Quitter X, ne pas acheter de Tesla, ignorer Starlink : en théorie, rien de plus simple.
En pratique, c’est plus compliqué.
À force de développer des réseaux devenus très utiles dans l’information, la recharge électrique, les télécommunications et l’espace, Elon Musk a transformé ses entreprises en infrastructures dont il devient parfois difficile de se passer.
Peut-on vraiment se passer d’Elon Musk ?
Sur le papier, évidemment.
On peut quitter X, acheter une voiture électrique chinoise, coréenne ou française, prendre la fibre et décider qu’Elon Musk n’existe plus.
C’est même assez reposant.
Le problème, c’est qu’Elon Musk, lui, a eu la mauvaise idée de construire quelques infrastructures dont il devient parfois difficile de se passer.
Commençons par X.
Depuis le rachat de Twitter en 2022, beaucoup ont annoncé leur départ.
En France, Ouest-France, Mediapart, Le Monde ou Libération ont cessé d’y publier entre la fin 2024 et le début 2025.
Direction Bluesky, Mastodon et parfois Threads.
Bref, X était terminé.
Sauf qu’il ne l’est pas vraiment.
Parce qu’une bonne partie de l’actualité immédiate, des déclarations politiques, des réactions officielles et des petites phrases continue d’y circuler.
On peut donc quitter X.
Mais quand on travaille dans l’information, il faut parfois continuer à aller vérifier ce que racontent ceux qui, eux, ne l’ont pas quitté.
C’est une manière assez particulière de partir.
Passons à Tesla.
Se passer d’une Tesla est aujourd’hui très facile.
Les constructeurs proposent suffisamment de voitures électriques pour que personne ne soit condamné à rouler avec le fameux T sur le capot.
Mais il y a les Superchargeurs.
Et là, cela devient plus amusant.
Lors de certains grands départs, on peut trouver des stations de recharge saturées et devoir attendre qu’une borne se libère.
Or Tesla a développé depuis longtemps un réseau de recharge rapide particulièrement efficace et progressivement ouvert aux voitures des autres marques.
Résultat, on peut boycotter Tesla avec conviction et quelques kilomètres plus tard brancher sa Peugeot, sa BMW ou sa Hyundai sur une borne Tesla.
Le boycott connaît parfois des limites électriques.
Et puis arrive Starlink.
Là, les choses deviennent plus sérieuses.
À Paris, Lyon ou Bordeaux, avec une bonne fibre, aucun problème.
Vous pouvez ignorer Starlink jusqu’à la fin de vos jours.
Mais allez dans une région mal desservie, sur un bateau, dans un endroit isolé ou dans un pays dont les infrastructures terrestres sont insuffisantes ou détruites, et Starlink prend soudain une autre importance.
Le réseau compte désormais des millions d’abonnés et s’appuie sur une constellation d’environ 10 000 satellites.
Amazon construit son concurrent Leo, l’Europe prépare ses propres solutions, mais aucun rival ne dispose encore de la même couverture et de la même avance commerciale.
Et puisqu’on parle d’espace, ajoutons les fusées.
Les Falcon 9 de SpaceX décollent plusieurs fois par semaine.
L’Europe elle-même a dû faire appel à SpaceX pour mettre en orbite des satellites Galileo lorsque ses propres lanceurs n’étaient pas disponibles.
On peut donc critiquer Elon Musk depuis l’Europe tout en lui confiant ponctuellement nos satellites.
C’est ce qu’on appelle probablement l’indépendance stratégique avec correspondance.
Et c’est là que le sujet devient intéressant.
Musk n’a pas seulement vendu des voitures, des abonnements Internet ou un réseau social.
Ses entreprises ont construit des infrastructures.
X participe à la circulation mondiale de l’information.
Les Superchargeurs participent à la mobilité électrique.
Starlink est devenu une infrastructure mondiale de télécommunications.
SpaceX occupe une place majeure dans l’accès à l’espace.
Et la concentration s’accentue encore.
Depuis 2026, X, Grok, Starlink et les activités spatiales sont réunis au sein du même ensemble contrôlé par Elon Musk.
Tesla reste à part, mais le personnage est toujours le même.
Finalement, se passer d’Elon Musk est assez simple.
Il suffit de ne pas acheter ses produits, de ne pas utiliser ses services, de ne pas lire X, de ne jamais recharger sur un Superchargeur, de disposer d’une bonne connexion terrestre et de ne pas avoir besoin de lancer un satellite.
À ces quelques détails près, c’est parfaitement faisable.
La vraie question est donc peut-être ailleurs.
Comment un seul entrepreneur a-t-il réussi à devenir suffisamment présent pour que, même lorsqu’on décide de s’en passer, on finisse parfois par utiliser ses infrastructures ?
