Un piano accordé au diapason 440, un garde du corps en uniforme, et 2 250 dollars jamais versés. L’histoire du procès intenté par Dolly Parton à une station de radio de Waco, en 1976, dit tout d’un modèle économique aujourd’hui oublié.
Il y a des archives judiciaires qui valent tous les manuels d’économie des médias. Celle que le quotidien local KWTX a exhumée cette semaine des réserves du tribunal de Waco, au Texas, en fait partie. Elle date de 1976 et elle raconte l’histoire d’une station de radio qui a fait venir Dolly Parton et qui a oublié de la payer.
Reprenons. Le 9 avril 1976, la chanteuse, elle a alors trente ans, donne deux représentations de son « Dolly Parton Show » au Heart O’ Texas Coliseum. Deux ans plus tôt, elle a sorti en single une petite chose intitulée « I Will Always Love You ». Autant dire qu’à ce stade, elle n’est pas exactement une inconnue qu’on booke à l’aveugle. La station KHOO, qui produit le spectacle, s’est engagée par contrat à lui verser 4 500 dollars, dont la moitié un mois avant la date. Le solde, 2 250 dollars, devait tomber à la fin du concert.
Il n’est jamais tombé.

Dolly Parton et son agence de Nashville, Top Billing, saisissent donc la 74e cour de district de l’État contre Waco Radio Inc. Le dossier retrouvé cette semaine contient la plainte, mais aussi le contrat, signé de la main de l’artiste, avec pour adresse une boîte postale à Nashville. Aux 2 250 dollars réclamés s’ajoutent mille dollars d’honoraires d’avocat, ce qui, interrogé par le journal, a fait sourire l’intéressé, aujourd’hui âgé de quatre-vingt-trois ans et retraité, lequel n’a d’ailleurs aucun souvenir d’avoir plaidé cette affaire ni d’avoir jamais rencontré sa cliente. On lui accordera que ce dernier point, il s’en souviendrait.
Le plus beau se trouve en annexe. Le contrat comportait cinq conditions, dont deux méritent d’être citées. La première, une protection policière jugée adéquate, avec au minimum un agent de sécurité en uniforme affecté à l’artiste en permanence. La seconde, la fourniture d’un piano en bon état, accordé au diapason 440, dans les vingt-quatre heures précédant le spectacle. Une station capable d’accorder un piano à la fréquence près mais pas de solder une facture, il y a là une forme de hiérarchie des priorités qui mériterait une thèse.
Fin de l’histoire ? On ne sait pas. Le dossier ne contient ni jugement ni ordonnance finale. La dette a donc été réglée à l’amiable, ou simplement passée par pertes et profits. Ce qui est certain, c’est que la chanteuse est revenue à Waco le 10 janvier 1977, en première partie de Willie Nelson, ce qui en dit long sur son sens des affaires et un peu sur sa rancune.
Reste le fond, et il est sérieux. Dans l’Amérique des années soixante-dix, les radios locales ne se contentaient pas de diffuser de la musique, elles produisaient les concerts. C’était le modèle : on vendait de l’antenne, on vendait de la notoriété, on encaissait la billetterie. Un modèle formidable tant que la salle est pleine, redoutable quand elle ne l’est pas, parce que le risque de production, lui, ne se délègue pas. Et voilà comment une station de radio texane a fini au tribunal, en 1976, pour la somme aujourd’hui presque touchante de 2 250 dollars, face à la femme qui allait devenir l’une des plus riches artistes de la planète.
Il y a des dettes qu’il vaut mieux payer tout de suite.
Source de l’article TV6 Michigan
