France Culture annonce sa nouvelle matinale. Guillaume Erner y reste, mais perd la première demi-heure, le vendredi et son billet d’humeur. Deux mois après le montage fallacieux visant Jean-Luc Mélenchon, la direction ne parle pas de sanction. Elle ne dit pas non plus le contraire.
Guillaume Erner sera bien à l’antenne de France Culture lundi matin. Mais pas à la même heure, pas tous les jours, et plus du tout dans le même rôle.
Reprenons. La saison dernière, Les Matins de France Culture, c’était une tranche de 6h30 à 9h, du lundi au vendredi, animée par Guillaume Erner. À partir du 31 août, le communiqué de Radio France, publié vendredi, annonce autre chose : Margot Delpierre prend les rênes de la tranche de 6h30 à 7h, et Erner n’arrive qu’à 7h, du lundi au jeudi. Le vendredi, les deux dernières heures reviennent à Marguerite Catton.
Précisons, parce que le détail compte : Margot Delpierre ne débarque pas de nulle part. Elle présentait déjà les journaux de 6h30 et de 8h dans la matinale animée par Erner, poste dont elle est titulaire depuis la rentrée 2023. Ce n’est donc pas un recrutement. C’est un transfert de commande, du producteur vers la rédaction. Nuance considérable.
S’ajoute la disparition de L’Humeur du matin, son billet personnel, diffusé à 6h58 du lundi au vendredi. Erner l’assurait depuis plus de dix ans. Et le créneau libéré ? Il est occupé par la recherche et l’actualité scientifique. Le billet d’humeur remplacé par le laboratoire. On ne pouvait pas signifier les choses plus clairement.
Car tout cela découle du 24 juin. Ce matin-là, Marine Le Pen est l’invitée. Erner diffuse un montage audio trouvé, de son propre aveu, sur les réseaux sociaux, rapprochant une description des juifs par Jean-Marie Le Pen de propos de Jean-Luc Mélenchon. L’extrait, non sourcé à l’antenne, provenait de « Léon le média ». Il était tiré d’un entretien de Mélenchon avec Natacha Polony sur Paris Première en 2017, où le leader insoumis ne parle pas des juifs, mais des élites. Radio France a reconnu un montage fallacieux. Erner a reconnu deux erreurs : ne pas avoir indiqué l’origine du document, ni l’avoir vérifié. Il avait décidé de le diffuser contre l’avis de plusieurs collaborateurs.
Sanction ? La direction ne l’a pas commentée. Le Monde a écrit qu’il s’agissait d’un avertissement, soit l’échelon le plus bas de l’échelle disciplinaire. Retenez ce point : l’échelon le plus bas en juillet, et une réduction de périmètre en août.
Ce que la direction appelle le recadrage est, lui, documenté. Validation de la préparation renforcée, notamment sur la sélection des sons diffusés. Co-interviews envisagées sur les sujets sensibles. Et obligation faite à Erner d’assister à la réunion éditoriale hebdomadaire des producteurs. Objectif affiché en interne : « désubjectiver » la matinale.
Alors, une sanction déguisée ? La direction ne le dit pas. Elle ne dit pas non plus le contraire.
Et gardons-nous d’une conclusion trop simple. Sanctionner une faute déontologique établie, ce n’est pas céder à une polémique, d’autant que Radio France a dénoncé comme une pression politique l’appel au boycott lancé par Jean-Luc Mélenchon le 4 juillet. Ce qui est ambigu, c’est autre chose : une réduction de grille annoncée deux mois après, jamais présentée comme une sanction, mais qui en a tous les effets.

Un dernier élément, qui n’est pas anodin. Guillaume Erner a publié en mars dernier, chez Flammarion, Schmattès (Fringues, en yiddish), un essai consacré au monde des Juifs du Sentier, à la couture, au négoce, à sa propre histoire familiale. Un livre discret, sorti trois mois avant l’affaire, et dont plus grand monde ne parlait. La polémique du 24 juin lui a offert une visibilité que la seule critique littéraire ne lui aurait jamais donnée. Cela ne dit rien des intentions de son auteur, et il faut le préciser nettement. Mais cela dit quelque chose de notre époque : dans le paysage médiatique français, la controverse est devenue le premier attaché de presse.
Reste le vrai sujet. Radio France crédite la saison écoulée d’un pic à un million d’auditeurs quotidiens. On ne se sépare pas d’un tel animateur. On le garde donc, à dix-huit mois d’une présidentielle, et après un montage visant un candidat. Maintenu, oui. Mais sous surveillance étroite, avec moins d’antenne et plus personne pour valider ses sons à sa place.
