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Il n’y a pas que les chèques qui comptent
Expulsée de France, Xenia Fedorova devait revenir sur CNews en visio. Laurent Nuñez vient de prévenir l’Arcom que même gratuite, une intervention pourrait violer le gel de ses avoirs. En cause, la valeur d’un créneau d’antenne.
Xenia Fedorova a été expulsée de France.
CNews avait trouvé la parade.
Puisqu’elle n’est plus sur le territoire, elle parlera depuis l’étranger.
Une caméra.
Une connexion.
Un duplex.
Et le tour est joué.
C’est ce qu’annonçait Gauthier Le Bret le 2 septembre, en assurant que les services juridiques de Canal+ avaient examiné l’arrêté d’expulsion et qu’il n’interdisait pas une intervention à distance.
Sauf que Laurent Nuñez a répondu.
Et il sait de quoi il parle.
Avant d’arriver place Beauvau en octobre 2025, il a dirigé la DGSI, le renseignement intérieur, coordonné le renseignement à l’Élysée, puis dirigé la préfecture de police de Paris.
Un homme du renseignement.
Qui traite ce dossier comme un dossier d’ingérence.
Le 9 septembre, il adresse un signalement au président de l’Arcom, Martin Ajdari.
Son argument ne porte pas sur l’expulsion.
Il porte sur le gel des avoirs et des ressources économiques de la chroniqueuse, prononcé le 30 juillet.
Et pour Beauvau, même une intervention gratuite pourrait poser problème.
Pourquoi ?
Parce que CNews lui fournirait deux choses.
Un créneau d’antenne sur fréquence hertzienne.
Et des moyens techniques de production.
Une caméra, un duplex, une réalisation, une exposition nationale.
Tout cela a un coût.
Et surtout, tout cela a une valeur.
On ne serait donc plus seulement dans la libre expression.
On serait aussi dans la mise à disposition.
Autrement dit, même sans chèque, il pourrait y avoir avantage.
Cela fait penser, toutes proportions gardées, au droit des sociétés.
Quand on crée une société, il y a les apports en numéraire, l’argent.
Et les apports en industrie, le savoir-faire, le travail, les compétences.
Ce n’est évidemment pas la même chose juridiquement, et la comparaison s’arrête là.
Mais le principe est le même.
Tout ce qui a de la valeur ne se verse pas en euros.
La question n’est donc plus de savoir si Xenia Fedorova est payée.
Elle est de savoir si une tribune télévisée régulière est déjà, en soi, une ressource mise à sa disposition.
Nuñez semble penser que oui.
Il parle de « contournement » des mesures prises par l’État.
Et de « facilitation » des actions d’ingérence reprochées à la chroniqueuse.
Attention toutefois.
Ce n’est que l’analyse d’un ministre.
Un créneau d’antenne n’est pas automatiquement une ressource économique au sens juridique.
Ce serait à la justice, si elle était saisie, de le dire.
Reste une question beaucoup plus simple.
Xenia Fedorova a signé un contrat avec Canal+ en avril 2024, un contrat à durée indéterminée.
Le Monde a demandé au directeur général de CNews, Serge Nedjar, si elle était toujours rémunérée.
Silence.
Et là, le débat cesse d’être théorique.
Si le salaire tombe encore, on ne discute plus de la valeur d’un passage à l’antenne.
On parle d’argent.
CNews croyait avoir réglé la question avec une webcam.
Beauvau lui répond qu’une caméra, un créneau et une exposition régulière, ça vaut quelque chose aussi.
Bref, il n’y a pas que les chèques qui comptent.
