Sibyle Veil ne recule pas. Malgré la contestation interne et le préavis de grève des 13 et 14 septembre, la présidente de Radio France maintient Charles Sapin à l’éditorial politique du dimanche de France Inter.
Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde, elle fixe une ligne claire : un journaliste doit être jugé sur ce qu’il dit et fait lui-même, pas sur le seul média auquel il appartient.
Charles Sapin est directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, hebdomadaire très marqué à droite et régulièrement hostile à l’audiovisuel public. Mais Sibyle Veil souligne que le journaliste n’a, lui, aucun dérapage personnel à son actif.
« Nous ne sommes pas là pour faire la police de la pensée », explique-t-elle.
Pour justifier son choix, la patronne de Radio France rappelle que France Inter accueille des intervenants venus d’horizons très différents, d’Alternatives économiques au Figaro Magazine, en passant par Libération ou la Fondation Jean-Jaurès.
Son raisonnement tient en une idée : le service public ne peut pas écarter quelqu’un au seul motif de son appartenance éditoriale ou de ses opinions supposées.
C’est aussi pourquoi le parallèle avec Thomas Legrand ne tient pas vraiment.
Thomas Legrand n’a pas été écarté parce qu’il travaille à Libération. Il l’a été après la diffusion de propos tenus lors d’une conversation avec des responsables politiques, propos que la direction de Radio France a jugés suffisamment problématiques pour créer une impression de proximité excessive entre journalistes et responsables politiques.
Charles Sapin, lui, n’est mis en cause pour aucun comportement comparable.
L’un a donc été sanctionné à partir de ses propres propos. L’autre est contesté essentiellement en raison du journal auquel il appartient.
C’est là que se situe le point de rupture avec une partie des salariés de Radio France. Pour eux, la ligne éditoriale de Valeurs actuelles suffit à rendre sa présence problématique dans un éditorial politique de France Inter. Sibyle Veil refuse ce raisonnement.
Elle choisit donc l’affrontement plutôt que le retrait.
À l’approche de la présidentielle, la présidente de Radio France semble vouloir poser une règle simple : pas de bannissement par étiquette, mais une exigence sur les comportements et les propos tenus à l’antenne.
Sur Charles Sapin, Sibyle Veil est clairement droit dans ses bottes.
