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Franceinfo fête ses dix ans et, pour son anniversaire, la CFDT de France Télévisions a trouvé une manière assez piquante de parler d’économies.
Selon le syndicat, les heures consacrées au maquillage sont réduites à cette rentrée. Certains journalistes devraient désormais se maquiller eux-mêmes et les invités ne passeraient plus systématiquement entre les mains des professionnels.
Une histoire de poudre qui pourrait sembler parfaitement anecdotique.
Sauf qu’avec franceinfo, la poudre aux yeux pourrait presque servir de fil rouge historique.
Car cette chaîne aurait pu exister quatorze ans plus tôt.
Au début des années 2000, France Télévisions travaille très sérieusement à la création d’une chaîne publique d’information en continu destinée à la future TNT.
Paul Nahon et Bernard Benyamin, les créateurs d’« Envoyé spécial », planchent sur le projet. Le cahier des charges est approuvé en mai 2002 et la chaîne doit commencer à émettre dès le mois de septembre.
Puis le pouvoir change.
Le nouveau gouvernement arrête le projet.
L’argument avancé est notamment économique : l’arrivée d’une chaîne publique gratuite risquerait de fragiliser les chaînes privées d’information déjà présentes.
Le rapport Michel Boyon estime alors que la chaîne publique appelle des réserves en raison précisément de cette concurrence privée.
Et le contexte est important.
LCI, créée par TF1 en 1994, a longtemps été la référence de l’information télévisée en continu en France. i>Télé existe également depuis 1999, mais toutes deux sont alors payantes.
Le Monde, revenant sur cette histoire en 2016, résumera ainsi les choses : officiellement, le projet de France Télévisions avait été abandonné pour son coût ; officieusement, il s’agissait de protéger LCI d’une nouvelle concurrence.
À l’époque, l’un des deux journalistes qui travaillaient sur ce projet, Bernard Benyamin ou Paul Nahon, nous avait d’ailleurs expliqué que la chaîne avait été bloquée politiquement et évoqué le poids de TF1.
Ce témoignage ne permet évidemment pas d’affirmer que TF1 aurait directement obtenu la suppression du projet.
Mais il correspond assez bien au climat de l’époque.
D’autant que la France va ensuite considérer qu’une chaîne publique d’information est finalement une excellente idée.
À condition qu’elle s’adresse à l’étranger.
France 24 est créée quelques années plus tard pour porter la voix de la France dans le monde.
Et ironie supplémentaire, son capital est à l’origine partagé entre France Télévisions et TF1.
Une chaîne publique d’information pour l’international, donc.
Mais toujours pas de chaîne publique gratuite d’information pour les Français.
Pendant ce temps, le marché avance sans attendre le service public.
En 2005, la TNT gratuite est lancée.
BFM TV arrive directement en clair.
i>Télé devient elle aussi gratuite.
Et ces deux chaînes disposent alors d’un avantage considérable : elles occupent seules le terrain de l’information continue gratuite.
LCI, de son côté, restera payante jusqu’en 2016.
Lorsque franceinfo arrive enfin sur la TNT, le 1er septembre 2016, elle débarque donc avec quatorze années de retard sur son propre projet.
BFM TV est devenue un réflexe pour des millions de téléspectateurs.
i>Télé occupe le terrain depuis des années.
LCI vient précisément d’être autorisée à passer en clair.
Et franceinfo est envoyée sur le canal 27, loin derrière ses concurrentes dans la numérotation.
On avait passé quinze ans à craindre qu’une chaîne publique concurrence les chaînes privées.
Puis on lui demandait soudain de concurrencer des chaînes privées auxquelles on avait laissé quinze ans pour s’installer.
Dix ans plus tard, franceinfo cherche toujours sa place.
Son passage sur le canal 16 en 2025 a amélioré sa visibilité et ses audiences ont progressé, mais elle reste loin derrière les principales chaînes privées d’information.
Et surtout, son anniversaire arrive dans un contexte autrement plus sérieux que celui du fond de teint.
France Télévisions avait adopté pour 2026 un budget prévoyant 140 millions d’euros d’efforts. Après une nouvelle baisse des ressources publiques, le groupe parle désormais de plus de 150 millions d’euros d’économies.
Suppressions de postes, baisse du coût des programmes, réduction des investissements, économies de fonctionnement : cette fois, il ne s’agit plus de quelques coups de pinceau.
Au printemps, Delphine Ernotte a même présenté plusieurs scénarios radicaux pour l’avenir du groupe.
L’un d’eux envisageait un France Télévisions recentré beaucoup plus fortement sur l’information et une fusion de France 3 avec franceinfo.
Quelques semaines plus tard, des sénateurs ont proposé une autre formule : faire de franceinfo le « vaisseau amiral » de l’information publique, mais en l’installant sur le canal de France 3 et en faisant, au passage, l’économie d’une chaîne linéaire.
Aucune de ces hypothèses n’est aujourd’hui décidée.
Mais elles disent quelque chose.
En 2002, franceinfo n’a pas vu le jour parce qu’on estimait qu’une chaîne publique d’information risquait de prendre trop de place.
En 2016, elle est finalement arrivée lorsque toute la place était déjà prise.
Et en 2026, au moment de souffler ses dix bougies, la question n’est peut-être déjà plus seulement de savoir comment elle va se maquiller.
La vraie question est de savoir sous quelle forme elle soufflera les onze prochaines.
