À France Inter comme à RTL, les journalistes qui présentaient le grand journal de 8 heures ont finalement hérité de la direction de la matinale. Pour Florence Paracuellos, la greffe a pris. Céline Landreau doit maintenant réussir le même pari sur RTL.
Il existe parfois des évolutions parallèles dans les médias.
À France Inter comme à RTL, les directions ont finalement confié leur rendez-vous le plus stratégique à des journalistes déjà bien connues des auditeurs : les présentatrices du journal de 8 heures.
Sur France Inter, Florence Paracuellos avait incarné ce journal pendant sept ans, de 2018 à 2025. Elle avait ensuite demandé à quitter la matinale et pris la présentation du 19 heures, pensant retrouver un rythme de vie plus raisonnable.
L’expérience n’aura duré qu’un mois et demi.
Lorsque Nicolas Demorand a dû s’arrêter pour raisons de santé à la mi-octobre 2025, Florence Paracuellos a été rappelée pour prendre les commandes du 7 h-9 h. Ce qui devait être un remplacement provisoire s’est progressivement transformé en installation durable.
À la rentrée 2026, elle est devenue la titulaire de la matinale.
À ses côtés, Benjamin Duhamel mène seul l’interview politique de 7 h 50, puis ils conduisent ensemble le Grand entretien de 8 h 20.
Leur complémentarité repose sur deux profils assez différents.
Benjamin Duhamel, arrivé de BFMTV en 2025, apporte sa connaissance de la vie politique, ses contacts et une pratique offensive de l’interview. Florence Paracuellos possède un parcours plus généraliste, construit dans le reportage, la présentation des journaux et le traitement des sujets de société.
Elle tient le fil de l’émission, accueille les invités et remet régulièrement les débats politiques en perspective. Lui cherche davantage la contradiction et tente d’empêcher les responsables politiques de dérouler tranquillement leurs éléments de langage.
Le duo veut désormais faire de France Inter l’un des lieux centraux de la campagne présidentielle de 2027.
Benjamin Duhamel assume même l’objectif de voir la campagne se dérouler sur l’antenne de France Inter. La formule est ambitieuse, peut-être même un peu excessive pour une radio du service public qui ne peut évidemment prétendre concentrer à elle seule le débat démocratique.
Mais France Inter dispose d’une force de frappe considérable.
Selon les chiffres publiés par Radio France à partir des données de Médiamétrie, la Grande Matinale a réuni 4,716 millions d’auditeurs en moyenne sur l’ensemble de la saison 2025-2026. Lors de la vague novembre-décembre 2025, elle avait même dépassé le seuil symbolique des cinq millions, avec 5,271 millions d’auditeurs.
Le succès de Florence Paracuellos est toutefois d’abord celui de son installation. La matinale est restée très largement en tête et la journaliste a convaincu sa direction comme une grande partie des auditeurs. Cela ne signifie pas que son arrivée a provoqué une hausse mécanique : sur la vague novembre-décembre 2025, la tranche 7 h-9 h avait légèrement reculé sur un an en nombre moyen d’auditeurs.
Mais Florence Paracuellos a réussi l’essentiel : passer du rôle de remplaçante à celui de titulaire sans déstabiliser le principal rendez-vous de la première radio de France.
Benjamin Duhamel va parallèlement occuper une place croissante dans le dispositif présidentiel du service public. Il présente depuis le 30 août Franc-jeu, diffusé chaque dimanche à 13 h 20 sur France 2 et France Inter. Il participera également à la nouvelle version de L’Heure de vérité, présentée en première partie de soirée sur France 2 par Caroline Roux.
Et c’est ici que le parallèle avec RTL devient intéressant.
La station du groupe M6 a fait presque exactement le même choix en confiant sa matinale à Céline Landreau.
Journaliste maison depuis 2013, passée par le reportage et le service politique, elle présentait le journal de 8 heures durant la saison 2025-2026. Elle avait également remplacé Thomas Sotto pendant ses absences, avant de lui succéder définitivement le 24 août à la tête de RTL Matin, de 7 heures à 9 h 30.
Deux grandes radios ont donc choisi de promouvoir une voix interne, familière des auditeurs, plutôt que d’aller chercher une nouvelle vedette de télévision.
Ce choix traduit peut-être un changement de philosophie.
Présenter le journal de 8 heures exige de maîtriser le direct, de hiérarchiser rapidement l’information, de savoir relancer un correspondant et d’assumer la responsabilité éditoriale du principal rendez-vous d’information de la journée. Ce sont précisément les qualités nécessaires pour diriger une matinale.
Céline Landreau promet, elle aussi, de traiter la campagne présidentielle à hauteur d’auditeur, en expliquant les conséquences concrètes des programmes et en évitant autant que possible les petites polémiques et les joutes politiciennes.
Sur France Inter, le pari Paracuellos a fonctionné.
Sur RTL, celui de Céline Landreau reste à confirmer. La station doit enrayer plusieurs saisons de baisse et reconquérir des auditeurs dans un marché de la radio lui-même en recul.
Les premières audiences de la rentrée diront si la présentatrice du 8 heures est parvenue, elle aussi, à devenir la véritable patronne du matin.
