Vous allez encore au cinéma ? Pour le CNC, qui vient de publier une enquête sur le sujet, la réponse est oui. Dans les faits, c’est plus complexe. Pour résumer, nous allons tous encore au cinéma, mais moins souvent qu’avant, et rarement seuls.
En 2026, 80,8 % des spectateurs y sont allés accompagnés, en couple, entre amis et de plus en plus en famille, 33,8 % contre 24,3 % avant le Covid. Il suffisait de voir les files d’attente devant «Marsupilami», plus de 6 millions d’entrées, pour comprendre que les parents n’avaient pas vraiment eu le choix.
Petit détail tout de même, cette enquête interroge des gens qui sortent d’une salle. Demandez à des spectateurs s’ils aiment le cinéma, la réponse est rarement décevante.
Pour savoir si les Français y vont vraiment, mieux vaut compter les billets. 213 millions d’entrées en 2019, 181 millions en 2024, 156 millions en 2025. La chute s’accélère.
Il y a pourtant un côté positif. L’an dernier, 40,9 millions de Français sont encore allés au moins une fois à peine 2 millions de moins qu’avant le Covid. Le public est toujours là. Il vient simplement moins souvent, et près des trois quarts n’y vont plus qu’occasionnellement. On aime le cinéma, mais pour les grandes occasions.
2026, heureusement, sauve l’honneur. Depuis janvier, la fréquentation bondit de 28,5 % et le mois d’août a été le meilleur depuis 1980. Le président de Pathé Films, Ardavan Safaee, en donne l’explication dans La Tribune Dimanche. Tout dépend des films proposés. En 2025, Hollywood avait fait défaut. Cette année, les Américains sont revenus, et les Français avec eux.
Cet été, 6 millions de spectateurs ont répondu à l’appel du général de Gaulle, en deux films de plus de deux heures et demie. L’appel a pourtant bien failli rester sans réponse. Face au démarrage décevant du premier volet, Pathé a avancé d’une semaine la sortie du second, pour profiter de la Fête du cinéma et de ses places à 5 euros. Le Général sauvé par le tarif réduit, voilà une page d’histoire inattendue. Résultat, le public est revenu une seconde fois, ce que peu de films obtiennent encore.
Puis les spectateurs ont embarqué avec Ulysse dans «L’Odyssée» de Christopher Nolan, en IMAX évidemment. Merci de Gaulle, merci Ulysse, et merci la canicule. Les salles climatisées n’avaient jamais été aussi cinéphiles.
Pour le patron de Pathé Films, le cinéma reste « un média culturel dominant », capable de créer de véritables événements de société. Tout est dit, ou presque. On ne va plus au cinéma par habitude. On attend le film à voir absolument sur grand écran, et entre deux, on reste fidèle à son canapé.
Le cinéma a au moins échappé au sort du DVD. La vidéo physique pesait plus de 2 milliards d’euros il y a vingt ans, à peine 150 millions aujourd’hui. Et ce n’est pas la vente en ligne qui compensera.
Pour décoller le public du canapé, les exploitants ont sorti le grand jeu. Adieu les écrans timbre-poste, les fauteuils défoncés et le son de transistor. Au Pathé Île Seguin, ouvert cet été à Boulogne-Billancourt, projection laser dans les huit salles, IMAX, Dolby Atmos, fauteuils inclinables et pop-corn en douze variétés. On ne vend plus un film, on vend une soirée.
Et une soirée, ça se paie. La séance IMAX revient à 27,70 euros au plein tarif, 55,40 euros pour un couple, avant le premier seau de pop-corn. Et pour suivre le Général jusqu’à la Libération, il faut deux billets. La France libre, oui, la France gratuite, non. Bien sûr, les cartes d’abonnement allègent la note. Encore faut-il y aller souvent pour les rentabiliser.
C’est tout le paradoxe. Plus la salle devient spectaculaire, plus la sortie devient exceptionnelle. Le grand écran ressemble désormais au restaurant gastronomique. On en garde un excellent souvenir, et on attend une bonne raison pour y retourner.
Justement, à deux pas du Pathé Île Seguin, ouvre le 1er octobre Bouillon sur Seine, un de ces bouillons parisiens où l’on dîne à petit prix. 570 couverts, plus du double de la grande salle IMAX. Le cinéma se rêve en table étoilée, son voisin mise sur l’assiette à prix doux. Reste à savoir lequel affichera complet le samedi soir.
Mais quand même, le cinéma reste l’un des rares endroits où l’on accepte de payer pour éteindre son téléphone pendant deux heures, ensemble, dans le noir. Rien que pour ça, il mérite qu’on y retourne. Et pas seulement pour les grandes occasions.
