Une femme laisse la radio allumée pour son chien, son voisin finit par sonner, carnet à la main. Une anecdote de 20 Minutes qui pose une question vertigineuse. Et si la radio avait simplement oublié de compter ses auditeurs à quatre pattes, ses cambrioleurs et ses voisins malgré eux ?
La radio perd des auditeurs depuis des années. Les stations multiplient les études, changent leurs programmes et leurs animateurs pour séduire de nouveaux publics.
Et voilà que 20 Minutes vient peut-être de découvrir un formidable réservoir d’audience : les chiens.
Sur son site Minutes Maison, le quotidien raconte l’histoire d’une femme qui laisse sa radio allumée pour tenir compagnie à son chien pendant qu’elle travaille. Trois semaines plus tard, un voisin frappe à sa porte, carnet à la main. Il a soigneusement relevé les horaires des nuisances sonores.
L’histoire est invérifiable. Aucun nom, aucun lieu, aucun témoignage identifiable. Mais elle ouvre des perspectives intéressantes.
Combien de radios restent allumées toute la journée pour un chien ou un chat ? Et ces animaux sont-ils comptabilisés par Médiamétrie ? Évidemment non. Voilà peut-être une explication à la baisse des audiences.
Ces auditeurs présentent pourtant des avantages considérables. Ils sont fidèles, ne changent pas de station, ne critiquent jamais les animateurs et supportent les écrans publicitaires sans protester même si leur influence sur les achats du ménage reste à démontrer.
Pourquoi ne pas créer des radios spécialement pour eux ?
Radio France vient bien de lancer en DAB+ Mon petit France Inter, destinée aux enfants de 2 à 12 ans. Alors pourquoi pas RTL Toutou, France Inter Canin, NRJ Wouf ou France Musique pour les chiens mélomanes ?
Oui, je sais, un enfant n’est pas un animal. Mais une radio peut intéresser ou apaiser les uns comme les autres. Et dans les deux cas, ce sont généralement les parents ou les propriétaires qui choisissent le programme.
D’ailleurs, l’idée existe déjà.
DOGTV, une chaîne de télévision conçue pour les chiens, a été diffusée en France par Orange. En Nouvelle-Zélande, Pedigree avait même lancé K9FM, une radio pour chiens restés seuls. Des programmes apaisants, sans débats politiques ni informations anxiogènes. De quoi faire rêver certains auditeurs humains.
Reste à connaître les préférences de chaque race. Les labradors aiment-ils les Grosses Têtes ? Les caniches préfèrent-ils la musique classique ? Il faudrait lancer une grande étude qualitative, avec des participants rémunérés en croquettes.
Mais les animaux ne sont pas les seuls à écouter la radio sans l’avoir choisie. Le ministère de l’Intérieur conseille aussi de programmer une radio pendant les vacances pour simuler une présence et décourager les cambrioleurs.
Voilà une autre catégorie d’auditeurs potentiels : les voleurs. Un public peu recherché par les régies publicitaires, mais particulièrement attentif au moindre bruit. On pourrait même imaginer une station spécialisée diffusant régulièrement : « Chérie, tu peux aller ouvrir ? Je suis dans la cuisine ! »
Avec quelques aboiements pour rendre l’ensemble crédible.
Et puis il y a les voisins. Ceux qui écoutent la radio d’à côté à travers les murs, sans avoir choisi ni la station ni le volume. Des auditeurs captifs qui rêvent surtout de changer de fréquence. Ou de voisin.
Nous voilà donc avec quatre publics : les auditeurs volontaires, les animaux domestiques, les cambrioleurs potentiels et les voisins contraints.
De quoi relativiser les mauvais résultats d’audience.
Restent quelques difficultés pour Médiamétrie. Comment demander à un chien s’il préfère RTL ou France Inter ? Comment interroger un cambrioleur sans prévenir la police ?
Il faut toutefois rendre justice à l’institut. Son panel EAR Insights équipe 6 000 personnes d’une montre qui capte automatiquement des signaux inaudibles glissés dans le son des radios. Peu importe que l’on ait choisi la station ou non. La montre la repère au supermarché, au restaurant ou dans un taxi, et pourquoi pas à travers la cloison d’un appartement.
Le voisin panéliste serait donc compté comme un auditeur à part entière. Même s’il n’attend que la fin de l’émission pour retrouver le silence.
Une chose est certaine, la radio n’a peut-être pas perdu autant d’auditeurs qu’on le croit. Elle a simplement oublié de compter ceux qui n’ont rien demandé.
Dans l’histoire de 20 Minutes, le seul dont on soit certain qu’il écoute vraiment la radio, c’est le voisin.
Le chien, lui, n’a fait aucune déclaration. Il ne porte pas non plus de montre. Il attend sans doute la prochaine vague Médiamétrie.
Source de l’article 20 Minutes https://maison.20minutes.fr/mm153007-jai-laisse-la-radio-allumee-pour-mon-chien-en-partant-travailler-juste-pour-quil-se-sente-moins-seul-trois-semaines-plus-tard-cest-le-voisin-qui-a-frappe-a-ma-porte-avec-un-carnet-a-la-main/
