Pour couvrir la campagne présidentielle, RTL promet de privilégier les faits, les entretiens suffisamment longs et la confrontation des points de vue. La station ne veut plus installer durablement à l’antenne des éditorialistes fortement engagés et présente son partenariat avec Ouest-France comme le symbole de cette ligne.
« Ne pas cliver. » C’est le principe de base revendiqué par RTL pour traverser l’année présidentielle. Dans un paysage médiatique de plus en plus polarisé, la station veut être, selon la formule de Jonathan Curiel, « le lieu du débat et non pas un acteur du débat ».
RTL ne cherche donc pas à adopter une ligne politique identifiable ni à organiser son antenne autour de personnalités chargées de la défendre. La direction préfère mettre en avant l’honnêteté de l’information, la vérification des faits et la confrontation entre plusieurs lectures d’un même sujet.
Cette volonté passe également par la manière de conduire les entretiens. RTL promet de laisser les invités développer leurs réponses, sans les interrompre toutes les quelques secondes. Les journalistes resteront exigeants, mais la station ne veut pas transformer les interviews en affrontements permanents destinés à produire des séquences virales. L’objectif affiché est d’informer sans rendre l’écoute « énervante ».
La grille ne prévoit plus non plus de confier une chronique régulière à une personnalité aussi politiquement marquée qu’Éric Zemmour avait pu l’être autrefois sur RTL. La direction n’exclut pas pour autant les journalistes, intellectuels ou responsables défendant des opinions affirmées. Ils pourront intervenir, mais dans des débats organisés autour d’un sujet précis, avec une contradiction clairement identifiable.
Robert Ménard, par exemple, peut être interrogé en tant que maire de Béziers ou responsable politique. Il n’a cependant pas vocation à devenir un chroniqueur permanent. Lorsqu’il avait participé régulièrement à l’antenne, il intervenait d’ailleurs dans un face-à-face avec Isabelle Saporta, et non seul pour délivrer un éditorial.
RTL refuse ainsi le pluralisme de façade qui consisterait à juxtaposer des personnalités radicales recrutées pour leur couleur politique. La station affirme rechercher d’abord des intervenants « rigoureux et honnêtes », puis organiser la diversité des points de vue dans ses émissions.
Le nouveau partenariat du Grand Jury avec Ouest-France doit incarner cette orientation. Après la fin de l’accord avec Le Figaro, RTL dit avoir reçu plusieurs propositions de grands titres de presse. Son choix s’est porté sur un quotidien basé en région, historiquement implanté dans l’Ouest et généralement moins perçu comme politiquement marqué qu’un journal national d’opinion.
Ouest-France doit aussi renforcer la dimension territoriale du Grand Jury. L’émission, toujours présentée le dimanche de 12 h à 13 h par Olivier Bost, intégrera des questions de lecteurs et des séquences réalisées sur le terrain. RTL veut rapprocher l’entretien politique des préoccupations concrètes des Français, au-delà des stratégies d’appareil et des controverses parisiennes.
Le reste du dispositif est déjà en place. Le Journal de campagne d’Agnès Bonfillon suit chaque soir les candidats, les programmes et la vie des partis. La Preuve par 3 examine la faisabilité d’une proposition avec plusieurs intervenants. Anne-Sophie Lapix anime ensuite un face-à-face entre deux personnalités choisies en fonction du sujet. La matinale accorde davantage de place aux invités politiques, tandis qu’Élysée 2027 et Le Grand Jury doivent permettre d’aller plus longuement sur le fond.
RTL aborde donc la présidentielle avec une promesse simple : faire entendre les différentes forces politiques sans devenir elle-même une radio militante. La campagne sera très présente à l’antenne, mais la station entend laisser le clivage aux candidats.
