Les frontières entre télévision traditionnelle et plateformes de streaming continuent de s’effacer. Après avoir installé l’intégralité de M6+ dans Prime Video, le groupe M6 conclut un accord pluriannuel de distribution avec Disney+. Cette fois, il ne s’agit toutefois pas de reprendre ses chaînes ou l’ensemble de son catalogue, mais de proposer quatre programmes soigneusement sélectionnés.
À partir du 25 septembre, les abonnés pourront regarder Scènes de ménages et En famille. Au début de 2027, Mariés au premier regard et The Power : Qui a le pouvoir ? rejoindront à leur tour la plateforme. Les deux premiers programmes sont produits par Kabo Studio, société extérieure à M6, tandis que les deux autres sont produits par Studio 89, filiale du groupe.
Selon les précisions apportées par M6, 599 épisodes seront progressivement mis en ligne. L’accord portera sur d’anciennes saisons, mais également sur de nouveaux épisodes proposés au même rythme que sur M6+. Pour certains programmes, Disney+ pourra même les diffuser sept jours avant leur passage à la télévision.
L’accord reste beaucoup plus limité que celui conclu en janvier 2026 avec Prime Video. Amazon accueille l’ensemble de M6+, soit plus de 30 000 heures de programmes, ainsi que les chaînes gratuites M6, W9, 6ter et Gulli en direct ou à la demande. Disney+ ne reçoit, pour l’instant, que quatre programmes.
Cette différence traduit deux stratégies. Prime Video veut agréger des offres complètes pour devenir une porte d’entrée vers la télévision. Disney+ préfère encore sélectionner des contenus susceptibles de compléter son catalogue et d’attirer de nouveaux publics.
Pour M6, l’enjeu est surtout de rajeunir son audience. Selon les chiffres cités par Les Échos, les chaînes généralistes françaises réunissent désormais des téléspectateurs dont l’âge moyen dépasse 50 ans, tandis que celui du public de Disney+ en France serait de 32 ans. L’écart explique à lui seul l’intérêt de ce rapprochement.
« Notre mission est de créer des contenus qui seront visibles par tous les publics », explique David Larramendy, président du directoire du groupe M6. Après Prime Video, Disney+ devient donc la deuxième grande plateforme payante à distribuer directement une partie de ses programmes en 2026.
Aucun calendrier n’est annoncé au-delà des quatre titres déjà retenus. David Larramendy a cependant indiqué que l’ambition du groupe était d’enrichir l’accord dans les prochains mois. Sa durée exacte n’a pas été rendue publique.
Disney multiplie désormais ce type d’alliance en Europe. Au Royaume-Uni, Disney+ et ITVX proposent depuis juillet 2025 une sélection régulièrement renouvelée de leurs programmes respectifs. En Allemagne, en Autriche et en Suisse, un accord avec ZDF Studios porte sur plus de 3 000 épisodes et films allemands. En Espagne, Disney+ accueille également des programmes d’Atresmedia et de sa plateforme Atresplayer.
La plateforme américaine ne se contente d’ailleurs plus des films et séries de son propre univers. En France, elle diffuse la chaîne L’Équipe en direct depuis juin 2026. Elle a également acquis, avec DAZN, les droits de l’intégralité de la Liga espagnole pour trois saisons, de 2026-2027 à 2028-2029.
Le rapprochement entre chaînes et plateformes est désormais général. Depuis juin 2026, Netflix accueille les cinq chaînes en direct de TF1 ainsi que plus de 35 000 heures de contenus provenant de TF1+. France Télévisions est pour sa part présente dans Prime Video depuis juillet 2025.
Les chaînes françaises ne considèrent donc plus Netflix, Disney+ ou Prime Video comme de simples concurrentes. Elles les utilisent aussi comme de nouveaux distributeurs capables de remettre leurs programmes sous les yeux de publics qui ne fréquentent plus spontanément leurs chaînes ou leurs propres plateformes.
Pour les géants du streaming, l’opération est également avantageuse. Les programmes des groupes nationaux leur apportent des contenus familiers, renouvelés en permanence et déjà financés, sans devoir investir systématiquement des dizaines de millions d’euros dans de nouvelles productions.
Mais cette stratégie comporte un risque. François Godard, consultant spécialisé dans les stratégies de contenus, souligne que la distribution sur les grandes plateformes peut aider les chaînes à reconquérir les jeunes publics, tout en créant à long terme une dépendance stratégique. Plus Netflix, Disney+ et Prime Video deviendront les portes d’entrée de la télévision, plus les groupes français risqueront de perdre la maîtrise de la relation directe avec leur audience.
M6 avance donc avec pragmatisme, mais aussi avec prudence. Prime Video accueille toute la maison M6+. Disney+ n’en reçoit encore que quatre meubles particulièrement populaires. Reste à savoir si cette présence limitée constituera une simple vitrine ou le début d’une installation beaucoup plus durable.
