L’Arcom met Europe 1 en demeure pour des propos de Christine Kelly sur les migrants. Dans le même temps, CNews et Europe 1 diffusent les prénoms de personnes interpellées, laissant entendre un lien avec l’immigration. Deux affaires qui interrogent les pratiques éditoriales de ces médias.
À écouter certaines émissions de CNews et d’Europe 1, on pourrait finir par croire que l’origine supposée des délinquants est devenue une information aussi importante que les faits qui leur sont reprochés.
Deux affaires récentes illustrent cette dérive, avec une même interrogation : où s’arrête l’information et où commence la stigmatisation ?
Première affaire, Christine Kelly sur Europe 1.
Le 26 janvier dernier, évoquant le viol d’une femme âgée à Nice, dont le principal suspect était un Tunisien sous OQTF, la présentatrice déclarait : « On ne dit pas que tous les migrants sont des violeurs, mais beaucoup le sont, comme les chiffres le révèlent. »
Une affirmation particulièrement grave, qui transforme des faits criminels individuels en accusation visant une population entière.
Et quels chiffres permettent de soutenir une telle généralisation ?
Ce lundi 26 octobre, l’Arcom a rendu publique sa décision de mettre Europe 1 en demeure, estimant que ces propos étaient de nature à inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires. Le régulateur souligne également que personne sur le plateau n’a jugé nécessaire de les contredire.
Deuxième affaire, CNews, jeudi 22 octobre.
La chaîne révèle les prénoms de 24 personnes mises en cause dans le pillage d’un magasin Darty, place de la République à Paris, lors des violences du 17 octobre.
Pour cela, elle affirme s’appuyer sur un document de police confidentiel.
Une énumération qui laisse entendre que ces personnes auraient un lien avec l’immigration, sans apporter d’éléments permettant de le démontrer.
Le lendemain, Europe 1 reprend la séquence dans « L’Heure des pros », avec des commentaires évoquant les descendants de l’immigration.
Or, un prénom ne permet d’établir ni la nationalité ni l’origine familiale d’une personne. Rappelons aussi que les personnes interpellées ne sont pas nécessairement coupables des faits qui leur sont reprochés.
Bien entendu, il est parfaitement légitime de s’intéresser au profil des auteurs de violences, à leurs antécédents judiciaires ou à leur nationalité lorsque ces données sont vérifiées et pertinentes.
Mais suggérer une relation entre immigration et délinquance sur la seule base de prénoms relève davantage de l’insinuation que de l’information.
C’est ce qui rapproche les deux affaires.
Dans un cas, on généralise à partir d’un crime particulier.
Dans l’autre, on suggère une explication des violences à partir de l’origine supposée des personnes interpellées.
CNews et Europe 1 ont parfaitement le droit de traiter de l’immigration, de la délinquance et des problèmes de sécurité.
Ces sujets méritent des enquêtes approfondies, des données sérieuses et des débats contradictoires.
Mais informer ne consiste pas à sélectionner quelques faits pour laisser le public tirer une conclusion qui n’est pas démontrée.
Quant à l’Arcom, sa mise en demeure d’Europe 1 rappelle que les obligations des médias concernent aussi la maîtrise de l’antenne et les généralisations susceptibles d’encourager la discrimination.
Reste une question : combien de séquences de ce type faudra-t-il encore avant que la rigueur journalistique reprenne le dessus sur la recherche de l’effet politique ?
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