Bolloré arrête ses bus électriques et resserre Blue Solutions. Il lui reste la technologie que le monde entier cherche à maîtriser, une expertise de trente ans, et pas de quoi construire l’usine. Le groupe a donc lancé un avis de recherche.
Blue Solutions se présente comme le seul industriel au monde à produire des batteries solides à l’échelle depuis 2011. C’est vrai. C’est même remarquable. Trente ans de recherche, des laboratoires en France, en Suisse et au Canada, et une technologie que les constructeurs du monde entier considèrent comme la plus prometteuse du secteur.
Il n’a jamais manqué à cette batterie qu’une chose, un acheteur.
Faute de client, Bolloré a construit des véhicules autour d’elle. La Bluecar d’abord, avec Autolib’, arrêtée en 2018 sur une brouille à trois cents millions d’euros avec les élus franciliens. Le Bluebus ensuite, dont le groupe vient d’annoncer le projet d’arrêt définitif, après près de sept cents véhicules mis en circulation en quinze ans. Deux vitrines construites pour démontrer la valeur du produit, deux vitrines fermées.
Restait la batterie toute seule, et il faut reconnaître que les pistes existent. Le deux-roues, avec Foxconn, partenaire depuis 2023, et un scooter de démonstration lancé en 2025 qui affiche près de 69 % d’autonomie supplémentaire. L’automobile, avec des accords de codéveloppement dont un signé en 2025 avec le chinois Putailai, et des échantillons livrés à des constructeurs. Le véhicule lourd. Le stockage stationnaire.
La technologie intéresse, donc. Ce qui manque, c’est l’argent.
Entre l’échantillon validé en laboratoire et l’usine capable d’en sortir des millions, il y a quelques milliards d’euros et un écosystème européen de la batterie que Bolloré décrit lui-même, dans son communiqué, comme traversé par de profondes difficultés. Le groupe annonce donc un plan de sauvegarde de l’emploi visant 41 postes chez Blue Solutions, en expliquant que cette organisation resserrée permettrait de porter la technologie jusqu’à son industrialisation aux côtés d’un partenaire investisseur.
Traduction, nous avons la meilleure recette du monde, nous cherchons un cuisinier.
Le plus troublant n’est pas là. Le groupe Bolloré n’est pas pauvre. Sa branche Industrie a perdu 90 millions d’euros en 2025, quand l’ensemble affichait un résultat opérationnel positif de 286 millions. Personne ne l’a contraint à débrancher. Il a arbitré. Entre la batterie du futur et la logistique pétrolière, il a choisi la logistique pétrolière.
Reste la question que la chronique laissera ouverte, et elle vaut bien au-delà d’un groupe. Si le partenaire investisseur se présente, et il pourrait être asiatique, trente ans de recherche française auront servi à qui.
Le communiqué se termine par une phrase à encadrer. Le Groupe Bolloré reste confiant sur l’avenir de la technologie Gen4.
Confiant. C’est le mot exact. Ce n’est pas la même chose qu’engagé.
