CMA Média veut céder ses neuf BFM Locales, héritage de la stratégie lancée sous Alain Weill.
Derrière les rumeurs de repreneurs, de Nice-Matin à Valeurs actuelles, une question demeure : comment rentabiliser des médias locaux déjà gérés à l’économie, alors que même les radios régionales doivent se regrouper pour tenir ?
Mise à jour le 30 septembre : Finalement CMA Media ne vend pas mais ferme BFM Normandie et BFM DICI
CMA Média veut se séparer de ses neuf chaînes régionales BFM. Au départ, une vente à la découpe semblait privilégiée. Nice-Matin, contrôlé par Xavier Niel, s’est ainsi intéressé à BFM Nice Côte d’Azur, tandis que Christophe Schalk a regardé le dossier alsacien.
Mais CMA Média privilégierait désormais une cession groupée des neuf chaînes. Et forcément, cela change le profil des candidats.
C’est là que commencent les rumeurs.
Des bruits évoquent des contacts avec TF1 pour renforcer LCI. Rien n’est confirmé à ce stade. Mais dans ce genre de dossier, les rumeurs permettent souvent de voir qui regarde, qui s’informe et qui pourrait éventuellement entrer dans le jeu.
Autre élément important : Aktua Presse perd la correspondance régionale qu’elle assurait pour BFMTV.
Dans le même temps, certains journalistes des BFM Locales pourraient être sollicités pour continuer à alimenter directement BFMTV.
Autrement dit, CMA Média peut vendre les chaînes locales tout en conservant un réseau de correspondants en région.
Le vrai problème reste économique. Les BFM Locales ne fonctionnent pourtant pas avec des moyens démesurés. Les équipes sont réduites, les journalistes très polyvalents, les coûts serrés et les mutualisations nombreuses.
Il y a aussi beaucoup de débrouille. Le modèle était justement conçu pour être léger. Et malgré cela, il n’a pas trouvé son équilibre.
BFM Paris Île-de-France, qui avait servi de laboratoire, a d’ailleurs déjà fermé en mars 2025. C’était un avertissement.
Si le modèle n’a pas tenu à Paris, avec son bassin de population et son marché publicitaire, la fragilité des autres antennes ne pouvait pas vraiment surprendre.
Derrière cette histoire, il y a aussi l’héritage Alain Weill, le fondateur de BFM
C’est sous son impulsion que BFM Paris a été lancée en 2016, avant le développement progressif du réseau local. L’idée était simple : appliquer aux régions les recettes de BFMTV, avec beaucoup de direct, des équipes légères et des coûts maîtrisés.
Dix ans plus tard, le constat est plus sévère. Même avec une marque forte et une économie déjà très encadrée, la télévision locale reste difficile à rentabiliser.
Les recettes publicitaires sont limitées et une part croissante des budgets locaux part vers Google, Meta et les plateformes numériques.
Le futur repreneur devra donc probablement faire autre chose. Plus de numérique, plus de mutualisation, peut-être davantage de contenus communs entre les régions.
La vraie question n’est donc pas seulement de savoir qui rachètera les BFM Locales. C’est de savoir quel modèle permettra encore de faire vivre demain une télévision locale.
Et la radio locale dans tout cela ? Elle résiste mieux que la télévision, notamment parce qu’elle coûte moins cher à produire. Mais son équilibre reste fragile.
Les radios associatives dépendent encore largement des aides publiques et doivent régulièrement se battre pour préserver leurs financements.
Les radios commerciales, elles, voient aussi leurs recettes publicitaires se réduire. Résultat : les regroupements deviennent souvent la seule manière de tenir.
Le groupe belge Rossel l’a bien compris en rachetant plusieurs radios régionales françaises et en mutualisant régies, moyens techniques et fonctions administratives.
Les Belges feraient-ils mieux que les Français ?
Pas vraiment.
Ils appliquent surtout une logique devenue presque incontournable dans les médias locaux : pour continuer à exister, il faut souvent rester local à l’antenne, mais devenir beaucoup plus gros dans les coulisses.
Et c’est pareil du coté des journaux.
