Alors que Mon petit France Inter vient d’arriver sur le DAB+, en remplacement de Mouv’, une question demeure. Combien de Français savent réellement ce qu’est la radio numérique terrestre et comment la recevoir ?
Une question d’autant plus importante que Radio France a réduit cet été la couverture FM de France Musique, la faisant passer de 93 à 70 % de la population.
Le groupe justifie cette décision en rappelant que la station reste accessible à 87 % des Français en combinant FM et DAB+, en plus en rajoutant la réception via internet tout en rappelant la meilleure d’écoute en DAB+.
Mais de nombreux auditeurs ont perdu leur station sur leur poste habituel, suscitant incompréhension et protestations, car beaucoup ignorent ce que signifie DAB+.
Cette technologie reste largement méconnue.
Selon Médiamétrie, seuls 34 % des Français interrogés déclaraient connaître le DAB+ en 2025.
Et seulement 35,3 % des personnes de 13 ans et plus disposaient d’un récepteur compatible.
Plus surprenant encore, sur les 1,4 million de postes de radio domestiques vendus en France en 2025, à peine 12,5 % étaient compatibles DAB+.
On peut s’étonner que l’on continue à vendre des postes de radio sans DAB+, mais c’est sans doute un moyen de proposer des appareils bon marché. Et comme les acheteurs ne connaissent pas cette technologie, ils ne s’en rendent pas compte.
La situation est différente dans l’automobile.
Depuis fin 2020, les autoradios installés dans les voitures particulières neuves doivent être compatibles DAB+.
Reste à savoir combien d’automobilistes savent qu’ils disposent déjà du DAB+.
Autre difficulté, la confusion probable entre la radio numérique terrestre et l’écoute par Internet.
Car le DAB+, comme la FM, fonctionne par les ondes, gratuitement, sans connexion Internet et sans consommation de données mobiles.
L’écoute IP nécessite, elle, une connexion.
Il y a donc un véritable travail de pédagogie à accomplir.
Et justement, une bonne nouvelle pourrait se dessiner.
La commission des finances de l’Assemblée nationale vient d’adopter un amendement au projet de budget 2027 prévoyant 600 000 euros pour promouvoir le DAB+.
Cette somme pourrait notamment financer les campagnes de l’association Ensemble pour le DAB+.
Une bonne idée, mais qui rappelle étrangement l’année dernière.
Pour le budget 2026, la commission des affaires culturelles avait déjà approuvé une enveloppe identique, finalement écartée.
Cette fois, c’est la commission des finances qui a donné son accord, mais rien ne garantit que les crédits seront inscrits au budget définitif.
Pendant ce temps, deux propositions visant à augmenter les moyens du Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale, qui aide les radios associatives, n’ont pas été soutenues.
Un paradoxe, alors que ces radios doivent souvent financer simultanément leur diffusion FM et DAB+.
Pour développer la radio numérique terrestre, il ne suffit pas de multiplier les émetteurs.
Encore faut-il que les Français connaissent cette technologie et disposent des appareils nécessaires.
Alors, 600 000 euros pour promouvoir le DAB+, pourquoi pas ?
Mais cette aide sera-t-elle réellement accordée ?
Rien n’est moins certain.
Comme le dit une vieille formule, les promesses n’engagent que ceux qui les croient.
Et pour le moment, il ne s’agit même pas d’une promesse, simplement d’un amendement adopté en commission.
Finalement, cette histoire de France Musique nous enseigne peut-être quelque chose.
Il suffit qu’une radio disparaisse du poste FM de ses auditeurs et qu’on leur explique qu’ils peuvent continuer à l’écouter en DAB+ pour les pousser à découvrir cette technologie.
Le manque est peut-être la meilleure campagne de promotion.
Et si c’était justement l’effet recherché par la direction de Radio France, faire connaître le DAB+ le plus rapidement possible en provoquant ce manque ?
Rien ne permet d’affirmer que cette stratégie est délibérée.
Mais pour faire découvrir une nouvelle technologie, priver les auditeurs de leur ancien moyen d’écoute constitue une méthode pour le moins radicale.
Et celle-là ne coûte pas 600 000 euros et pour Radio France cela permet de faire de grosses économies.
