En Australie, une radio a fait animer une émission pendant six mois par une voix clonée, sans prévenir ses auditeurs. Depuis, l’intelligence artificielle s’est installée jusque dans les bulletins d’information, et les régulateurs, de Sydney à Bruxelles, ne cherchent pas à l’interdire. Ils exigent seulement qu’elle dise son nom.
En Australie, la station CADA a confié pendant six mois une émission musicale quotidienne à « Thy », une voix clonée à partir de celle d’une véritable salariée du groupe ARN. Elle ne faisait pas la conversation pendant quatre heures, elle intervenait entre les morceaux.
Et surtout, les auditeurs n’en savaient rien.
L’IA s’est donc d’abord glissée là où la parole était déjà très formatée. Mais elle est aussi entrée dans l’information, avec des usages très différents.
Certaines radios confient à l’IA la recherche, le résumé et la rédaction des informations, puis les font lire par une voix synthétique.
D’autres ont fait un choix plus prudent. Les journalistes cherchent, écrivent, vérifient et valident, et seule la lecture du bulletin est confiée à l’IA. Dans ce cas, la machine ne devient pas journaliste. Elle se contente de lire.
Entre les deux, l’IA participe à la fabrication du contenu, sous une supervision humaine plus ou moins étroite. Aider à écrire, lire, animer, fabriquer un bulletin entier, les niveaux d’utilisation se multiplient.
Ce qui est intéressant, c’est que les règles ont suivi assez vite. Pas pour interdire l’IA, mais pour obliger à dire qu’elle est là.
En Australie, depuis le 1er juillet 2026, les radios commerciales doivent signaler lorsqu’une émission régulière ou un journal est présenté par une voix synthétique.
En Europe, l’AI Act impose depuis le 2 août des obligations de transparence pour certains contenus générés ou manipulés par intelligence artificielle.
C’est assez logique. La question n’est plus de savoir si l’IA va entrer dans les médias. Elle y est.
Il s’agit désormais de savoir ce qu’on lui confie, qui contrôle ce qu’elle produit et surtout si le public est prévenu.
Écrire, lire, prendre le micro, on ne lui interdit plus grand-chose. On lui demande seulement de ne pas se faire passer pour quelqu’un d’autre.
Ce qui, pour une machine, est finalement la première règle de politesse.
