Après des années d’expérimentations, TDF poursuit le déploiement de la 5G Broadcast, qui permet de regarder gratuitement la télévision sur smartphone sans Internet. Mais sans l’engagement des fabricants et des géants du numérique, cette technologie risque de ne jamais atteindre le grand public. Un paradoxe supplémentaire pour un opérateur dont les actionnaires préparent la cession des activités de diffusion.
Regarder gratuitement la télévision sur son smartphone, sans connexion Internet, sans carte SIM et sans consommer son forfait mobile.
Une idée séduisante, non ? Elle porte un nom, la 5G Broadcast. Cela fait des années qu’on nous explique qu’elle représente l’avenir de la télévision.
TDF vient d’annoncer l’ouverture de deux nouvelles zones de diffusion, à Nantes et Vannes, après Paris, Reims, Bourges et Le Havre.
Encore des essais. Toujours des essais. Pourtant, la technologie fonctionne.
Le principe est celui de la TNT : un émetteur diffuse les mêmes programmes à tous les récepteurs compatibles, sans multiplier les connexions individuelles.
Avec de sérieux avantages. Une télévision gratuite, indépendante des abonnements mobiles et capable de continuer à fonctionner même lorsque les réseaux Internet sont saturés, à condition de disposer d’une couverture adaptée.
En période de crise, ce moyen supplémentaire de recevoir de l’information pourrait être précieux.
La radio pourrait également en bénéficier.
Alors pourquoi en sommes-nous toujours aux expérimentations ? Un rapport européen publié en 2026 recense 24 essais dans 18 pays entre 2017 et 2025. Il constate que les acteurs de la diffusion doutent presque unanimement de la viabilité économique du système car le problème n’est plus vraiment technique. Il est industriel et commercial.
Pour recevoir la 5G Broadcast, il faut un smartphone compatible. Or, à de rares exceptions près, les appareils commercialisés ne proposent pas cette fonction et les géants de l’écosystème mobile n’ont pas d’intérêt économique évident à favoriser une télévision qui pourrait se passer d’Internet et de leurs applications.
Pourquoi Apple et Google se précipiteraient-ils pour encourager une technologie réduisant leur rôle d’intermédiaires ? Rien ne prouve qu’ils cherchent à la bloquer mais sans leur participation et celle des fabricants, impossible de toucher le grand public.
Reste une solution : la réglementation.
L’Europe pourrait imposer la compatibilité des smartphones, mais une telle décision paraît encore bien hypothétique.
Alors pourquoi TDF continue-t-il à multiplier les expérimentations ? Parce que l’entreprise joue aussi son avenir. Son métier historique, c’est la diffusion hertzienne. La 5G Broadcast pourrait lui permettre de conserver une place importante dans un univers audiovisuel dominé par Internet.
Mais il y a un autre paradoxe.
Selon Les Échos, les actionnaires de TDF discutent de la vente de ses activités de diffusion de télévision et de radio au fonds Vauban Infrastructure Partners.
Le 9 octobre, la Filière audiovisuelle a publiquement accusé TDF de chercher à maximiser sa rentabilité avant cette cession, notamment par une forte augmentation de ses tarifs. Une accusation que l’on doit attribuer aux chaînes, mais qui éclaire les tensions autour de l’avenir de l’opérateur.
Dans ces conditions, les expérimentations de 5G Broadcast peuvent aussi contribuer à présenter la diffusion hertzienne comme un métier d’avenir.
De quoi éventuellement séduire un acquéreur. Même si rien ne prouve que les essais poursuivent cet objectif. Entre valoriser une perspective technologique et construire un marché rentable, il reste une sacrée différence.
La question de fond demeure.
Faut-il accepter que l’accès à la télévision sur smartphone dépende entièrement d’Internet, des opérateurs télécoms et des grandes plateformes ? Ou préserver un système de diffusion gratuit et indépendant, comme nous l’avons fait pendant des décennies avec la télévision hertzienne ?
La 5G Broadcast apporte une réponse intéressante mais son avenir dépend largement d’entreprises qui n’ont guère de raisons économiques de favoriser son développement.
Sans intervention des pouvoirs publics, nous risquons fort de nous en passer. Non pas parce que cette technologie est inutile mais parce que ceux qui détiennent les clés de son avenir n’ont aucune raison de se presser.
Et pendant ce temps, TDF continue de tester.
En attendant les smartphones, les clients… et peut-être un nouveau propriétaire.
Image Télé Satellite
