Starlink ne remplacera pas l’ADSL en France. Mais pour ceux que la fibre n’atteint toujours pas, le réseau satellitaire d’Elon Musk peut devenir une sérieuse roue de secours.
Starlink ne remplace pas l’ADSL : il en récupère les miettes
Des lecteurs de 20 Minutes racontent ainsi avoir troqué une connexion ADSL poussive contre des débits dépassant 100 Mbit/s. L’un assure ne subir aucune coupure, même lorsqu’il vente ou neige. Un autre, qui attendait la fibre depuis 2021, affirme n’avoir connu qu’une interruption depuis son passage à Starlink en 2024.
Les témoignages sont crédibles. Leur généralisation l’est beaucoup moins. Ils proviennent d’un appel lancé aux utilisateurs de Starlink et ne permettent donc pas de conclure à un mouvement massif des Français vers le satellite.
L’article avance surtout un chiffre impossible à défendre : « 6 à 7 millions de foyers en zone blanche non couverts par la fibre ». À la fin mars 2026, l’Arcep recensait 42,8 millions de locaux raccordables à la fibre sur un total de 45,1 millions. Il restait donc environ 2,3 millions de locaux à rendre raccordables, et non 6 à 7 millions de foyers.
Il ne faut pas davantage confondre ces 2,3 millions de locaux avec les 15,1 millions correspondant à l’écart entre les locaux éligibles à la fibre et les abonnements effectivement souscrits. Une grande partie de ces logements peuvent être raccordés mais conservent encore l’ADSL, utilisent une autre technologie ou ne disposent d’aucun abonnement fixe.
La disparition du cuivre profite d’abord à la fibre. Entre mars 2025 et mars 2026, le nombre d’abonnements DSL est passé de 5,6 à 3,5 millions, soit 2,1 millions de moins en un an. Dans le même temps, la fibre a gagné plus de 2,5 millions d’abonnements pour atteindre 27,7 millions. La migration principale est donc parfaitement identifiable.
Starlink progresse néanmoins. Le dernier chiffre français disponible faisait état de près de 160 000 clients résidentiels à la fin de 2025, selon une estimation communiquée par l’entreprise et rapportée par Le Figaro. L’Arcep ne publie pas de comptage par opérateur : elle regroupe le satellite avec le VDSL2, le THD radio, le câble et les box 4G ou 5G dans un même ensemble statistique. Il est donc impossible de mesurer indépendamment le parc français actuel de Starlink.
Même en retenant cette estimation de 160 000 clients, Starlink représentait environ 0,5 % des 33,1 millions d’abonnements fixes recensés en France. Une progression spectaculaire depuis les 6 500 clients revendiqués en 2022, mais encore très loin d’un remplacement national de l’ADSL.
La technologie possède par ailleurs ses propres limites. La capacité disponible est partagée entre les utilisateurs d’une même zone. Starlink reconnaît que les débits peuvent diminuer en période de congestion et que les nouvelles souscriptions peuvent être suspendues lorsqu’une région atteint sa capacité maximale. La constellation continue toutefois de se développer : il serait donc excessif d’affirmer qu’elle ne pourra jamais accueillir plusieurs millions de clients.
Le prix borne également le marché. Les offres résidentielles françaises démarrent actuellement à 35 euros par mois pour 100 Mbit/s, puis 45 euros pour 200 Mbit/s et 65 euros pour l’offre la plus rapide. Le matériel peut être acheté autour de 349 euros, loué ou fourni dans le cadre d’offres promotionnelles variables. Pour un foyer déjà éligible à une fibre fiable, l’intérêt économique reste limité.
Quant à l’absence totale de coupures, elle relève du témoignage personnel. Starlink indique lui-même que des pluies, des chutes de neige ou des averses de grêle suffisamment fortes peuvent provoquer des interruptions momentanées.
Le vrai sujet concerne donc les 2,3 millions de locaux encore privés de fibre alors que le réseau cuivre doit s’éteindre progressivement d’ici à 2030. Pour eux, la réponse ne reposera pas sur une solution unique, mais sur un mélange de fibre, de satellite, de 4G ou 5G fixe et de THD radio. Le dispositif public Cohésion numérique des territoires peut d’ailleurs prendre en charge jusqu’à 300 euros d’équipement, et jusqu’à 600 euros sous conditions de ressources.
Reste une question politique : faut-il confier durablement la connexion des territoires oubliés à une infrastructure contrôlée par SpaceX ? Eutelsat-OneWeb constitue déjà une capacité européenne, principalement destinée aux entreprises et aux acteurs publics, tandis que la constellation souveraine IRIS² ne doit commencer ses lancements qu’en 2029, pour des services attendus à partir de 2030.
Starlink est donc une solution de recours précieuse pour certains foyers, pas le successeur national du cuivre. Et si la France doit regarder vers le ciel pour connecter ses derniers territoires, elle devra aussi décider à qui appartient ce ciel.
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