la proportion de ceux qui l’écoutent chaque jour est passée de 88 % à 52 %.
Alors, comment les faire revenir ?
Première idée, alléger les mentions légales dans les publicités. Il est vrai que les interminables précautions d’emploi n’ont jamais constitué un grand moment de radio. Les annonceurs devraient apprécier. Les auditeurs aussi.
Deuxième idée, développer le DAB+, la radio numérique terrestre, et garantir la présence d’un autoradio FM et DAB+ dans les véhicules neufs. Une mesure utile pour préserver un accès gratuit à la radio, sans connexion Internet.
Mais il y a une différence entre pouvoir écouter la radio et avoir envie de l’écouter. On peut multiplier les émetteurs et améliorer la réception. Si le programme n’intéresse personne, cela ne changera pas grand-chose.
D’autant que le DAB+ pose un problème économique. Pour une grande radio nationale, il peut réduire les coûts de diffusion. Pour une petite station locale, il peut surtout ajouter une facture à celle de la FM. Sauf, évidemment, si cette technologie lui permet d’élargir sa couverture et de conquérir de nouveaux auditeurs.
Le Sénat propose d’ailleurs davantage de souplesse pour réduire certaines zones de diffusion en DAB+.
Il est également question d’assouplir les quotas de chansons francophones, jugés trop contraignants face aux plateformes de streaming. Car les jeunes n’ont pas abandonné l’audio.
Ils écoutent de la musique, des podcasts et regardent des vidéos.
Simplement, ils ne passent plus nécessairement par les stations de radio. Spotify, YouTube et les autres leur proposent ce qu’ils veulent, quand ils le veulent.
Face à cette concurrence, la réponse ne peut pas être uniquement technique ou réglementaire. La radio doit proposer ce que les plateformes offrent plus difficilement, du direct, des personnalités, de la proximité, des rendez-vous et des surprises.
La radio possède encore de sérieux atouts.
Sa gratuité, sa simplicité, sa capacité à accompagner les auditeurs, notamment en voiture, et son rôle essentiel dans l’information locale.
La proposition de loi comporte donc des mesures utiles mais elle illustre aussi une habitude bien française. Lorsqu’un secteur traverse une crise, on commence par modifier sa réglementation.
C’est évidemment plus facile que de s’interroger sur les raisons pour lesquelles ses clients s’en vont.
Car la véritable question n’est pas seulement de savoir comment permettre aux Français de mieux recevoir la radio.
C’est surtout de leur redonner envie de l’écouter.
