71 millions de pertes, et maintenant ?
Les chiffres sont suffisamment mauvais pour que la question ne soit plus seulement celle des économies. Elle devient celle du modèle même du Parisien.
Le Parisien pas libéré de ses dettes
En 2025, le quotidien a enregistré une perte nette record de 71,3 millions d’euros, contre 38,4 millions un an plus tôt. Le chiffre d’affaires recule de 9,6 %, à 134,7 millions d’euros, et la perte d’exploitation atteint 50,7 millions, en hausse de 48 %. En dix ans, le journal a perdu plus d’un tiers de son chiffre d’affaires.
La situation est d’autant plus préoccupante qu’un plan de réduction des coûts avait précisément été engagé. Les effectifs sont passés de 459 à 430 salariés. Le plan de restructuration a toutefois lui-même coûté 11,5 millions d’euros en 2025 et les dépenses totales ont augmenté de 4,88 millions. On ne peut donc pas affirmer que les suppressions de postes n’ont produit aucune économie récurrente. En revanche, une chose est certaine : elles n’ont pas empêché la situation financière de se dégrader très fortement.
Et le problème vient d’abord des recettes.
Les ventes en kiosque ont encore chuté de 16,7 %, à seulement 24 275 exemplaires quotidiens en moyenne. Le numérique progresse de 5,58 %, à un peu plus de 100 000 exemplaires, mais pas suffisamment pour compenser l’effondrement du papier.
Surtout, la grande transformation numérique engagée il y a six ans reste très loin de ses ambitions. En 2020, Le Parisien s’était fixé un objectif de 200 000 abonnés numériques. Début 2025, il en comptait environ 110 000 et, en juin 2026, Le Monde constatait toujours une stagnation autour de ce niveau.
C’est là que la question éditoriale rejoint la question économique.
Depuis 2020, Le Parisien a progressivement réduit son maillage très local pour privilégier une approche plus régionale et des contenus supposés mieux convertir les lecteurs en abonnés numériques. Les neuf éditions départementales avaient notamment été remplacées par un cahier régional. Puis les réductions d’effectifs ont continué : en 2025, le projet de réorganisation prévoyait de faire passer certaines rédactions locales de sept à six journalistes, alors qu’elles en comptaient une dizaine quelques années auparavant.
Le pari pouvait s’entendre : produire moins d’informations municipales ou départementales facilement accessibles gratuitement et investir davantage dans l’enquête, le récit, la vidéo ou les formats susceptibles de générer des abonnements.
Mais six ans plus tard, le résultat attendu n’est pas là. Les 200 000 abonnés numériques n’ont pas été atteints et les pertes se sont considérablement aggravées.
Cela ne signifie évidemment pas que l’abandon progressif du micro-local a provoqué à lui seul les 71 millions de pertes. La crise du papier, la baisse des ventes, les coûts industriels et de distribution ou encore les investissements nécessaires à la transition numérique pèsent lourdement.
Mais une question devient difficile à éviter : à force de réduire ce qui faisait historiquement la singularité du Parisien, le journal ne risque-t-il pas de devenir un quotidien national parmi d’autres ?
L’information nationale et internationale est disponible partout, souvent gratuitement. Une rédaction capable de raconter chaque jour ce qui se passe à Créteil, Bobigny, Cergy, Melun ou Versailles est beaucoup plus rare.
Et c’est précisément au moment où cette interrogation éditoriale devient urgente que revient celle du propriétaire.
LVMH a recapitalisé le Groupe Les Echos-Le Parisien à hauteur de 150 millions d’euros fin 2025. Avec les nouvelles pertes, Le Parisien devra de nouveau être recapitalisé pour reconstituer ses fonds propres.
Cela redonne inévitablement du relief à une question qui avait enflammé la rédaction à l’automne 2025 : jusqu’où Bernard Arnault acceptera-t-il de financer le journal ?
À l’époque, l’hypothèse d’une vente à Vincent Bolloré avait suffisamment inquiété la rédaction pour provoquer une grève et la non-parution du quotidien. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’une négociation est en cours. Mais l’idée n’est donc pas née avec les mauvais comptes publiés cette semaine.
Et les deux sphères savent faire des affaires ensemble : LVMH a notamment racheté Paris Match à Lagardère, contrôlé par Vivendi, pour une valeur d’entreprise de 120 millions d’euros en 2024.
La vraie question n’est finalement peut-être plus de savoir combien Le Parisien peut encore économiser.
Elle est de savoir ce qu’il restera du Parisien une fois toutes les économies réalisées.
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